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La franc-maçonnerie et la crise boulangiste

La franc-maçonnerie et la crise boulangiste
Septentrion231 pages
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Avis de Adam Craponne : "Boulanger un nouveau Saint-Just ou un Napoléon III en puissance, trois points mais d’interrogation chez les francs-maçons"

La franc-maçonnerie française n’a, au cours des siècles, ni eu la même composition sociologique, ni même défendu les mêmes valeurs. Rappelons-nous par exemple, qu’avant la Révolution française, elle comptait nombre de prêtres en son sein et que sous le Premier Empire elle était devenue l’auxiliaire docile du régime. Le Grand Orient recrute largement dans l’armée et les fonctionnaires, il a pour dirigeant Joseph Bonaparte le frère de l'empereur  (qui devient grand maître) et Murat ainsi que Cambacérès. 

Napoléon III remet une chape de plomb sur la maçonnerie mais, sous son règne, progressivement elle s’émancipe du pouvoir et compte dans ses rangs de nombreux partisans de la République lorsque le Second Empire s’écroule. En 1877 le Grand Orient supprime l'obligation de croire en Dieu et retire de sa constitution la phrase « La Franc-maçonnerie a pour principe l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme ». L’Église catholique condamne fermement à la fois la franc-maçonnerie et les institutions républicaines de la France aussi les francs-maçons soutiennent activement aux législatives de 1877 les opposants à l’Ordre moral et Mac-Mahon.

Dans les années 1890, vu le coût des cotisations, instituteurs et ouvriers qualifiés sont peu nombreux dans les loges malgré la possibilité laissée offerte dans certaines loges de réduire pour eux le coût de leur adhésion. Au regard des documents propagés par les associations antimaçonniques, on peut estimer à plus de 2% le nombre d’enseignants masculins du primaire qui sont francs-maçons dans les années  1900. Voilà ce qu’il est bon de savoir pour un peu mieux rentrer dans le contenu de cet ouvrage.

Nous avons trouvé sur internet une illustration très intéressante par rapport au sujet. Dans le supplément du Figaro du 30 mars 1889 est offert un jeu de l’oie du général Boulanger qui voit en case 63 son triomphe. Dans la partie haute du document sont présentés les hommes qui le soutiennent, à savoir de gauche à droite : Flauquet, Laur, Vergoin, Laguerre, Eugène Mayer, Charles Lalou, Michelin,  Déroulède,  Le Hérissé, Villemer. Grâce à l’ouvrage de Julien Rycx, on peut évaluer le nombre impressionnant  de francs-maçons dans ce lot lorsque commence l’aventure boulangiste à la fin des années 1880.

L’auteur parvient magistralement à faire comprendre ce qui peut séduire certains frères trois points dans le boulangisme des origines et évoque les personnes qui sont des relais révisionnistes dans la franc-maçonnerie. Il cite des personnages de l’époque ou l’historien B. Joly pour cela :

« (Charles-Ange Laisant) dénonce un régime parlementaire, étroitement lié à la monarchie constitutionnelle, totalement dépourvu du suffrage universel démocratique n’étant que l’orléanisme transplanté dans la République, dans lequel les discussion publiques ne ont plus qu’un vain décor, destiné à tromper le pays en cachant les manœuvres de groupes, destiné à tromper le pays en cachant les manœuvres de groupes, le travail des coteries, les luttes d’ambition ayant pour objet la conversion ou la conquête des portefeuilles »  (page 82).   

« Prônant  un républicanisme archaïque, autoritaire, égalitaire et frondeur, plus sentimental qu’idéologique , la pensée boulangiste, avant le printemps 1888, suscite le débat et interroge de nombreux maçons » (page 83).

Toutefois, pour reprendre un mot d’aujourd’hui, on va vite trouver des lanceurs d’alerte chez les francs-maçons. Tout d’abord, il faut distinguer entre la Grande Loge Symbolique Écossaise, avec des membres plutôt proches des opportunistes est rapidement hostile au boulangisme, par contre au Grand Orient où se côtoient des frères à la fois de sensibilité républicaine modérée et des radicaux (réclamant une laïcisation du pays et des réformes sociales). Ces derniers partagent nombre des revendications boulangistes même si certains craignent vite de voir un futur Napoléon III en le général Boulanger.

La prise de position officielle de la franc-maçonnerie  est celle d’une hostilité au boulangisme, toutefois il n’y a pas de purge des francs-maçons devenus militants révisionnistes. Quittent toutefois la franc-maçonnerie des boulangistes non repentis qui ont viré vers le nationalisme.    

Le Grand Orient entre un peu plus dans le combat de la défense de la République et de ses valeurs officielles à l’occasion de la crise boulangiste, il s’ancre définitivement dans cette orientation lors de l’Affaire Dreyfus.

La  mention de la source du dessin de la couverture se trouve en quatrième de couverture et le personnage, qui tirait le char de Boulanger, est Georges Laguerre. Ce dernier venait du radicalisme lorsqu’il passa au boulangisme, ce qui l’entraîna à quitter le département du Vaucluse dont il était député pour celui de la Seine où il se présente comme révisionniste et est élu. Il était franc-maçon. On apprécie l'index des noms de personnes et les nombreuses biographies de boulangistes ou d'antiboulangistes en fin d'ouvrage qui permettent en particulier de savoir ce qu'ils sont devenus après les années 1890. Notons que  le prix de recherche maçonnique (IDERM) 2018 a été attribué à Julien Rycx pour son Master 2 La Franc-Maçonnerie et la crise boulangiste (1886-1891) dirigé par Jean-Marc Guislin et soutenu en juin 2016.

idé cadeau

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

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