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Driant Danrit

Driant Danrit
Le Polémarque95 pages
1 critique de lecteur

Avis de Zaynab : "Le Capitaine Danrit est le Jules Verne de l’armée française"

Si Émile Driant, qui signe Capitaine Danrit, est absent de l’ouvrage "Dictionnaire du livre de jeunesse" paru au Cercle de la Librairie, par contre Jean-Paul Gourévitch ne l’oublie pas (et propose même en illustration la couverture de "La guerre de demain") dans son "Abcédaire de la littérature de jeunesse" paru à L’atelier du poisson soluble.  

Récemment nous avions retrouvé Émile Driant à la page 291 de "Joffre l’imposteur : les mensonges de la Grande Guerre" qui rappelle que notre personnage, qu’en tant que parlementaire,  avait pointé « l’inorganisation de la Région de Verdun dont il était chargé de garder un secteur ». Driant, en populiste quelque peu repenti, déclarait peu avant sa mort :

« Au début des hostilités, j’étais peu partisan que le Parlement s’occupât des choses de la guerre ; mais aujourd’hui, j’ai compris que le Parlement et le contrôle des Commissions avaient eu une sérieuse importance et avaient fait faire de grands progrès. Je le reconnais ; je ne le cache pas, moi qui n’aurait pas voulu en temps de guerre qu’une direction unique : celle du Général en chef ».

De manière plus triviale, on peut signaler la présence d’Émile Driant  dans les premiers tomes de "L’ambulance 13"  chez grand Angle.

Dans un passage de "L’invasion jaune" sorti en 1906, le capitaine Danrit montre à quel point il n’hésitait pas à avoir recours à un discours fort technique pour un jeune lecteur :

« L'engin [une mitrailleuse automatique] porté par un seul cheval de bât, se composait d'un canon de 6,5 mm de diamètre pouvant tirer le projectile d’infanterie; le mécanisme de culasse actionné par un emprunt de gaz fait au moment du départ de la première cartouche, assurait l'éjection de l'étui, la mise en place de la cartouche suivante et le départ du coup. »

Le passage de "L’invasion jaune", qui suit, est cité aussi bien dans l’ouvrage qui nous intéresse que  dans le premier numéro de la revue "Jules Verne & Cie" (datée de 2011) où tout le récit  a fait l’objet d’une présentation critique.  Les présents mots sont prêtés à Guillaume II :

« C’est alors qu’il fallait maintenir l’alliance franco-russe-germanique, issue des nécessités du moment. L’Angleterre menacée aux Indes et sur le Nil, Kouropatkine à Bombay, Marchand et Ménélik au Caire, Londres affamé, Tokyo humilié, la Chine divisée en zones d’influence ! »

Cet extrait pointe bien l’anglophobie de l’auteur, à ce propos rappelons qu’à l’époque où il est écrit Japon ainsi que Royaume-Uni sont des alliés solides et que l’ennemi héréditaire des Français est donné comme l’Angleterre aux écoliers de l'hexagone. D’ailleurs, comme nous l’apprend Jean Mabire, Émile Driant songea sérieusement à rejoindre le colonel Georges de Villebois-Mareuil (en retraite depuis 1896) qui combat les Anglais en Afrique du sud, aux côtés des Boers (il décède là-bas à 53 ans, Nantes, où il est né, a conservé une imposante statue à son effigie). À travers les lignes de cet ouvrage, selon nous, il est fort possible que le général Weygand se soit construit très jeune l’imaginaire qu’il craignait en cas d’invasion de la France, imaginaire qui resurgit au moment de la défaite de 1940.

La première partie de  "Driant Danrit" est une biographie du personnage. Émile Driant est né en 1855, époque où les armées de Napoléon III font le siège de Sébastopol et après quelques années de scolarité dans un village picard, il rejoint le lycée de Reims assez proche du cabinet de notaire de son père. Il sert comme officier dans des années d’expansion coloniale et cela lui vaut la rencontre du général Boulanger dont il épouse la fille. Les tensions entre officiers catholiques et gouvernement anticlérical s’exacerbent et cela entraîne la démission de l’armée de notre personnage.    

Devenu député nationaliste de Nancy en 1910, une ville qui avait 20 ans plus tôt envoyé Barrès à la Chambre (ce dernier battu en 1893 ne retrouvera de siège qu’à Paris), il publie en 1906 une brochure où il prévoit un échec des armées de son pays en cas de conflit avec l’Allemagne. Jean Mabire insiste sur le fait que dans ses ouvrages plutôt pour les jeunes, le nationalisme se meut en plaidoyer pour un rapprochement des nations européennes pour faire face aux ennemis de la race blanche.

Tenant de la guerre-fiction, ses romans sont des ouvrages qui en fait sont lus, sinon par toute la famille, du moins par les éléments masculins de celle-ci d’après ce que nous pensons personnellement. Ils servent comme de livres de prix aussi bien dans les écoles laïques que confessionnelles. Dans cet ouvrage très grand public (aucun pé-requis conséquent n'est nécessaire pour saisir le sens des affirmations avancées) Jean Mabire offre un résumé, plus qu’un regard critique, sur environ six pages des ouvrages suivants d’Émile Driant : "L’invasion noire" , "Histoire d’une famille de soldats" , "Évasion d’Empereur  " , " Ordre du tzar " , " La guerre fatale " , " L’invasion jaune " , " Robinsons sous-marins " , " Robinsons de l’air" , "L’alerte" , "L’aviateur  du Pacifique" , "Au-dessus du continent noir" (pose la question des rivalités coloniales entre la France et l’Allemagne, avec une fin en Alsace dans un village irrédentiste) , "Robinsons souterrains" .

En annexe on trouve en particulier un échange de courriers entre Jules Verne et Émile Driant et un texte inédit de Jean Mabire autour des prophéties militaires et politiques du Capitaine Danrit. Jean Mabire est décédé en mars 2006 et ce sont des contacts passés entre Laurent Schang (responsable des éditions Le Polémarque) autour de l’armée allemande qui ont fait que les héritiers  de Jean Mabire ont confié le tapuscrit inédit à ce dernier.     

Des textes d’articles écrits, à partir de 1990, par Jean Mabire sur plus de 900 écrivains (dont Paul Fléval, la Comtesse de Ségur, Pierre Joubert, Serge Dalens et Jean-Louis Foncine) réunis sous le titre "Que lire ? : Portraits d'écrivains" sont régulièrement présentées grâce à une vidéo sur le même site internet, à titre d’exemple voici ce qu’il existe autour d’ Émile Verhaeren http://www.tvnc.tv/Emile-Verhaeren-poete-des-travailleurs-et-des-ecoliers_v109.html

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Zaynab

Note globale :

Par - 534 avis déposés - lectrice régulière

363 critiques
06/02/19
Le lieutenant-colonel Driant et le général de Castelnau
Conférence 21 février - 18h

Mémorial de Verdun – Champ de bataille EPCC
1, avenue du Corps européen
BP 60048 – Fleury-devant-Douaumont
55101 Verdun Cedex
ENTRÉE LIBRE ! Nombre de places limité
http://memorial-verdun.fr/categories/conference
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