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Du Guesclin - Images et histoire

Du Guesclin - Images et histoire
Presses Universitaires de Rennes - PUR335 pages
1 critique de lecteur

Avis de Georgia : "La quête de Messire du Guesclin ou comment les vrais héros ne sont ni beaux, ni riches"

Le mythe de Bertrand Du Guesclin, figure émergeante du Moyen-Age a voyagé et traversé les siècles. Auréolé de ses mystères et de ses codes chevaleresques, la période incite au romantisme. Gentes dames, beaux chevaliers pétris d'honneur et de courage, fidéles jusqu'à la mort à leur seigneur, joutes enflammées et batailles féroces, sans mesure ni lâcheté, le Moyen-Age incite au rêve. Il aura fallu des héros pour cristalliser cette époque fastueuse. Bertrand Du Guesclin n'avait rien pourtant du chevalier tel que l'on se l'ait imaginé à travers les siècles. Ni très aristocratique, ni fabuleusement riche, d'une laideur consommée et privé de cette prestance à faire fantasmer les dames quand il descend de cheval, Bertrand Du Guesclin compense sa relative médiocrité par cette élévation d'âme qui le sort des rangs. Reste que sa forte corpulence et son endurance ont façonné un rude soldat et un adversaire redoutable, mis au service de son Roi Charles V de France puis de Charles VI.

Docteur en histoire médiévale, Laurence Moal met tout son art et sa science dans cet ouvrage magnifié par de nombreuses enluminures et portraits de Du Guesclin. Elle y décortique l'usage que la société et les hommes politiques ont fait de l'imagerie de celui que l'on nomma à sa mort le « rogue noir ». Trois périodes ressortent de ce livre :

  • fin du quatorzième Siècle (mort de Du Guesclin) et quinzième siècle.

  • du dix-septième siècle au début du vingtième.

  • Enfin, du Vingtième au vingt-et-unième siècle.

     

Le vendredi 13 juillet 1380, Bertrand Du Guesclin meurt alors qu'il assiste au siège de Châteauneuf-de-Randon. Très vite, sa mort est l'objet d'une mise en scène afin de mettre en exergue le sacrifice du soldat pour le compte de son Roi. C'est bien Charles V qui pointe derrière cette image d'épinal. Si la mort est glorieuse, c'est que l'enjeu l'est tout autant. Un héros au service d'une monarchie chancelante. Charles V n'est pas un soldat et peine à fédérer, face à la menace des envahisseurs anglais. La théâtralisation de la mort est aussi en cette fin de siècle l'ultime occasion de montrer son appartenance à un groupe social, l'aristocratie en l'occurence. A cette époque, la vie entière est un spectacle, une affirmation de ce que l'on est et surtout de qui l'on est. Les hommes importants ne sont pas enterrés sur place, contrairement aux manants. Un cortège funèbre conduit sa dépouille en différents endroits, laissant le cœur à Dinan, ses entrailles au Puy-en-Velay, ses chairs à Montferrand, enfin ses os jusqu'à Saint-Denis puisque Charles V le veut à ses côtés – quand il sera mort - comme si, même de sa mort, il devait encore lui servir d'alibi historique.

Afin de véhiculer auprès du peuple l'image du fidèle serviteur du Roi, le premier gisant de pierre de Du Guesclin est érigé à Saint-Denis en 1397. Il est à la fois la manifestation de sa réussite sociale et un enseignement pour le peuple. Un exemple à suivre. D'autant plus qu'il a tendance à s'humaniser au fil des créations et des époques. D'autres moyens sont employés que la science et l'avancement de la société permettent. Chansons de geste, manuscrits, ballades chantent l'épopée de cet homme d'exception. L'image se joint au texte. Les enluminures sont le moyen d'exposer aux yeux de tous les armoiries du seigneur du Guesclin et participent encore davantage à sa renommée, entretenant sa mémoire. Peintures, sculptures remplacent en partie les enluminures sous la Troisième République. L'école s'y met aussi, véhiculant l'histoire par le truchement de manuels scolaires, livrant son lot de batailles et de joutes moyennâgeuses, très prisées au cours du début du vingtième siècle.

Bertrand du Guesclin, escorté de sa suite et de ses valeurs, voyage à travers les siècles et finit par bénéficier de toute la panoplie qu'offrent les moyens de communication de notre ére moderne. Cinéma, littérature, BD, festivals d'été, télévision, fêtes médiévales... Ainsi, le mythe du héros national n'est pas encore mort et sans doute, ne le sera-t-il jamais tant il véhicule les notions de bravoure, de courage, de patriotisme et surtout d'honneur à travers les âges. Héros national ou traître à sa région quand il conduit l'armée du Roi de France pour mater les révoltes en Bretagne, le sieur du Guesclin incarne plus tard à sa manière la période noire de l'occupation.

Le passé est toujours, semble-t-il, connecté au présent et les anciens héros s'apparentent à nos personnages publics. C'est pour mieux les défendre ou les attaquer que nous ressortons nos anciennes légendes. Remercions pour cela le grand travail de Laurence Moal, inséré dans ce joli écrin que représente cet ouvrage. Courez l'offrir ! Cet ouvrage est somptueux et fourmille d'indices historiques.

idé cadeau

Pour tous publics Beaucoup d'illustrations Plan thématique

Georgia

Note globale :

Par - 33 avis déposés - lectrice régulière

298 critiques
17/11/16
Conférence Du Guesclin: Images et histoire avec Laurence Moal
01 Décembre 2016 à 18h30 Musée du château NANTES
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