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La Restauration et la révolution espagnole de Cadix au Trocadéro

La Restauration et la révolution espagnole de Cadix au Trocadéro
Félin 299 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "Une fois de plus, et ce n’est pas la dernière, des interventions étrangères dans une guerre civile espagnole"

On sait qu’au Moyen-Âge du Guesclin part en Castille, à l’incitation de Charles V, afin de soutenir Henri de Trastamare en conflit avec son demi-frère et roi Pierre le Cruel qui reçoit l’appui du Prince Noir (fils aîné d’Édouard III d’Angleterre), du roi de Navarre. La haute noblesse est derrière Henri de Trastamare alors que la bourgeoisie naissante est avec son roi légitime, comme ultérieurement nombre de musulmans et juifs. Du Guesclin est fait prisonnier en1367 (il fixe sa propre rançon à une somme astronomique) mais Pierre le Cruel perd finalement le pouvoir et sous le nom de Henri II de Castille son demi-frère gouverne pleinement deux ans plus tard (ayant tué de sa propre main Pierre le Cruel).

On peut donc dater du XIVe siècle en Espagne la première guerre civile, celle de Castille,   où réformateurs et conservateurs s’affrontent et cela se fait avec une intervention étrangère. Au siècle suivant  c’est Isabelle la Catholique (appuyée par sa petite noblesse et sa bourgeoisie, plus les Navarrais, Bourguignons et Catalans) qui dispute le trône à Jeanne de Castille (soutenue par sa haute noblesse, les Français et Portugais).  

Tout cela n’est pas dans l’ouvrage d’Antoine Roquette, mais il est bon de ne pas l’ignorer. Dans la préface de l’ouvrage, Jean-Philippe Luis rappelle que la France est terre d’exil pour de nombreux Espagnols au début du XIXe siècle, en 1813 ce sont les partisans de Joseph Bonaparte fait roi d’Espagne par la grâce de Napoléon, un an et dix ans plus tard suivent les libéraux, les premiers carlistes prennent le même chemin en 1834 (cela n’est pas dit là mais on aura trois guerres carlistes, toutes perdues par ce courant traditionnaliste).

En 1800 Goya représente la famille royale espagnole (illustration absente du livre)

Antoine Roquette rappelle que la Guerre d’Espagne a coûté à Napoléon au moins 500 000 soldats, la majeure partie des morts étant due aux troupes anglaises. L’Espagne, du fait ce conflit, va perdre quasiment toutes ses colonies américaines et sur le continent le pays est ravagé. Ferdinand et son père Charles IV se sont disputés le trône, et le second chapitre nous conte ce que fut l’Espagne officiellement gouvernée par Joseph Bonaparte. Nombre de droits, à l’exception de la liberté religieuse, sont reconnus aux sujets espagnols dans la Constitution espagnole publiée en 1812. Charles IV reste en exil après la première chute de Napoléon et c’est Ferdinand VII qui gouverne de 1813 à 1833 car l’empereur des Français a remis ce dernier sur le trône fin 1813. Ferdinand VII rétablit l’absolutisme mais en 1820 un coup d’état l’a ensuite obligé d'accepter la Constitution libérale élaborée par les constituants espagnols, hostiles au roi Joseph, sous la période napoléonienne. Ferdinand VII l’accepte sous la contrainte. Une partie du pays proteste avec le patronage de l’Église, aussi des affrontements ont lieu.

Cette constitution sert de modèle au Portugal et dans le royaume des Deux-Siciles (où les carbonari sont très actifs) ; toutefois l’agitation dans ce dernier pays inquiète sérieusement Metternich.  Le 20 octobre 1820, ce dernier convoque les trois puissances de la Sainte-Alliance (Autriche, Prusse, Russie) et, lors de la Conférence de Troppau,  il est décidé d’une intervention autrichienne dans le royaume des Deux-Siciles. Six mois après les armées constitutionnalistes sont définitivement battues et la constitution a été révoquée. Le roi de Piémont-Sardaigne, menacé par une insurrection révolutionnaire, abdique plutôt que d'offrir une constitution qu'il juge « tout entière empoisonnée par les agents de l'ennemi ».  Si le régent Charles-Albert accorde une constitution, le nouveau roi supprime celle octroyée.

Non seulement la situation espagnole divise les notables français entre deux camps mais en plus l’année 1822 voit de multiples complots militaires surgir dans des villes de garnison (comme Thouars, La Rochelle ou Belfort). Notons que le colonel Charles Nicolas Fabvier, issu de ce milieu, s’engage aux côtés des forces libérales contre l’armée française qui vient au secours de l’absolutisme (page 190).

Avec la chute du ministère Richelieu arrive le cabinet Villèle et au Congrès de Vérone à l’été 1822 l’écrivain Chateaubriand joue un rôle non négligeable, après avoir trompé Villèle qui pense l’envoyer là-bas pour marquer une hostilité à une intervention militaire. Plus tard  le 6 juin 1824, notre écrivain est brutalement congédié pae Villèle du poste de Ministre des Affaires étrangères qu'il aura occupé un an et demi. Antoine Roquette montre comment toutes les puissances européennes, sauf  l’Angleterre, vont mandater la France d'intervenir au cas où la constitution espagnole ne serait pas retirée. Le 7 avril 1823, les "Cent Mille Fils de Saint-Louis" (comprendre 95 000 soldats français) franchissent la frontière et avec la chute de Cadix le 31 août se termine la résistance des armées libérales.

La plupart des lecteurs apprendront que la place du Trocadéro à Paris tire son nom de la dernière bataille remportée, près de Cadix, par les armées du duc d’Angoulême (fils du futur Charles X). Un tableau de Paul Delaroche, représentant le  duc d’Angoulême durant ce combat, sert pour la couverture de l'ouvrage. Certains mécréants, connaissant le nombre important de militants catholiques présents (avec Bruno Retailleau et Sens commun émanation de La Manif pour tous) à la place du Trocadéro le 5 mars 2017 pour soutenir Fillon, se diront que le lieu était symboliquement vraiment bien choisi.   

La répression est faite de nombreuses exécutions et contraint à l’exil certains Espagnols dont le peintre Goya qui réside pour l’essentiel à Bordeaux. Cependant c’est le musée municipal d'art hispanique de Castres qui compte, après le Louvre, le plus de tableaux de Goya. Le peintre Jean Pierre Marcel Numa Briguiboul, qui avait passé sa jeunesse à Barcelone, se retire à Castres et un an après sa mort son fils Pierre lègue en 1893, à la ville de Castres, trois tableaux du célèbre peintre espagnol dont Numa Briguiboul avait fait l'acquisition. Ce musée possède aussi quatre séries gravées: Caprices, Désastres de la guerre, Tauromachie, Proverbes qui pour des raisons de conservation sont présentées au public uniquement lors d’expositions temporaires.

L’armée française reste présente sur le sol hispanique jusqu’à l’automne 1828. Afin d'éviter sa propre déposition, souhaitée par le parti de la reine, le roi du Portugal abandonne les libéraux progressivement au printemps 1823 et offre son soutien à son jeune fils, catholique traditionaliste convaincu, favorable au retour de l’absolutisme. On a donc pu réprimer les idées libérales dans toutes l’Europe du sud-ouest, toutefois on n’ignore pas qu’elles vont resurgir tout au long du XIXe siècle. Si temporairement la France n’est plus pour les grandes puissances européennes le pays honni de la Révolution et de Bonaparte, son retour dans le concert international prépare l’esprit du règne de Charles X, dont le refus des réformes va entraîner la Révolution de 1830.

Le lecteur appréciera la page 275 consacrée à la généalogie des Bourbons  qui régnèrent ou prétendirent régner en Espagne et en France tout au long des XVIIe et XIXe siècles. Des fautes de frappe donnent des dates erronées pour le règne de Ferdinand VII qui se déroule sur un mois et demi en 1808 (Joseph Bonaparte le remplace) et de 1813 à 1833.

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

Note globale :

Par - 456 avis déposés - lecteur régulier

234 critiques
18/06/17
Comment les Bourbons sont-ils parvenus sur le trône d'Espagne et y sont restés
http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20140602.OBS9212/comment-les-bourbons-sont-ils-parvenus-sur-le-trone-d-espagne.html
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