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Jules Ferry, cet inconnu

Jules Ferry, cet inconnu
L’Harmattan 321 pages
1 critique de lecteur

Avis de Benjamin : "Jules Ferry plutôt mal connu, y compris par ses biographes"

Jules Ferry est donc né le 5 avril 1832 à Saint-Dié dans les Vosges et mort le 17 mars 1893 à Paris. Son ennemi Clemenceau vit le jour à Mouilleron-en-Pareds neuf ans plus tard. Un homme de l’est qui fit des études de droit face à un homme de l’ouest qui fit des années de médecine. Tous deux vécurent, de façon différente, la répression qui suivit le coup d’état de Napoléon III. Jules était alors à Paris et il vit arrêté une relation de sa famille, le député républicain modéré Houël qui protestait à la mairie du 10e arrondissement contre le coup d'Etat de décembre 1851.

Jules Ferry semble attentif à la création de la Ligue de l’enseignement en 1866 par Jean Macé et Éric Fromant ajoute que le patron protestant et alsacien Engel-Dollfuss (même s’il oublie le trait d’union) est le cofondateur. Ajoutons personnellement que ce dernier, tout en maintenant ses activités à Mulhouse, installe une usine à Belfort (ville restée française) en 1879.

En 1869, Jules Ferry est élu député républicain à Paris. L’année suivante, il est maire de Paris et est chargé d’assurer le ravitaillement dans la capitale assiégée, il en hérite une grande impopularité qui le fait surnommer "Ferry-la-famine". Même s’il semble considérer que Thiers a joué les provocateurs, il est très opposé aux actions de la Commune et fuit à Versailles. Élu député des Vosges en février 1871, il n’est pas un opposant au Traité préliminaire de paix du 26 février 1871 signé à Versailles ; il est porté absent pour congé. Il était membre du gouvernement jusqu'au 19 février. On aurait aimé que l’auteur nous précise ce dernier point, d’autant que ce congé pouvait relever d’un choix. D'après ce que nous dit l'auteur, Jules Ferry fut envoyé à Athènes, en qualité de ministre plénipotentiaire seulement en mai 1872.

Notons notre profond désaccord avec la présentation des faits page 96 à 97. Si Bismarck ne réclame pas, en septembre, la Moselle c’est parce que Bazaine est dans Metz et s’il l'exige en novembre c’est parce que Bazaine capitule le 27 octobre. Non seulement l’auteur excuse en partie Bazaine de sa décision, mais en plus il met sur le compte de l’intransigeance républicaine les nouvelles exigences de la Prusse. Belfort est restée française parce qu’un colonel républicain défendait la ville et ne rêvait pas à jouer les Cromwell. Et le pompon, pour nous, est dans «  Entre les exigences initiales de Bismarck et le résultat final, il y a l’intransigeance du gouvernement qui ne voit que la nécessité de gagner du temps pour installer un régime illégal et illégitime ».

Lors des élections de 1876, les proches de Ferry ont près de 200 députés, soit le double d’élus que les amis de Gambetta et Clemenceau. Notons que Ferry vote contre les lois d’amnistie des communards cette même année. On sait que la crise du 16 mai 1877 ferme définitivement la voie à une restauration monarchique. L’auteur apporte quelques précisions intéressantes sur la pensée économique de Jules Ferry et développe par exemple autour des conditions dans lesquelles la Tunisie devient un protectorat français. Candidat en 1887 à la présidence de la République, il n’est pas élu car nombre de Parisiens sont prêts à s’insurger si cela arrivait car c'est dans leur mémoire "Ferry la famine" et la difficile acceptation, que fut la sienne, de l'amnistie des communards.

Les instituteurs deviennent certes des fonctionnaires mais avec des salaires de misère, si bien que les anciens se voient attribuer une indemnité compensatoire à vie pour combler la diminution de la somme qui leur était donnée par les collectivités locales et les parents ; les qualifier de "petits bourgeois" est plus que surprenant (page 212). Nous conseillons de lire, sur ce sujet, Jean Coste https://www.actes-sud.fr/catalogue/essais-documents/de-jean-coste

Des conceptions pédagogiques de Ferry, on n’apprend pas grand-chose car l’auteur, comme nombre de ceux qui les méconnaissent, semble défendre une école du cours magistral. Donnons en piste cette information : « au Congrès pédagogique du 2 avril 1880,  faisait l’éloge des "méthodes nouvelles qui (…) consistent, non plus à dicter, comme un arrêt, la règle à l’enfant, mais à lui faire trouver ; elles se proposent avant tout d’exciter et d’éveiller la spontanéité de l’enfant, pour en surveiller, en diriger le développement normal, au lieu de l’emprisonner dans des règles toutes faites auxquelles il n’entend rien" » (La Riposte de Philippe Meirieux page 43). Donc à la phrase de la quatrième couverture qui parle de remettre l’enseignement français  à niveau, nous répondons qu’en effet, en s’appuyant sur les recommandations didactiques de Jules Ferry, on doit pouvoir bien plus intéresser les élèves et mettre ceux-ci en état de réussite. Toutefois pour s’imprégner de celles-ci, il faudra lire un autre ouvrage. Celui qui ferait connaître en particulier d'autres citations comme :

«Mettre l’orthographe, qui est une des grandes prétentions de la langue française, mais prétention parfois excessive, au premier rang de toutes les connaissances, ce n’est pas faire de la bonne pédagogie: il vaut mieux être capable d’écrire une lettre, de rédiger un récit, de faire n’importe quelle composition française, dût-on même la semer de quelques fautes d’orthographe.»

ou

«Les hommes d’ancien régime dans l’enseignement primaire sont un peu surpris de ce que nous entreprenons; ils sont même un peu choqués! Mais, disent-ils, est-ce que, autrefois, avec les anciennes méthodes, avec le programme restreint à lire, à écrire et à compter, on ne faisait pas des élèves sachant bien lire, écrivant correctement, comptant à merveille, comptant et écrivant peut-être mieux que ceux d’aujourd’hui, au bout d’un an ou deux d’école? Cela est possible; il se peut que l’éducation que nous voulons donner dès la petite classe nuise un peu à ce que j’appelais tout à l’heure la discipline mécanique de l’esprit. Oui, il est possible qu’au bout d’un an ou deux, nos petits enfants soient un peu moins familiers avec certaines difficultés de lecture; seulement, entre eux et les autres, il y a cette différence: c’est que ceux qui sont plus forts sur le mécanisme ne comprennent rien à ce qu’ils lisent, tandis que les nôtres comprennent. Voilà l’esprit de nos réformes.»

ou encore

«Tous ces accessoires auxquels nous attachons tant de prix, que nous groupons autour de l’enseignement fondamental et traditionnel du ‘’lire, écrire, compter’’: les leçons de choses, l’enseignement du dessin, les notions d’histoire naturelle, les musées scolaires, la gymnastique, les promenades scolaires, le travail manuel de l’atelier placé à côté de l’école, le chant, la musique chorale. Pourquoi tous ces accessoires? Parce qu’ils sont à nos yeux la chose principale, parce que ces accessoires feront de l’école primaire une école d’éducation libérale. Telle est la grande distinction, la grande ligne de séparation entre l’ancien régime, le régime traditionnel, et le nouveau.»

Bref Jules Ferry doit se retourner dans sa tombe en voyant qui le revendique haut et fort. Ceux qui sont fidèles à son message sont paradoxalement ceux qui sont critiqués par ceux qui se le sont annexés "à l'insu de son plein gré".

Pour tous publics

Benjamin

Note globale :

Par - 292 avis déposés - lecteur régulier

03/01/19
Droit de réponse

Un lecteur qui lit mal !
Visiblement, le lecteur « Benjamin » fait une réaction allergique aux faits et cela est bien dommage ! Lorsqu’il écrit : Et le pompon, pour nous, est dans « Entre les exigences initiales de Bismarck et le résultat final, il y a l’intransigeance du gouvernement qui ne voit que la nécessité de gagner du temps pour installer un régime illégal et illégitime », il est clair qu’il exprime une opinion qui n’a aucun rapport avec les faits. Quels arguments peut-il présenter pour dire que le régime n’était ni illégal, ni illégitime ? Aucun ! Qu’il ait des opinions d’extrême-gauche est son droit le plus strict, mais la proclamation de la République était un coup de force et les élections du 8 février 1871 ont donné une majorité monarchiste, validant l’écrit du livre. Tout est dans « Et le pompon, pour nous » : « pour nous » dit toute la subjectivité des commentaires. Ce n’est pas un hasard si Lord Russel, diplomate britannique maîtrisant parfaitement le français ; a parlé du gouvernement de démence nationale, car la défaite était telle qu’il ne restait qu’à l’acter.
Mais quand on en est à mentionner qu’il manque un trait d’union à Engel-Dollfuss, on montre clairement que tout est bon pour critiquer, par idéologie . Un livre d’Histoire est là pour décrire les faits et non pour exprimer des opinions.
Reprenons, dans l’ordre des critiques formulées.
Au deuxième paragraphe, il est écrit : « Jules Ferry semble attentif à la création de la Ligue de l’enseignement en 1866… ». Nulle part, il n’est écrit dans le livre que Jules Ferry soit sensible à la création de la Ligue de l’enseignement. En 1866, il est en plein conflit avec Alphonse Peyrat, il est impliqué dans la vie politique parisienne et dans le journalisme et celui suffit à occuper son esprit ; l’économie aussi, le passionne et « Benjamin » reconnait l’apport du livre sur ce point. Ce n’est qu’à partir de 1870 qu’il fera de l’enseignement l’essentiel de sa réflexion.
Au 3ème paragraphe : « Élu député des Vosges en février 1871, il n’est pas un opposant au Traité de Versailles car il est absent pour congé. On aurait aimé que l’auteur nous précise ce dernier point, d’autant que ce congé pouvait relever d’un choix. D'après ce que nous dit l'auteur, Jules Ferry fut envoyé à Athènes, en qualité de ministre plénipotentiaire seulement en mai 1872. »
Page 98, il est écrit : Ainsi contre sa propre attente, Jules Ferry se retrouve membre de l’Assemblée nationale. Thiers, néanmoins, le maintient à l’Hôtel-de-ville comme délégué à l’administration du département et de la capitale. Il va même jusqu’à, et à ce titre, lui donner droit de séance au conseil des ministres. Cela correspond à une faveur, au fait du Prince. Il assiste alors à la montée en puissance des extrémistes parisiens dans divers postes subalternes, mais clés.
Alors, non, il n’est pas en congé ; il est membre du gouvernement, sur un strapontin certes, mais il est lié. De plus, ce n’est que le 4 mars que l’Assemblée nationale ratifie le Traité préliminaire de paix (tel est son nom, Traité de Versailles renvoie à 1919). Or, deux jours plus tard, commencent les évènements qui vont débouché sur la Commune, même si celle-ci ne sera proclamée que le 18 mars. Il conteste les choix de Thiers mais doit se soumettre, puis fuir Paris. Pour lui, l’heure n’est pas à se positionner sur un traité strictement imposé par le vainqueur.
Page 113, il est écrit : Jules Ferry espère se consacrer à la vie parlementaire dont il attend le retour de tous ses efforts. Il partage néanmoins son temps entre son canton et Versailles (où se trouve l’Assemblée nationale). Jules Ferry n’est vraiment pas en congé. D’ailleurs, dans le même paragraphe, il est écrit qu’il subit les pressions de tout le gouvernement pour accepter un poste d’ambassadeur.
4ème paragraphe : « Notons notre profond désaccord avec la présentation des faits page 96 à 97. Si Bismarck ne réclame pas, en septembre, la Moselle c’est parce que Bazaine est dans Metz et s’il l'exige en novembre c’est parce que Bazaine capitule le 27 octobre. Non seulement l’auteur excuse en partie Bazaine de sa décision, mais en plus il met sur le compte de l’intransigeance républicaine les nouvelles exigences de la Prusse. Belfort est restée française parce qu’un colonel républicain défendait la ville et ne rêvait pas à jouer les Cromwell. »
Quel rapport entre Belfort et la Moselle ? Si Jules Favre avait accepté de céder Strasbourg, il n’eut pas été question de céder l’Alsace, donc Belfort qui en faisait partie à l’époque, et encore moins la Moselle. L’idée est venue quand Bismarck fut ulcéré par les exigences invraisemblables de Favre et quand les sidérurgistes allemands ont pensé qu’il leur serait fort utile d’ajouter le fer français au charbon allemand. Pourquoi « Benjamin » ne critique-t-il pas Fabre qui a menti effrontément ? Quand on pense que la première motivation des Français à la guerre de 14-18 a été de reprendre l’Alsace et la Lorraine, coûtant plus d’un million de mort, des centaines de milliers de blessés graves, à la France, 11 millions de morts à l’Europe, pourquoi passer ce mensonge sous silence ?
L’exigence prussienne initiale était Strasbourg et sa banlieue, plus un milliard de francs d’indemnités de guerre. La volonté de maintenir l’état de guerre pour installer le régime républicain a conduit à céder l’Alsace (moins Belfort) et la Moselle, plus 5 milliards de francs d’indemnités de guerre, cette somme correspondant à un tiers du PIB de la France à cette époque. Peut-on valider cela, conséquence du mensonge que Favre a reconnu devant une commission de l’Assemblée nationale et ensuite dans ses mémoires ? L’Histoire est un ensemble de faits, pas d’opinions !
Quant à Bazaine, « Benjamin » a décidément très mal lu. La note de bas de page numéro 44, page 96, l’une des deux pages objet du « profond désaccord », mentionne 44 Accusé de trahison par les républicains parce qu’il garde des contacts avec l’Impératrice Eugénie, il passe en conseil de guerre. Il présente une autre version, basée sur la supériorité évidente des forces ennemies et sur l’état réel de ses forces. Fait étonnant, le tribunal qui le condamne signe à l’unanimité une demande de grâce adressée au président de la République, lequel commute sa peine en vingt ans d’emprisonnement. Il apparait donc comme le bouc émissaire de toutes les tendances politiques pour porter le poids d’une défaite due avant tout à une impréparation coupable, ce qui n’exclut pas les responsabilités propres de Bazaine, non négligeables. La fin de la note a-t-elle été lue, ou l’ensemble de la note ? Il ne semble pas.
6ème paragraphe : Les instituteurs deviennent certes des fonctionnaires mais avec des salaires de misère, si bien que les anciens se voient attribuer une indemnité compensatoire à vie pour combler la diminution de la somme qui leur était donnée par les collectivités locales et les parents ; les qualifier de "petits bourgeois" est plus que surprenant (page 212). Nous conseillons de lire, sur ce sujet, Jean Coste https://www.actes-sud.fr/catalogue/essais-documents/de-jean-coste 462
Mon livre est factuel et « petit bourgeois » n’est pas une insulte, il sépare cette population des ouvriers miséreux et soumis à des conditions de travail épouvantables (voir à ce sujet les longs textes du livre consacrés aux révoltes des canuts) et des hauts bourgeois, voire de « l’aristocratie républicaine » dans laquelle Jules Ferry est entré par son mariage. A aucun moment, dans ce livre, il n’y a d’insulte pour qui que ce soit.
7ème paragraphe : Des conceptions pédagogiques de Ferry, on n’apprend pas grand-chose car l’auteur, comme nombre de ceux qui les méconnaissent, semble défendre une école du cours magistral.
Voilà une opinion qui ne s’appuie sur aucun mot écrit dans le livre. La raison : ce n’est pas le sujet du livre. « Benjamin » saisit l’occasion d’une tribune pour exprimer ses idées. Libre à lui, mais « Jules Ferry, cet inconnu » ne doit pas en être un prétexte.
Jusqu’à « jean coste », y compris le lien hypertexte, il y a 3679 caractères. A partir de « Des conceptions pédagogiques », il y a, sous la plume de « Benjamin », pour exprimer ses propres idées, sans rapport avec le livre, 3144 caractères. Quelle disproportion !
Non, Jules Ferry ne doit pas se retourner dans sa tombe, et l’auteur ne le revendique haut et fort, ni ne le rejette ; il fait partie de l’Histoire de France et doit être regardé avec la plus grande objectivité. L’Histoire est un ensemble de faits, de leçons à apprendre pour essayer de répéter les succès et éviter les erreurs. Le livre est factuel, il cite les qualités et les défauts de Jules Ferry, ses réussites et ses échecs de manière alternée tout au long du livre. Comme pour Bazaine, les deux aspects sont cités.
Mieux vaut, pour les vrais lecteurs, se faire une opinion par eux-mêmes, plutôt que de se baser sur une vision très orientée et ayant pour premier objectif de disposer d’une tribune pour ses propres opinions.
Eric Fromant, auteur de « Jules Ferry, cet inconnu », aux Editions L’Harmattan.

292 critiques
28/01/19
Sur internet, on apprend que l’auteur rend compte de ses ouvrages sur Radio Courtoisie, un média fortement marqué idéologiquement. Actuellement aucun site internet, présentant des livres historiques, ne semble avoir rendu compte de son dernier titre (à part Grégoire de Tours). Voici ce que l’on peut relever par une recherche rapide (donc peut-être pas exhaustive) :
- Le samedi 25 août 2012, Eric Fromant présente sur Radio Courtoisie son ouvrage "Les clés du renouveau grâce à la crise : économie de fonctionnalité, mode d'emploi pour les dirigeants d'entreprises". http://carnets-de-courtoisie.overblog.com/samedi-25-ao%C3%BBt-2012
- Sur Radio Courtoisie Laurent Artur du Plessis, assisté de Bernard de Fabrègues, a reçu le 14 décembre 2018 Éric Fromant, économiste, essayiste. Thème : “Jules Ferry, reflet de la société française de son temps". https://www.radiocourtoisie.fr/tag/jules-ferry/
- Une présence de plus, non en lien avec la sortie d’un de ses ouvrages :
1° le 23 octobre 2013, Laurent Artur du Plessis, assisté de Bernard de Fabrègue, recevait Éric Fromant, économiste, pour une émission consacrée à la question : la frugalité pourrait-elle résoudre la crise économique ?
https://www.radiocourtoisie.fr/2013/10/23/libre-journal-de-la-crise-du-23-octobre-2013-la-frugalite-pourrait-elle-resoudre-la-crise-economique/
2° le 1 mai 2013, Laurent Artur du Plessis, assisté de Bernard de Fabrègue, recevait Olivier Delamarche, gestionnaire de patrimoine, et Éric Fromant, directeur de société, écrivain, pour une émission consacrée à l”hypothèse d”une prolongation de la crise économique mondiale.

En effet ce livre rassemble beaucoup de choses que je n’aime pas et je remercie l’auteur de me fournir l’occasion de le dire car je ne m’étais pas autorisé à préciser ce qui me gênait globalement, dans ma critique. Je laisserais d’ailleurs de côté encore, pour ce titre, des simplifications et assimilations abusives à mon avis, car on tomberait dans un débat assez suggestif. Ceci à l’exception d’un point que soulève l’auteur dans sa réponse.
Tout d’abord est choquante une quatrième de couverture au contenu non seulement niais mais en plus laissant croire que l’auteur va traiter d’un sujet qu’il n’aborde absolument pas. Je laisse mes lecteurs en juger d’eux-mêmes : « Pour savoir s’il faut revenir à l’école de Jules Ferry pour remettre l’enseignement du français à niveau, il est très important de connaître aussi bien l’homme que son action ».
Certes la quatrième de couverture n’est généralement pas rédigée par l’auteur, mais s’il ne manifeste pas son opposition, c’est qu’il approuve ce qui est dit. À partir du moment où l’auteur n’évoque pas ce qu’on attend, d’après cette quatrième de couverture, je m’autorise à le faire à sa place (on pas en donnant mes idées sur ce sujet, mais en citant Jules Ferry, car je me dois d’informer mon lecteur) et cela me semble même indispensable vu l’instrumentalisation qui est faite dans cette quatrième de couverture, sans les connaître, des idées pédagogiques de Jules Ferry. Ce ne sont pas les quelques extraits de lois scolaires que l’auteur présente (en annexe) qui permettent de connaître les idées pédagogiques de Jules Ferry. D’ailleurs dans le peu qu’il dit dans le corps de son texte sur les lois scolaires, on relève cette phrase : « le préfet de la Seine, Hérold, avait fait retirer les crucifix des écoles, acte d’autorité qui avait scandalisé l’opinion » (page 208). Il est évident qu’un historien aurait parlé là « des catholiques » et non de « l’opinion ».
Je n’apprécie pas les auteurs qui avancent des idées personnelles en douce, non liées directement au sujet, sans les argumenter, c’est le cas par exemple avec Bazaine. L’auteur me reproche de parler de Belfort, mais si j’en parle, c’est pour expliquer mon désaccord sur ce qu’il dit de l’action de Bazaine. Avancer que « le lecteur Benjamin fait une réaction allergique aux faits » est évidemment une absurdité (et pas seulement parce que cela ne veut rien dire), par contre j’admets aisément que la présentation très personnelle que propose l’auteur de certains faits m’a semblé très sujette à caution.
Ce qu’il avance sur le Gouvernement de Défense nationale "illégal et illégitime" est discutable (car apparu dans l’urgence de défendre la patrie), d’autant qu’il succède à un Second Empire lui-même né d’un coup d’état et appuyant sa prétendue légitimité sur une répression (en particulier de la presse), la candidature officielle et les pressions sur les électeurs à une époque où d’ailleurs l’isoloir n’existe pas. Mais ce qui me gêne beaucoup (et je précise bien dans mon compte-rendu d’origine que je suis gêné à titre personnel) dans la phrase « Entre les exigences initiales de Bismarck et le résultat final, il y a l’intransigeance du gouvernement qui ne voit que la nécessité de gagner du temps pour installer un régime illégal et illégitime » est de mettre un objectif quasi complotiste aux actions du gouvernement de Défense nationale. À cette époque, il n’y a pas de projet réellement consistant concurrent à la République et à moins de ne pas vouloir comprendre le sens des résultats des élections de 1871. Les historiens écrivent que les électeurs ne votent pas pour un retour d’un roi (lequel d’ailleurs) mais pour la paix.
L’auteur avance qu’ « Un livre d’Histoire est là pour décrire les faits et non pour exprimer des opinions ». C’est exactement le problème avec cet ouvrage qui s’autorise beaucoup de choses à la marge. Et en particulier de qualifier le Gouvernement de Défense nationale d’avoir sacrifié une partie du territoire national par son intransigeance. Jamais un historien (évidemment avec la déontologie que l’on trouve chez un historien et pas par exemple chez un compilateur) n’oserait écrire « Favre qui a menti effrontément ». Il aurait dit, pour n’importe quel personnage en gros, que ce dernier présente les choses autrement que celles rapportées par certains documents et surtout il aurait bien précisé les informations à opposer à ce que dirait Favre. Notons que dans cet ouvrage, il n’est fait mention qu’à un document d’époque (et encore celui-ci ne mérite pas le qualificatif "d’archives" car s’il a été produit en 1871, il s’agit d’un texte tiré d’un périodique) ni dans les notes ni dans la bibliographie ; Dans cette dernière, d’ailleurs l’auteur a l’honnêteté d’avancer qu’il s’est beaucoup appuyé sur ce qu’il a trouvé sur internet et en particulier sur wikipédia. Remarquons d’ailleurs, qu’à côté de livres sur spécifiquement autour de Jules Ferry, on a là en autre le titre "Pour en finir avec la Moyen Âge" de Régine Pernoud et que par contre n’est pas mentionné l’ouvrage "Jules Ferry - La liberté et la tradition" de Mona Ozouf paru en 2014.

Pour l’auteur, toute lecture critique de son ouvrage entraîne la qualification de "mauvaise lecture". Si on ne gobe pas tout ce qu’il avance personnellement, on « lit mal ». Il est évident qu’un auteur doté d’une culture d’historien, en réponse, aurait dit quelque chose comme « ce lecteur de mon ouvrage n’a pas la même interprétation des faits que moi », mais jamais il n’aurait osé émettre un jugement de valeur en indiquant qu’on lisait mal.
Sur Grégoire de Tours, on ne fait pas dans le compte-rendu bête et gentil, bref apriori dans la complaisance. On donne son opinion personnelle, on pose éventuellement des insuffisances de l’ouvrage sur un point précis, on avance qu’on aimerait trouver telle chose et qu’on ne l’a pas vue. Le rôle du critique est de relever les erreurs manifestes (dans toutes les présentations de livre historique, cela se fait depuis l’origine) ; pour les trouver, il faut d’ailleurs avoir prêté attention à ce qui est écrit. Engel-Dollfuss mérite qu’on l’appelle par son véritable nom, d’autant qu’Engel est un prénom, comme Éric Fromant aurait pu s’offusquer de se voir appeler Éric Froment. Ne pas écrire "Frédéric Engel-Dollfus" montrerait-il, de la part de l’auteur, une connaissance très superficielle de certains sujets plus ou moins lointains de la biographie de Jules Ferry ? Sujets qu’il se permet pourtant d’aborder.
Quand on parle de la création de la Ligue de l'enseignement page 75, sur un tiers de page, et qu'on ne précise pas que Jules Ferry n’en a alors rien à faire (c’est l’idée avancée dans ce droit de réponse), alors que l’on écrit dans ce même paragraphe que Jules Ferry reprend à son compte les idées positivistes (Wikipédia : « Les lois sur l'enseignement primaire de Jules Ferry (28 mars 1882) se sont inspirées du positivisme » https://fr.wikipedia.org/wiki/Positivisme#Enseignement), on induit le lecteur à penser (et j’ai bien pesé mes mots en utilisant le verbe "sembler"), vu le contexte dans ce livre que « Jules Ferry semble attentif à la création de la Ligue de l’enseignement en 1866 ».

Croire que, dans ce livre, j’ai pris "petit-bourgeois" pour une injure est étonnant (surtout d’après le commentaire que j’en fais):

«"petit bourgeois" n’est pas une insulte, il sépare cette population des ouvriers miséreux et soumis à des conditions de travail épouvantables »

Ce terme "petit-bourgeois" renvoie à un niveau de revenu pour le lecteur et il est bon de remettre les pendules à l'heure. Qu’un économiste n’ait à sa disposition que les mots "ouvriers, paysans, petits-bourgeois et bourgeois" est plus qu’étonnant (une fois de plus). Cette simplification en matière de vocabulaire aurait été excusable si elle ne servait à passer une idée fausse. D’ailleurs il s’agit évidemment ici en fait d’un bon exemple d’assimilation abusive, à mon avis l’auteur ayant évidemment un vocabulaire plus étendu. Moi, contrairement à l’auteur, quand j’avance une idée, je l’appuie par des faits, d’où le renvoi, pour les lecteurs de ma chronique, à l’ouvrage "Jean Coste".

D’autre part, vu que l’on attribue à Jules Ferry les expressions de « ligne bleue des Vosges d'où monte jusqu'à mon cœur fidèle la plainte touchante des vaincus » et au sujet de l'Alsace-Lorraine : « Y penser toujours, n'en parler jamais», je m’attendais que me soit expliquée la position de Jules Ferry sur la ratification du Traité préliminaire de paix du 26 février 1871 signé à Versailles. L’auteur ne le fait pas dans son livre et dans sa réponse nous explique que Jules Ferry était un membre officieux du gouvernement d’alors. Jules Ferry n’étant pas un membre officiel de ce gouvernement aurait bien pu s’exprimer dans ce scrutin, il ne l’a pas fait car les documents de l’époque (que j’ai trouvés personnellement) disent que lors du vote, il est en congé. De plus, la décision de Jules Ferry par rapport à un vote est une chose et son opinion sur le sujet en est une autre qu’on aurait aimé connaître.

Au lieu de reconnaître qu’il aurait été souhaitable d’apporter des informations là-dessus, l’auteur avance que pour Jules Ferry « l’heure n’est pas à se positionner sur un traité strictement imposé par le vainqueur ». Nos lecteurs jugeront la qualité d’une telle réponse, destinée à cacher une absence de connaissance de l’opinion de Jules Ferry là-dessus. Quand un historien ne sait pas quelque chose, il ne se sent pas coupable de dire son incapacité mais il est vrai que pour trouver une réponse, il a fourni de sérieux efforts en consultant des archives. Un historien écrit pour éclairer ses lecteurs et donne souvent des interprétations possibles d’un même fait en s’appuyant bien sûr sur ce qu’il a découvert dans des documents d’époque.

Je m’arrête là me refusant de répondre, dans les commentaires de l’auteur sur ma chronique, en particulier à des jugements et des qualificatifs qui servent à cacher une pauvreté des arguments et une incapacité d’admettre qu’un regard critique puisse être émis sur son livre. Cette opinion, sur son titre, émanant d’ailleurs de quelqu’un ayant des diplômes dans la discipline historique et une respectable liste d’écrits dont certains publiés par des presses universitaires, donc soumis, avant publication, à la lecture de personnes qui connaissent le sujet qu’il traite. Il y a trois sortes de livres d’Histoire, ceux écrits par des historiens (avec des références et des citations), ceux écrits par des érudits, et ceux écrits par des essayistes. Dans cette dernière catégorie, on trouve cet ouvrage.
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