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La seconde mort du général Boulanger

La seconde mort du général Boulanger
Compagnie du livre431 pages
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Avis de Adam Craponne : "Depuis Jeanne d’Arc, la France se cherche un homme providentiel et elle le trouve à la fin du XIXe dans un descendant (par sa mère) des seigneurs d’une principauté du Pays de Galles"

Notre tire s’explique par le fait que la mère du général Boulanger,Mary-Ann Webb-Griffith était une aristocrate galloise.Jean-Charles Chapuzet livre un ouvrage sur un antihéros le général Boulanger, il est publié par Geste éditions.

Cet officier supérieur peut-être considéré comme le premier homme politique populiste français avant l’heure, quoique certains vous diront que Napoléon Bonaparte peut concourir pour ce titre. Voilà un excellent ouvrage du point de vue du contenu, il manque toutefois deux cerises sur le gâteau, la première est un index des noms propres de personnes et la seconde une iconographie. Quoiqu’il est là encore un rival cette fois en le futur Napoléon III dans la quantité de propagande papier destinée à le populariser, Boulanger se fait largement connaître grâce au développement de la presse. S’ajoutent en matériel de propagande des bustes et divers gadgets avant l’heure, voir ici un tableau représentant un colporteur https://www.histoire-image.org/fr/etudes/propagande-boulangiste. Par ailleurs la caricature anti-boulangiste est très riche et permet une lecture intéressante du phénomène qui porte « notre brav’ général » (se reporter à ce propos au dessin de presse "Départ des affamés du 2 décembre" de Pépin, pseudonyme de Claude Guillaumin). Il est vrai que Jean-Charles Chapuzet nous gâte bien en extraits de chansons pro ou antiboulangistes et il faut l’en remercier.

L’introduction propose ces trois phrases qui me semblent présenter de façon originale et pertinente cet épisode de l’histoire de France :  

« L’histoire du boulangisme est une histoire de l’émotion. Le caractère inédit et intense de l’évènement, propulsé par les journaux, révolutionne le quotidien des Français. Favorable ou non à Boulanger, chaque épisode rendu mémorable par voie de presse suscite un trouble, une agitation ou une discussion » (page 17).

Du premier chapitre, j’ai retenu :

« Le boulangisme est peut-être le premier souffle, la première esquisse d’un compromis réactionnaire, nationaliste et socialo-populaire. (…) cette synthèse semble s’édifier plus sur le mécontentement, sur le dégoût d’une République parlementariste et affairiste que sur l’amour de la Patrie » (page 27).     

En fait ce travail est tiré d’une thèse soutenue en 20015 à l'Institut d'études politiques de Paris, c'est le gage d’une réflexion conséquente sur le sujet. Comme on est là face à un ouvrage de vulgarisation, on a limité les notes de page à moins de 130, de plus heureusement elles servent assez souvent à situer un personnage cité comme le colonel Driant gendre de Boulanger (page 318), ou un aspect méconnu de la biographie d’un autre ainsi Aristide Briand a été candidat révisionniste à Saint-Nazaire aux législatives de 1889, ce que certains biographes de ce dernier passent volontairement sous silence (nous avons pris le soin de vérifier dans les quatre biographies que nous possédons de l’intéressé). Précisons personnellement qu’il se présente comme radical révisionniste et recueille environ 14% des voix dans la circonscription de Saint-Nazaire. En effet la grande majorité des candidats boulangistes précisent fréquemment leurs opinions boulangistes, on est aussi entre autre socialiste révisionniste ou conservateur révisionniste.

Assez souvent, surtout en région parisienne, avons-nous  remarqué de nous-mêmes, deux boulangistes s’affrontent ainsi Émile Goussot est élu député comme socialiste boulangiste, entre autre des communes de Pantin, Bobigny, Noisy-le-Sec et Bondy, contre en particulier un candidat radical et le révisionniste également socialiste Gabriel Marchi.  Henri Louis de Belleval fut député révisionniste de gauche pour la circonscription de Sceaux de 1889 à 1893, face en particulier au Prince de Polignac un boulangiste d’opinion royaliste. Dans la deuxième circonscription du Ve arrondissement de Paris, Lenglé un boulangiste bonapartiste s’oppose à Boicervoise un révisionniste blanquiste (donc socialiste). On voit à travers ces trois derniers exemples, plus celui de Briand, que les seuls à ne se dire jamais révisionnistes sont les opportunistes (derrière Jules Ferry).  Les boulangistes se présentent quasiment toujours comme des révisionnistes, dans le sens de partisan d’une révision de la Constitution française.  

Cet ouvrage fait un grand tour d’horizon, on a là l’évocation de la situation peu brillante de l’économie et de la question de la répression des grèves, le discrédit des parlementaires, les tensions guerrières avec l’Allemagne, une explication fine du boulangisme, un portait du général Boulanger éclairé notamment par sa carrière militaire (en lien avec la mise en place du protectorat sur la Tunisie), la présentation des gens avec qui il est en relation et la mémoire du boulangisme jusqu’à nos jours (Poujade et Jean-Marie Le Pen compris) sans oublier la mise en scène de Boulanger dans les arts ainsi que la litttérature souvent bien après sa mort. Quatre  personnages sont très présents : Gabriel Naquet, Clemenceau (aux sentiments complexes vis-à-vis de notre général), Léon Daudet et Barrès (fidèle parmi les fidèles). Après sa fuite en Belgique, le général Boulanger voit le Sénat, constitué en Haute-Cour, le condamner par contumace à déportation (en compagnie de Rochefort et du comte Dilllon). Il nie être un comploteur et dans une brochure Au peuple, mon seul juge !, tirée à un million d’exemplaires, il écrit :

« Est-ce avec MM. Clemenceau, Pichon, Pelletan, Millerand, Mayer que je complotais, alors le renversement de la République ? Si oui, pourquoi de sont-ils pas, eux-aussi traduits devant la haute-cour ? » (page 174)    

Le reflux du boulangisme entraîna une hécatombe chez les députés bonapartistes alors que les royalistes résistèrent mieux ; par ailleurs les leaders socialistes devenus boulangistes restèrent fréquemment dans le camp nationaliste et prolongèrent  leur révisionnisme dans l’antidreyfusisme.

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

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