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Histoire et fiction dans la Vie de la princesse d'Angleterre et La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette

Histoire et fiction dans la Vie de la princesse d'Angleterre et La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette
Connaissances et savoir 250 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "Clèves le plafond !"

"La Princesse de Clèves" fut un livre honni par le candidat puis le président Sarkosy et on peut paradoxalement s’en réjouir puisque ces petites phrases se traduisirent par sa mise au programme du concours d'admission à l'Ecole normale supérieure en 2009-2010 et relancèrent considérablement l’achat de l’ouvrage entre 2006 et 2009. Il apparaît que Stéphanie Couturier fut encouragée, quelques années auparavant, par son enseignante Madeleine Bertaud à proposer une thèse non seulement autour de "La Princesse de Clèves"  mais également à propos de "La Vie de la princesse d’Angleterre".  De ce dernier ouvrage (connu sous deux titres différents), la dernière fois réédité en 1967 (et qui n’a droit qu’à une publication par siècle, après trois publications au XVIIIe), Stéphanie Couturier confesse n’avoir jamais entendu parler avant que Madeleine Bertaud l’oriente vers lui.

Mme de La Fayette révèle clairement que le roi très chrétien Louis XIV fit un temps de sa belle-sœur une maîtresse : 

« L’attachement que le Roi avait pour Madame, commença à faire du bruit, et à être interprété diversement. La Reine-Mère en eut beaucoup de chagrin, il lui parut que Madame, lui ôtait absolument le Roi et qu’il lui donnait toutes les heures, qui avaient accoutumé être pour elle ».

 « Cependant le Roi et Madame, sans s’expliquer entre eux ce qu’ils sentaient l’un pour l’autre, continuèrent de vivre d’une manière qui ne laissait douter à personne, qu’il n’y eût douté à personne, qu’il y eût entre eux plus que de l’amitié ».

(Mme de la Fayette. "Histoire de Madame Henriette d’Angleterre". Jean Frédéric Bernard, 1742. Pages 53 et page 57)

Stéphanie Couturier rapporte que Mme de La Fayette étant l’amie de Madame Henriette d’Angleterre, c’est cette dernière qui lui proposa de lui raconter des épisodes de sa vie afin que soit écrit le récit de sa vie. Fille de Charles Ier roi d’Angleterre, elle épousa le frère de Louis XIV. Délaissée par un mari à tendances homosexuelles, elle eut une vie galante assez bien remplie. Aussi un des objectifs du récit est de justifier le comportement de Madame Henriette d’Angleterre.

Si l’ouvrage "La Princesse de Clèves" est bien plus connu, il n’est pas inutile de rappeler que pour l’aristocratie à laquelle appartient l’auteure de l’ouvrage, la cour d’Henri II était celle du temps où la noblesse d’épée tenait les rênes du pouvoir. À ses yeux, la cour de Louis XIV est décadente de ce point de vue.  

Stéphanie Couturier propose de faire des parallèles entre ces deux univers fort différents, l’un étant la Cour d’Henri II et l’autre la Cour de Louis XIV. La première partie de l’ouvrage montre combien la Cour est un lieu théâtral et pointe l’influence que certaines femmes y exercent à partir du règne d’Henri II (page 34). La seconde partie montre comment les relations amoureuses se développent sous la plume de Madame de La Fayette. Elle reprend scrupuleusement anecdotes pittoresques et faits historiques rapportés par des mémorialistes, pour ce qui touche à la galanterie elle donne les pleins pouvoirs à ses capacités imaginatives .

« Pour Mme La Fayette, l’amour est donc très souvent associé à la métaphore de l’abîme parce qu’il entraîne la jalousie, l’amour-propre et l’ambition ».  (page 91)

Le personnage de la princesse de Clèves est fictif, mais sans la nommer Françoise de Rohan la duchesse de Loudun est une de ces femmes dont le sort est évoqué à travers celui de l’héroïne.   La marque de la préciosité dans "La Princesse de Clèves" se trouve tout autant dans l’action que dans le vocabulaire vaporeux.

La troisième partie de l’ouvrage de Stéphanie Couturier pointe l’originalité narratologique des deux œuvres et relève que dans la seconde Mme de La Fayette se met en scène ponctuellement comme un des personnages du récit. Dans la fin du dernier chapitre du livre, elle écrit que Madame de Chartres (la mère de la princesse de Clèves )

«  À travers Mme de Chartres, Madame de Lafayette traduit toutes les contradictions de la noblesse de son temps, tiraillée entre une morale de l’orgueil alors périmée et le sentiment confus de sa déchéance ».  (page 241)

Dans la conclusion, l’auteure écrit que Madame de Lafayette:

« condamne l’amour puisqu’il engendre une débâcle morale et encourage la dissimulation » (page 243)

Réservé aux spécialistes

Adam Craponne

Note globale :

Par - 630 avis déposés - lecteur régulier

492 critiques
30/09/15
Le roman "La princesse de Clèves" en PDF
http://casden.mybookforge.com/pdf/id00276.pdf
492 critiques
31/03/17
Mme de La Fayette, première femme au programme des terminales L
http://actu.orange.fr/france/mme-de-lafayette-premiere-femme-au-programme-des-terminales-l-CNT000000F1Wsg.html
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