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La France mutilée: 1871-1918, la question de l’Alsace-Lorraine

La France mutilée: 1871-1918, la question de l’Alsace-Lorraine
Vendémiaire284 pages
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Avis de Octave : "Que sont devenus les 107 députés qui refusèrent le traité de 1871 accordant l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne?"

Nous commencerons personnellement par le 15 juillet 1870, le jour où Jules Favre prit la parole pour déclare au corps législatif :

« Nous demandons communication des dépêches, et notamment de celles par lesquelles le gouvernement prussien a notifié sa résolution aux gouvernements étrangers. »

Cette proposition fut repoussée par 159 voix sur 243 votants ; elle aurait permis d’éviter la guerre. Ensuite le Corps législatif adopta les crédits relatifs à la guerre par 245 voix contre 10. Les dix opposants furent : Arago, Desseaux, Esquiros, Jules Favre, Gagneur, Garnier-Pagès, Glais-Bizoin, Grévy, Ordinaire, Pelletan. Des élus comme Jules Ferry, Gambetta, Jules Magnin (de la Côte-d’Or) ou Thiers étaient dans le premier groupe mais ils avaient pensé que la question étant décidée de faire la guerre, ils devaient donner au gouvernement les moyens de soutenir les combats qui s’annonçaient.   

Un certain nombre de ces quatre-vingt-quatre élus vont se retrouver députés en 1871. C’est l’ensemble du pays qui a voté le 8 février 1871 (alors que la citadelle Belfort est toujours assiégée) pour élire 767 représentants, y compris les territoires qui devraient devenir allemands et les régions où l’armée ennemie est présente (en gros à l’est d’une ligne allant d’Evreux à Tours et d’une autre ligne au nord de Tours à Dôle). En fait seul le Bas-Rhin dans son intégralité passerait dans l’empire allemand, des plus ou moins grandes parts du Haut-Rhin, de la Moselle, de la Meurthe et des Vosges doivent être cédées par la France. Il y aura d’ailleurs, par rapport aux propositions initiales, échange de terres devant la ville de Belfort pour des espaces à l’ouest de Thionville.

On peut regrouper cette centaine d’opposants au texte qui débouchera sur le Traité de Francfort, en deux catégories distinctes. La première est composée des élus des quatre départements majoritairement concernés (il n’y a pas d’élus des Vosges) par une cession totale ou partielle de leur territoire. Ceux-ci démissionnent d’ailleurs pour une bonne part après le vote positif de l’Assemblée. Ce sont : L. Chauffour, E. Teutsch, André, Ostermann, Schneegans, E. Keller, Kablé, Melsheim, Boell, Titot, Albrecht, Alfred Koechlin, A. Saglio, Humbert, Kuss, Rencker, Deschange, Boersch, A. Tachard, Th. Noblot, Dornès, Ed. Bamberger, Bardon, Léon Gambetta, Frédéric Hartmann, Jules Grosjean et le colonel Denfert-Rochereau qui affirment :

« Les représentants de l'Alsace et de la Lorraine ont déposé, avant toute négociation de paix, sur le bureau de l'Assemblée nationale, une déclaration affirmant de la manière la plus formelle, au nom de ces provinces, leur volonté et leur droit de rester françaises.

Livrés au mépris de toute justice et par un odieux abus de la force, à la domination de l'étranger, nous avons un dernier devoir à remplir.

Nous déclarons encore une fois nul et non avenu un pacte qui dispose de nous sans notre consentement.

La revendication de nos droits reste à jamais ouverte à tous et à chacun dans la forme et dans la mesure que notre conscience nous dictera.

Au moment de quitter cette enceinte où notre dignité ne nous permet plus de siéger, et malgré l'amertume de notre douleur, la pensée suprême que nous trouvons au fond de nos coeurs est une pensée de reconnaissance pour ceux qui, pendant six mois, n'ont pas cessé de nous défendre, et d'inaltérable attachement à la patrie dont nous sommes violemment séparés.

Nous suivrons de nos voeux et nous attendrons avec une confiance entière dans l'avenir, que la France régénérée reprenne le cours de sa grande destinée.

Vos frères d'Alsace et de Lorraine, séparés en ce moment de la famille commune, conserveront à la France, absente de leurs foyers, une affection filiale jusqu'au jour où elle viendra y reprendre sa place. »

Notons qu’ils sont vingt-sept, et que trente-quatre démissionnèrent en fait sur les quarante élus de ces quatre départements ; Gambetta fait partie de ce groupe. En fait quelques élus de cette région de l’Est votent contre le traité mais ne démissionnent pas ou reviennent sur leur démission. Il faut penser pour la Meurthe à Étienne Ancelon, Georges La Flize, Henry Varroy, Antoie Viox et Léon Dornes. Dans les Vosges par ailleurs, Nicolas Claude (revenu sur sa démission) et Émile Georges sont aussi opposants aux préliminaires de paix.  Dans ce groupe la grande majorité des élus sont républicains mais il y a des exceptions tel Émile Keller aux opinions ultramontaines. Ce dernier, qui faisait parti des quatre-vingt-quatre de l’été 1870 où il représentait Guebwiller, va être élu de Belfort dès l’été 1871.  

Le deuxième groupe est formé par environ soixante-dix députés généralement de tendance opportuniste ou radicale. En effet les modérés, aux sympathies royalistes, ont fait campagne pour la paix ; on peut relever au moins quatre exceptions (sans compter certains des généraux) en les personnes de Jacques de Jouvenel, représentant de la Corrèze, de Pierre Monteil de Dordogne, de François Jaubert élu du Cher et d’Hervé de Saisy député des Côtes-du-Nord  qui s’opposent aux modalités proposées pour la paix.

Un grand nombre dans ce groupe "de l’intérieur" a été élu dans la Seine. On trouve dans ce second ensemble Emmanuel Arago (fils de François) qui faisait aussi parti des quatre-vingt-quatre de l’été 1870, le général Billot, Jean Eugène Billy élu de la Meuse (il est à l’origine du nom Meurthe-et-Moselle pour le nouveau département lorrain né des lambeaux de deux autres), Louis Blanc, Henri Brisson, Sadi Carnot, le général Chanzy député des Ardennes, Charles Floquet, Victor Hugo, le général Loysel, le général François Mazure pour les Deux-Sèvres, Benoît Malon, Edgard Quinet, Arthur Ranc (futur fondateur de la Société des droits de l’homme), Henri Rochefort, Auguste Scheurer-Kestner, Victor Schoelcher.

Étienne Lamy du Jura (ayant la particularité d’être un républicain catholique), Georges Clemenceau et Albert Tachard du Haut-Rhin sont les trois à vivre au-delà de la date de signature de l’Armistice. Cet ouvrage permet aussi de réfléchir sur l’évolution qui transforme un patriotisme défendu par des hommes de gauche en un nationalisme porté par des gens de droite. Georges Clemenceau en restant fidèle à ses convictions se retrouvent ni chez les uns, ni chez les autres à la fin de sa vie politique et cela lui coûte son élection à la présidence de la République. On sait que parmi ces députés d’opposition aux préliminaires de la paix, Henri Rochefort, François de Mahy, Édouard Lokroy (qui épouse en 1877 la veuve de Charles Hugo, le second des fils de Victor Hugo), plus le général Billot ont été antidreyfusards. D’autre part Eugène Farcy, comme Henri Rochefort, fut boulangiste alors qu’Édouard Lokroy ne le fut absolument pas. On apprécie que 42 pages soient consacrées à une suite de présentations individuelles de chacun des 107 élus en question. 

Pour connaisseurs Aucune illustration

Octave

Note globale :

Par - 414 avis déposés - lecteur régulier

414 critiques
29/06/19
Exposition VERSAILLES 1919 : Moselle et Sarre
au musée de la Tour aux Puces, à Thionville
du 29 Juin 2019 au 22 Sept. 2019
https://www.tourauxpuces.com/fr/actualite/versailles-1919-moselle-et-sarre
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