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Le siècle de Louis XIV

Le siècle de Louis XIV
Perrin456 pages
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Avis de Adam Craponne : "Dis-moi ce que Louis XIV mangeait, je te dirai les années de famine pour son peuple"

Cet ouvrage est composé d’un ensemble de vingt contributions groupées autour de six chapitres, le tout précédé d’une introduction entourée d’une carte des généralités à la fin du règne de Louis XIV et d’une chronologie allant de 1637 (année de conception du futur Louis XIV) à 1715 (date de la mort du Roi-Soleil).  Jean-Christian Petitfils commence par nous donner quelques précisions sur son physique (dont sa taille, à savoir 1m84), pose la question des limites du pouvoir royal et la dimension de la représentation que Louis XIV entend donner à sa fonction.

Françoise Hildesheimer traite de l’enfance de notre futur souverain, rappelant que Louis XIII a tenu que son fils ait pour parrain Mazarin et que le notre jeune roi a vécu une enfance très troublée par les conséquences de la Fronde. Jean-Paul Desprat évoque les amours du roi et on voit que la multiplicité des maîtresses ne se traduisit pas par des nuits esseulées pour la reine, les favorites ayant droit aux après-midis. Ceux qui ont lu "La vie de princesse d’Angleterre" de Madame La Fayette ou l’ouvrage de Stéphanie Couturier "Histoire et fiction dans La vie de la princesse d’Angleterre et La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette" ou "Henriette d’Angleterre" d'Arnault Pfersdorff savent que Louis XIV pour une de ses premières amantes sa belle-sœur. Suit la liste des maîtresses et ponctuellement la question des bâtards. La conclusion est magistrale :

« Louis XIV aura traversé tout l’arc-en-ciel des passions : prince de contes de fées avec Marie Mancini, mari respectueux de sa femme au point de ne quasi jamais découcher d’avec elle, amant troublé par la carmélite La Vallière, amant magnifique et scandaleux d’Athénaïs au plus fort de la gloire du règne, séducteur que quelques amazones de passage, recroquevillé dans l’ombre d’une femme d’exception qu’il eut le mérite de distinguer et le courage d’épouser ». (pages 100-101)   

Mathieu Da Vinha évoque la vie quotidienne du roi et nous minute ce que l’étiquette exige du roi dans une journée. Est cité pages 107-108 un poème de Molière, qui fut un temps valet de chambre de son souverain, comment parmi la centaine de présents au lever du roi, beaucoup manœuvraient afin de s’y faire remarquer.  

Les chapitres qui suivent ont pour nom :  le royaume, le gouvernement du roi, la cour et les hommes du roi, la religion, Louis XIV et l’Europe, les arts et les lettres. Jean-François Solnon montre combien si l’étiquette s’imposait à tous, le roi pouvait accorder des passe-droits et il cite l’exemple du duc de Saint-Simon qui, pour obtenir une audience du roi, devait demander au roturier Fagon, le premier médecin de Louis XIV, d’en parler à ce dernier. Avec un roi qui enchaîne guerres sur guerres, on peut suivre l’idée de Jean-François Solnon que dans la noblesse française on assiste à une véritable hécatombe et que l’agitation féodale a su être canalisée dans les campagnes extérieures quand ce n’est pas dans la domestication au service de la famille royale. En plaisantant à peine,  on pourrait dire que le fossoyeur de la noblesse française, ce n’est pas la guillotine mais Louis XIV, en effet on estime que celui-ci fait tomber cet ordre de 200 000 à 130 000 personnes. Les anoblissements ainsi que les usurpations de noblesse sous Louis XV en sont la conséquence. Incapable de limiter l’absolutisme royal la noblesse française est devenue un corps qui globalement ne sent plus assez fort pour envisager des réformes qui rogneraient les privilèges  qui lui restent. Assujettie, elle l’est, au point que Jean-François Solnon conclut à son propos en citant ce que fait dire Montesquieu à son Persan :

« Il n’a point de mines d’or comme le roi d’Espagne, son voisin ; mais il a plus de richesses que lui, parce qu’il tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisables que les mines ». (page 240)   

Il manque dans cet ouvrage un article sur les finances du royaume qui présenterait la colossale dette de l’État accumulée sous Louis XIV. Joël Cornette se demande dans quelle proportion les décisions du roi influençaient les choix tactiques de ses armées et comment il entendait profiter de ses guerres pour asseoir sa gloire et une dévotion à son égard de la part de ses sujets. Les regards sur le personnage et ses actions sont globalement laudatifs, à l’exception de ce qui traite de ses initiatives en matière religieuse tant du côté des protestants que des catholiques.  Les auteurs montrent bien en quoi Louis XIV est en phase avec son temps et savent parfois se dégager d’un intérêt pour la personne royale pour voir comment la société évolue de façon radicale, car comme l’écrivait Voltaire :

« Je ne sais si Louis XIV méritait bien le nom de grand, mais son siècle le méritait, et c'est de ce bel âge des arts et des lettres que je veux parler plus que de sa personne » .

Pour tous publics Aucune illustration

Adam Craponne

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