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La société d’après: Politique sino-tibétaine et écologie au Yunnan

La société d’après: Politique sino-tibétaine et écologie au Yunnan
Presses universitaires de Paris Nanterre430 pages
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Avis de Xirong : "Le pouvoir se gagne par les idées (Gramsci)"

On a plus de quatre-vingt illustrations, dont exactement la moitié en couleurs ; le cliché phare étant sûrement celui d’un autel bouddhiste avec à gauche le portrait du dalaï-lama (vers l’âge de vingt ans) et à droite un poster de Mao proposant quelques mots à sa gloire.

Le Yunnan est une province chinoise de l’intérieur frontalière pour moins de la moitié du Vietnam et du Laos réunis mais également pour une part un peu supérieure avec la Birmanie.  En 1996, le district de 中甸 Zhongdian (avec des communes toutes de 100 à 250 km des limites de la Birmanie) est baptisé en Shangri-La soit Xiānggélǐlā 香格里拉 ((ཉི་ ཟླ་ གྲོང་ ཁྱེར  Gyalthang en tibétain), il a une superficie totale de 11 613 kilomètres carrés (soit un peu plus que le département français le plus vaste, à savoir la Gironde qui atteint 9 975,6 km2).  On est là tout près des provinces du Sichuan et du Tibet. Derrière ce changement de nom, il s’agissait de capter l’imaginaire développé par James Hilton dans le roman Horizons perdus sorti en 1933. Le nom "Shangri-La" est devenu le synonyme d'une utopie mythique, une terre en permanence heureuse, isolée du monde. Voir l’image, à la sauce patriotique, donnée par une série télévisée chinoise du Shangri-La      https://www.youtube.com/playlist?list=PLUg6CGAXr7pkUF71hjsh08zCWCgzxNMIo

Dans ce district existe une circonscription autonome tibétaine, bien que la proportion des Tibétains ne fasse qu’approcher le tiers de la population, toutefois on a aussi 27% de Yi et des Naxis ; on a créé là le parc national de 普达措 Pudacuo situé à 22 km de Shangri-La  qui s'étend sur environ 2 000 km2. Environ cinq millions de touristes, quasiment tous chinois, ont visité une ville de Shangri-La qui ne compte qu’environ 50 000 habitants. Selon l’ethnologue française Katia Buffetrille: « La ville a été transformée en un Disneyland tibétain pour touristes chinois en manque d'exotisme ». Notons personnellement que la prétendue existence d'un nombre important de centenaires (l‘état-civil était inexistant avant 1949 pour cet espace reculé) a transformé Bama dans la province voisine du Guangxi (uniquement frontalière du Vietnam), en un lieu de résidence phare provisoire ou de fin de vie pour tous les Chinois qui aspirent à la longévité. Résultat air pur et eau bienfaitrice ont disparu de cet environnement, vu la surpopulation engendrée par son attrait.

Ce parc regrouperait plus de 20% des espèces de plantes du pays, environ un tiers de ses espèces de mammifères et d'oiseaux et près de 100 espèces animales menacées. Depuis le point d’arrivée des visiteurs, un autobus du parc conduit les touristes au premier arrêt, situé à 13 km de là où se trouve le lac Dūhǎi 都 海 ; avec une superficie totale d'environ 1,1 kilomètre carré, il est situé à une altitude de 3705 m et a une profondeur maximale de 10 m. Le temple 丹松赞林 Dandan Songzanlin, achevé en 1681, est un des autres lieux d'attraction plus touristique que religieuse, du secteur.

La consommation écologique d'un touriste en  une semaine à Shangri-La correspond  en gros à la consommation d'un indigène en six mois. Valérie Vandenabeele analyse les conséquences du tourisme tant dans le domaine de l’environnement que du domaine culturel. La langue des résidents se truffe de mots d’origine chinoise et arrive même à perdre certaines caractéristiques phonétiques, ce qui conduit en dialecte tibétain à une totale incompréhension des indigènes avec des Tibétains d’autre régions. La nourriture des indigènes intègre de l’alimentation industrielle venue de loin comme les nouilles instantanées ; la boisson traditionnelle de thé au beurre salé de yak (on en donne le mode de préparation page 181) persiste bien que les sodas soient plus appréciés par les jeunes d’aujourd’hui.

Les Tibétains de Shangri-La jouent les traditions pour les touristes plus qu’ils ne les vivent spontanément. Les activités agricoles déclinent, soit parce que les indigènes vivent du tourisme soit parce que pour diverses raisons il est impossible de les commercialiser, soit aussi parce que le déboisement intensif a entraîné une politique qui encourage (quand elle ne force pas) à transformer des terres agricoles en zones boisées. Si la pratique du bouddhisme est encouragée, elle en reste au niveau des rites et les traces de la culture philosophique, qui va de pair, ont disparu.    

coup de coeur !

Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations

Xirong

Note globale :

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