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George et Alexandre - Portrait de George Sand

George et Alexandre - Portrait de George Sand
Editions L'Harmattan481 pages
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Avis de Georgia : "Libre, libre est mon nom, mon identité."

Décembre 1849. Nohant-Vic dans l'Indre. Un havre de paix et de verdure où la femme de lettres George Sand aime se ressourcer loin du tourbillon culturel et littéraire de Paris. A quarante-six ans, Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, baronne Dudevant par son ancien époux, est une femme qui a toutes les raisons du monde de se sentir heureuse. Deux enfants, Maurice, son préféré, sa fierté, son trésor et Solange qu'elle ne comprend pas. Leurs relations sont tendues et même s'il est question d'amour, la présence de sa fille à Nohant complique tout. Capricieuse, aimant le luxe ostentatoire et la vie parisienne, Solange abuse des largesses de sa mère qui, en retour, ne lui pardonne rien mais oublie le temps d'un séjour pour maintenir la paix à Nohant.

Reconnue par ses pairs, encensée par le public qui aime ses romans avant de courir à Paris voir ses pièces, George Sand écrit. Beaucoup. Assez pour entretenir une petite cour dans son fief de Nohant, propriété familiale du côté paternel. Elle s'entoure par besoin de plaire et surtout d'être aimée de jeunes hommes dont elle aime la jeunesse, l'envie d'entreprendre et leur dévotion à son égard. Il y a aussi les amis, les chanceuses familles de la région que l'on fréquente. Il y a déjà les artistes de son temps qui sont les bienvenus. Delacroix, Tourgueniev, Alexandre Dumas fils, mais aussi Honoré de Balzac, Victor Hugo, l'historien Claude Michelet avec lesquels elle correspond. Ces relations épistolaires sont des plus plus intéressantes et font d'elle le témoin privilégié de son temps.

Le récit commence avec l'arrivée d'un jeune graveur, ami de son fils Maurice. Alexandre Manceau fait irruption dans sa vie. il ne sera pas le remplaçant d'un autre. Il est l'unique, le seul qui la comprend, la protège et la soigne, l'accompagne dans son parcours de vie. Il devient son secrétaire particulier, l'aide à corriger ses écrits. Elle écrit pour le théâtre avec succès. Il l'accompagne à Paris. Il croise à Nohant Lambert qui n'a jamais su se faire aimer, susciter le désir, l'allemand Müller qui ne sera bientôt plus qu'un souvenir. Les amours vont et viennent dans le coeur de cette femme libre, à la modernité dérangeante, éternelle amoureuse, très vite lassée, qui se fait prendre au piège d'Eros, sincère à chaque fois. Insatisfaite après quelques temps. L'usure du temps et des sentiments.

Les amis défilent, vont et repartent. Un cocon qu'elle a voulu douillet, confortable nid de créateurs, artistes pour la plupart, tous animés d'une furieuse envie d'apprendre et de se divertir. Chasse aux papillons, goût pour la minéralogie, l'entomologie, les sciences. La vie s'écoule, avec ou sans elle. La nuit, elle les abandonne pour monter dans sa chambre écrire et dort au petit matin. A midi, elle descend et la joie revient dans le salon. On se rend au jardin qu'elle ne cessera d'embellir. La nature est son inspiratrice et son repos.

La bonté est en elle et elle sait l'exprimer avec les siens, avec ses amis socialistes qu'elle tente de protéger après la Révolution ratée de 1848. C'est que la Révolution de 1830 a été son baptème de feu politique. Elle qui se croyait bonapartiste par la famille de son père, se révéle être une républicaine acharnée. L'amour lui sert toujours de détonateur et sa rencontre avec Jules Sandeau est déterminante pour aiguiser sa réflexion politique. Elle devient socialiste et continue avec Michel de Bourges, un autre de ses amants, militant républicain, qui la pousse à assumer ses convictions et à écrire ce qu'est sa vision d'une société plus juste. Elle fréquente Barbès, Leroux, Blanqui, Raspail. La femme de lettres devient une militante. 

Elle traite son personnel avec respect et justice, sans ce méprisant et condescendant regard sur une condition sociale inférieure. L'écrivain mêle dans son château légué par sa grand-mère, descendante par la main gauche de la famille de Saxe, aristocrates et gens du peuple sans aucune gêne. C'est que la misère lui est insupportable et les espoirs déçus des deux révolutions de 1830 et 1848 lui ôtent ses illusions les plus fortes.

Le coup d'état du 2 décembre 1851 du prince Louis-Napoléon Bonaparte freine son exaltation. le régime se durcit, les libertés s'envolent. Son combat se fait alors plus discret mais elle restera sa vie durant inquiète et soucieuse du bonheur individuel des peuples. Elle n'a jamais cru que celui que son ami Victor Hugo nomme Napoléon le petit, neveu de Bonaparte le grand ait en vue le souci de la démocratie ni même l'avancée des idées sociales.

A Nohant, on joue aussi au théâtre. Davantage qu'une passion, c'est le moyen pour George Sand d'écrire ses pièces et de les tester en public, devant un auditoire composé d'amis, de personnel de maison et de quelques familles prolétaires des environs que l'on connaît depuis des années. Maurice crée les marionnettes et Alexandre Manceau s'érige en régisseur, acteur, créateur de décors. George Sand repère les imperfections, les scènes qui ennuient et les corrigent avant de les envoyer aux directeurs de théâtre parisiens du Gymnase, de l'Odéon notamment. On lit beaucoup aussi et les commentaires vont bon train pendant les soirées dans le petit salon. Fenimore Cooper, Balzac, Hugo, Théophile Gautier, Shakespeare ou encor l'historien Michelet, Alexandre Dumas père et fils.

C'est dire que l'on entre de plein pied dans la vie quotidienne de George Sand, avec son lot de joies et de peines. Tapisserie, jardinage, chasse aux papillons, baignades ponctuent une intense activité littéraire et théâtrale. L'écriture de ses mémoires qu'on lui réclame est l'occasion de se replonger avec amertume dans son passé amoureux et ses amours célèbres avec Frédéric Chopin et Alfred de Musset. Mais au bout du compte, Alexandre Manceau est celui qui aura su lui apporter l'équilibre, l'amitié et le réconfort qu'un amour ne procure pas toujours. Ils resteront ensemble jusqu'à la mort du graveur le 21 août 1864. Elle finit sa vie près de Maurice à Nohant et de ses deux petites-filles puis s'éteint d'une occlusion intestinale le 8 juin 1876.

L'ouvrage est dense, palpitant et addictif. Bien écrit, on ne peut le lâcher. L'auteure Marie-France Lavalade, professeur d'Histoire de l'Art et commissaire d'exposition a su restituer l'ambiance artistique et chaleureuse de Nohant, rendre à cette femme toute la grandeur de son âme par son souci d'une politique sociale plus humaine et les élans de son coeur. Marie-France a choisi avec bonheur le prisme de la correspondance et des agendas de George Sand pour en faire un récit passionnant que je recommande à tous.

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Georgia

Note globale :

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