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Le califat : histoire politique de l'islam

Le califat : histoire politique de l'islam
Flammarion 288 pages
1 critique de lecteur

Avis de Ernest : "On ne lâche rien !"

Après la mort de Mahomet, se pose le problème de sa succession. Le titre de calife, ou de commandeur des croyants, est au départ l'objet de convoitises au sein de la famille élargie du prophète. Ainsi la succession se fait selon les règles arbitraires de l'assassinat dans un milieu précis.Déjà au IXe siècle, le grand théologien Abû al-Hasan al-Asha'arî écrit :

« La plus grande source de discorde au sein de l'umma est le califat. Jamais principe religieux n'a fait couler autant de sang en islam ». (page 9)

Nabil Mouline écrit:

« Né en Arabie au VIIe siècle, le califat s'impose très rapidement comme l'institution politico-religieuse centrale de l'islam. En moins d'un siècle d'existence, cette institution a façonné, de manière volontaire et involontaire, ce qui allait devenir la civilisation musulmane et modifié profondément les équilibres du monde connu ». (page 13)

En plus de ces problèmes de succession, il y a une impossibilité pour les califes de sortir d'une patrimonalisation de l'Empire pour construire des fidélités à l'égard d'un État.

« La cohésion de la maison repose essentiellement sur les liens personnels. Il en résulte des phénomènes comme le népotisme, le clientélisme et le factionnalisme ». (page 86)

Dès le VIIe siècle, face aux califes apparaissent, en matière de prescripteurs, les oulémas ; ces derniers sont les spécialistes du savoir juridique religieux (page 99). Les derniers Abbassides perçoivent bien que leur autorité est contestée par celle des oulémas.

« L'échec de la tentative d’al-Rashid pousse les Abbassides à envisager des solutions extrêmes pour sauvegarder la nature théocratique de leur pouvoir. (…) Vers la fin de son règne, il opte pour l’un des courants du mu’tzalisme.  (…) le Coran est une création de Dieu. Cela veut dire de manière schématique que ce texte reflète un moment historique bien déterminé. Par conséquent, il ne peut répondre aux besoins des croyants dans des réalités spatio-temporelles différentes. Le calife, en tant que guide inspiré qui pratique l’itjihâd (l’effort d’interprétation), peut jouer le rôle d’intermédiaire entre l’homme et Dieu. Il peut donc légiférer en toute liberté dans tous les domaines pour répondre aux besoins spirituels et temporels de ses sujets ».  (page 102)

Toutefois les oulémas reçoivent un soutien populaire car ils semblent bien plus intègres dans leur mode de vie que les califes. En effet ces derniers ne se conduisent généralement pas comme des souverains "bien dirigés".

« Même si les califes conservent quelques parcelles de pouvoir législatif jusqu'au début du Xe siècle, ils ne peuvent plus intervenir directement sur le processus de la définition du dogme et de la loi. (...) Seuls les oulémas, grâce à leur maîtrise des réseaux de la connaissance et à leur monoploe sur la transmission de la tradition, sont habilités à interprêter les textes pour en déduire la norme ». (page 104)

Après la chute des Abbassides, le califat va être revendiqué par diverses dynasties, y compris celle chiite des Fatimides (qui règne de la région d'Annaba et de Tunis jusqu'à la Mer rouge). Alors que l'empire ottoman est entré en décadence, des intellectuels musulmans proposent, comme Abd al-Rahmân ab-Kanâ-Kibi, autour de 1920 de concilier authenticité et modernité (page 209).

« Si les figures d'al-Afghani et ‘Abduh continuent régulièrement d’être sollicitées pour légitimer telle ou telle démarche politico-religieuse, leur héritage libéral est, lui, progressivement marginalisé après la Grande Guerre. Quatre facteurs au moins expliquent cela : la désillusion engendrée par l’échec des tentatives de réformes modernistes ; l’image ternie des démocraties occidentales en raison de la guerre et de la colonisation ; la peur de voir se diluer  l’identité islamique ; la fascination pour les totalitarismes triomphants ». (pages 243-244)

Depuis cet échec des réformateurs, il y eu l’apparition des Frères musulmans qui amorcent le tournant djihadiste de lutte contre les puissances occidentales et les régimes au pouvoir dans les pays musulmans mais aussi des tentatives avortées d'établissement d'un califat qui aurait succédé à celui des ottomans ; elles ont pu venir des Hachémites (selon la tradition, descendants en droite ligne de l'arrière-grand-père de Mahomet) ou d'Abd al-Aziz Al Saoud. On sait que les souverains du Maroc se réclament quand à eux du califat depuis le XVIe siècle. Une vingtaine de pages sont consacrées à l'apparition de Daech  qui a proclamé le 29 juin 2014 un califat depuis les territoires d'Irak et de Syrie en sa possession.

« À la faveur d'un bricolage intellectuel qui résulte du détournement de concepts, de symboles et d'images d'origine musulmane et européenne, les différents groupes islamistes proposent à leurs adhérents un nouveau départ, une nouvelle identité et un nouveau mode de vie ».

Pour connaisseurs Aucune illustration

Ernest

Note globale :

Par - 256 avis déposés -

317 critiques
07/06/19
Abou Nawas s’est fait connaître pour ses poésies faisant la part belle aux vins, aux boissons (khamriyyat) et à son amour pour les jeunes garçons (mujuniyyat), qu’il écrivait dans une langue arabe parfaitement épurée.

...Suite : https://www.yabiladi.com/articles/details/79233/biopic-abou-nawas-poete-bachique.html
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