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Marignan : histoire d’une défaite salutaire 1515-2015

Marignan : histoire d’une défaite salutaire 1515-2015
Cabédita140 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "Le marignan est un savarin mais 1515 c’était pas du gâteau mais plutôt de la fondue pour les Suisses"

Cet ouvrage est très illustré tant par des images que par des cartes ; toutefois pour arriver à une réelle compréhension de cartes aussi complexes (la Suisse et l’Italie ce sont en gros alors des juxtapositions de confettis) il faut une loupe et déjà une certaine connaissance de la géopolitique de ces pays et de l’Europe en général au XVe et XVIe siècles. Bref toutes ses cartes, remarquablement intéressantes dans l’absolu pour leur contenu, auraient dû se voir offrir une page entière pour cet ouvrage où la surface avoisine les 300 cm2. De plus un index des cartes n’est jamais un luxe pour le lecteur historien, bref au lieu de proposer des outils auxquels on se serait reporté pour mieux comprendre d’autres ouvrages, ce livre nous incite à aller consulter pour certains contenus un atlas historique.

Le titre "Marignan : histoire d’une défaite salutaire 1515-2015" se comprend dans la mesure où Gérard Miège est né en 1948 à Versoix, dans le canton de Genève depuis sa création mais qui fut française (en tant que cité du Pays de Gex) de 1601 à 1815. Il  est un des membres fondateurs de la Délégation de Suisse du Souvenir napoléonien, fin connaisseur de l’histoire de la Suisse au XVIIIe et XIXe siècle et érudit sur les rapports entre Voltaire et  Genève.   

Après une introduction de deux historiens, dont l’un dirige le Musée des Suisses dans le monde, qui pose à plat les intérêts que la France et Suisse tirèrent sur le long terme de leur alliance mutuelle, c’est à Gérard Miège à prendre la plume pour nous montrer la complicité entre Louis XI et les huit cantons (tous germanophones)  de l’espace helvétique, faute d’expliquer les liens étroits entre la Bourgogne et la Savoie d’alors on a du mal à comprendre l’origine du conflit entre les Suisses et les Bourguignons. On ne reprochera pas, dans le cadre d’un ouvrage de cette densité, à l’auteur de ne pas nous avoir parlé en lien avec cela des frères von Hagenbach, l’un est attaché à la bataille d’Héricourt de 1474 (cité du comté de Montbéliard, aujourd’hui en Haute-Saône) et l’autre décapité la même année après avoir été jugé à Brisach (Vieux-Brisach aujourd’hui), le premier mort d’une série d’accusés, en langage d’aujourd’hui, de crimes contre l’humanité.        

Les autonomistes bretons auront une raison de plus de se plaindre puisqu’ils verront ici que la conquête de la Bretagne en 1488 par les troupes royales s’est faite grâce aux mercenaires suisses. Tout aurait continué à aller le mieux du monde entre la Confédération et la France si la succession du bon roi René si Charles VIII n’avait songé à revendiquer son héritage italien. Un tableau de l’ensemble des principautés italiennes et des pays extérieurs intéressés à son avenir est proposé. Ceci nous permet de lire que la Suisse en est depuis peu à 13 cantons.

Après les expéditions de Charles VIII en vue ce contrôler le royaume de Naples, suivent celles de Louis XII pour s’emparer du déché de Milan et on vit alors des Suisses dans les armées françaises et d’autres dans celle des Sforza régnant sur Milan. Durant ces deux règnes Mathieu Schiner, l’évêque de Sion en Valais, ne cessa de s’opposer aux ambitions françaises (les pages 77 à 81 puis 125 à 128 lui sont spécifiquement consacrées). Le Valais occidental était une quasi principauté aux mains de son évêque et voilà un personnage, faiseur d'un pape, qui passerait bien pour avoir inspiré Nicolas Machiavel, si l'Italien avait écrit quelques années plus tard son essai.

Dans le chapitre consacré à Louis XII, quatre pages sont consacrées à l’armement et à la tactique habituelle des Suisses au combat. Avec la montée sur le trône de François Ier, on repart non comme en 14, mais comme en deux fois 15 ;  Gérard Miège nous livre une description détaillée et illustrée d’une bataille de Marignan longtemps indécise et où l’arrivée de la cavalerie vénitienne entraîne la retraite des Suisses.   

Si en l’année suivante François Ier signe une alliance perpétuelle avec la Confédération, on vit toutefois en 1521 une armée levée officiellement en Suisse pour soutenir les Français et une autre formée à l’initiative du cardinal Mathieu Schiner et destinée à rétablir les Sforza sur le duché de Milan. Notre évêque de Sion meurt fin 1522 à Rome de la peste et avec lui disparaît quasi définitivement le jeu de bascule des Suisses dans un conflit. Malgré les bouleversements entraînés par les conflits religieux du XVIe siècle, la Confédération va préserver son unité, ne subir aucune invasion étrangère trop coûteuse et abandonner tout projet expansionniste conséquent (on la vit même refuser un agrandissement plus conséquent en 1815, sous la pression du nouveau canton de Genève qui refusait d'annexer un nombre assez important de villages catholiques).   Bataille devenue mythique dès le XVIe, surtout qu'après arrive Pavie,  elle se voit  célébrer par Clément Jannequin (né à Châtellerault en 1485), l'un des plus grands compositeurs de chansons de la Renaissance, par une "Défaite des Suisses" qui sera bien populaire.

Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations

Adam Craponne

Note globale :

Par - 602 avis déposés - lecteur régulier

289 critiques
28/08/15
384 critiques
25/09/16
1516 - 2016 500e anniversaire de la Paix perpétuelle entre la France et la Suisse: Colloque au Palais du Luxembourg Paris, 27 septembre 2016

Et pour très bientôt aux éditions Cabédita l'ouvrage Suisse et France: Cinq cents ans de Paix perpétuelle
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