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La Maîtresse d’école : Trente années de la carrière d’une institutrice

La Maîtresse d’école : Trente années de la carrière d’une institutrice
Librairie des écoles144 pages
1 critique de lecteur

Avis de Octave : "Une carrière d'institutrice dans l'Entre-deux-guerres, mais pas seulement"

Cet ouvrage a un double intérêt, le premier est de nous parler de l’école de l’Entre-deux-guerres. Le second est celui de montrer combien pesèrent sur adultes et enfants les évènements liés au premier conflit mondial : décès de soldats ou civils et déplacements de population. Se faisant historien, le père de la typographie expressive Massin, nous conte la vie de sa mère, Palmyre. Cette dernière arrive au monde dans un village beauceron en 1890, elle est fille d’un père petit paysan et d’une mère cafetière et épicière. Les hasards d’une rencontre lors d’une kermesse font qu’elle épouse à l’été 1913, un instituteur. Son mari disparaît lors de la Bataille de Charleroi mais ce n’est qu’en 1919 que son corps sera identifié ; le dernier courrier de celui-ci en date du 20 août 1914 est reproduit.

Les circonstances amènent Palmyre à se présenter au brevet élémentaire à la session de 1915, afin de pouvoir effectuer des suppléances comme institutrice. Elle appartient à ce groupe d’enseignants qui, n’étant pas passés par l’École normale où ils auraient préparé le brevet supérieur, étaient surnommés les Mérovingiens.

Le commentaire qu’elle fait vraisemblablement à cette occasion du poème "Heureux les morts" de Charles Mouillé est des plus poignants, parce qu’elle le rédige alors que depuis plus d’un an, elle est sans nouvelle de son mari et que ce dernier est considéré comme mort. Tout en délivrant le discours officiel attendu, elle laisse passer adroitement son amertume. La conclusion de son devoir reprend l’esprit du poème en l’adaptant aux mots du temps : « Sachons donc renfermer notre douleur pour la mort de nos héros, soyons fiers d’eux, ils ont donné leur vie pour une noble cause, mais pleurons sur tous ces embusqués qui n’ont pas compris le sacrifice que la France attendait de tous ses enfants et qui se cachent au lieu d’aller combler les vides faits par la mort de nos héros ». Auparavant elle avait écrit un peu plus haut en opposant morts au champ d’honneur et embusqués: « Ils ont leur part de gloire la plus belle au festin auquel ils ont été conviés. Plaignons plutôt ceux qui, loin du bruit du canon, ne connaissent rien de l’enivrement des batailles. Souvent, malgré leur jeune âge, ils cachent leur lâcheté dans quelques bureaux ou n’importe quel emploi bien loin du front. Et souvent même cette place qu’ils sont heureux de posséder ils l’ont achetée si l’on peut dire le mot, par protection, par leur fortune ». Le commentaire d'un membre du jury sur ce passage est de "ne pas appuyer", et l’on peut imaginer que, peut-être, le correcteur a réussi à se faire classer dans les services auxiliaires et dans ce cas comme tous les professeurs (mais pas les instituteurs) et inspecteurs il a obtenu de droit un maintien sur son poste.

Entre les années 1870 et 1918 des militaires venaient dans certaines classes pour assurer les cours d’éducation physique auprès des garçons. Ceci pour deux raisons cette activité sportive est destinée à préparer au temps où ils seront soldats (lire tout ce qu’on a pu écrire sur les bataillons scolaires) et tous les instituteurs en fonction et encore moins les institutrices n’ont pas reçu de formation pour enseigner cette discipline. Ces dernières sont fort nombreuses à avoir des classes provisoirement mixtes ou à exercer dans des écoles de garçons durant la Grande Guerre. Henri Massin a été versé dans les services auxiliaires après des blessures et reconverti en moniteur de gymnastique. Il a demandé à exercer dans l’Eure-et-Loir où une partie de sa famille originaire de la Somme s’est réfugiée. Ernest Gaubert est sous-préfet du Blanc dans l’Indre et il écrit dans l’article intitulé « Scènes et types de réfugiés » paru dans "La Revue de Paris" le 15 mai 1915 à la page 398 : « La jalousie féminine se rit de la guerre et des cataclysmes. Lorsque la réfugiée est jeune et jolie, lorsque le fils de la maison qui va partir avec la classe 16 est encore là, le mari de la réfugiée, la mère du jeune homme, tantôt l’un, tantôt l’autre, tantôt les deux, redoutent les dangers, plus graves à leurs yeux que ceux qu’ils ont subis ou qu’ils vont affronter ».

Le réfugié Henri Massin a laissé sa femme à Roye au début août 1914, fin septembre cette ville picarde est occupée par les Allemands. Il sait très rapidement que cette dernière fréquente un feldwel (on peut proposer le grade d’adjudant comme équivalent) et elle en a même une fille au milieu de la guerre. Toute la famille du poilu et sa marraine de guerre lui conseillent de divorcer dès que le conflit sera terminé. Cette marraine de guerre envoie à Henri Massin la copie du courrier culpabilisant qu’elle a envoyé à son épouse et ce dernier est reproduit dans le livre. Au printemps 1918, Palmyre rencontre Henri Massin en charge pour quelques heures de la gymnastique pour ses élèves masculins. Ce dernier est né à Cambrai et il est destiné à prendre la suite de son père à la direction d’une marbrerie funéraire, le second fils étant mort à la guerre.

Deux personnes de deux milieux socialement et géographiquement très différents se rencontrent donc et se marient ; ils s’installent dans la Somme en 1919. Toutefois Lydie la sœur d’Henri ne supportent pas le mode de vie de Palmyre resté proche de celui des paysans beaucerons alors que Lydie a adopté jusqu’à la caricature celui de la bonne bourgeoisie, sauf pour les injures. Aussi Henri et Palmyre Massin font-ils le choix de quitter la Picardie et si Palmyre reprend son métier d’institutrice aux limites du Perche et de la Beauce (elle passe le certificat d’aptitude pédagogique en 1921), son mari lui, exerce comme graveur sur pierre travaillant pour la réalisation de très nombreux monuments aux morts tant dans l’Eure-et-Loir (en particulier celui de Chartres) qu’en Normandie et même ponctuellement en Bretagne. Environ un cinquième de l’ouvrage est consacré à ces données familiales.

Le reste des pages montre essentiellement ce que fut la pédagogie d’une institutrice en milieu rural des années 1920 à celles qui marquent le début de la Guerre froide. On notera la reproduction page 70 de deux manuels pour le cours élémentaire de Kléber Seguin ; ce dernier a retenu l’attention des historiens de l’éducation pour avoir commis "Histoire de trois enfants" à destination des élèves des dernières années de l’école primaire. C’est un roman scolaire fort lu dans l’Entre-deux-guerres où K. Seguin s’attarde longuement sur ce que l’on peut espérer de la SDN. Il développe là des espoirs que le Grand Orient porte beaucoup, l’appartenance de Kléber Seguin à la franc-maçonnerie lui valu d’ailleurs une mise à la retraite d’office par le régime de Vichy (alors qu'il est inspecteur primaire de la Seine). Quelques exemples de travaux scolaires très significatifs durant la Seconde Guerre mondiale sont heureusement présentés. L’ensemble de l’ouvrage est abondamment illustré avec des documents de bonne taille.

Octave

Note globale :

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394 critiques
05/05/16
Mon école dans la Grande Guerre

Cette exposition sera ouverte au public du 15 avril au 31 mai 2016 puis du 1er juillet au 30 septembre 2016, du lundi au vendredi de 9 h à 17 h. Des ouvertures exceptionnelles sont prévues les 17 avril, 21 mai, 2 juillet, 17 et 18 septembre 2016 de 14 h à 18 h. Archives départementales de l’Aisne
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