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Benoît XV et la Grande Guerre

Benoît XV et la Grande Guerre
Cerf 254 pages
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Avis de Benjamin : "Gênes: mer sans poisson, montagne sans bois, femme sans foi et pape sans charisme"

Notre titre s’inspire grandement d’un proverbe italien cité dans cet ouvrage. L’hebdomadaire Le Rire est devenu durant la Première Guerre mondiale Le Rire rouge. Son numéro du 20 avril 1918 présente en première page un dessin légendé "Un pape qui n’a pas l’air très catholique"  où Benoît XV semble cautionner à la fois le bombardement de la cathédrale de Reims et les meurtres de femmes et d’enfants. Ce document est reproduit page 122 de Carnets d’Allemagne 1919-1920. Il est vrai que la presse française surnomme systématiquement Benoît XV "Le pape boche".

Par ailleurs le texte intégral de la proposition de paix initiée début août 1917 par Benoît XV  est reproduit dans Un Lorrain dans la tourmente d’Aloyse Stauder et Pauline Guideman.   Le pape ne se contente plus de principes généraux mais pose de façon directe l’idée d’une Pologne et d’une Arménie indépendantes, l’évacuation de la Belgique et appelle à une réflexion sur le devenir de l’Alsace-Lorraine et des régions italophones de l’Autriche-Hongrie. L’Autriche-Hongrie ne veut pas céder le Trentin et l’Istrie, tandis que l’Allemagne n’envisage de rétrocéder que la petite bande du sud-est de l’Alsace reconquise par les poilus à l’été 1914 et conservée jusqu’alors (les villes de Colmar et Mulhouse sont exclues car les Français ne s’y sont maintenus qu’une semaine) ; en conséquence cette proposition n’aboutit pas.  

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Paul Christophe s’interroge sur l’image que de pape a auprès non seulement des gouvernements, de la presse (d’ailleurs largement un relais de l’opinion générale des dirigeants du pays) et des populations. Il commence par rappeler que Benoît XV (né à Gênes en 1854) est élu le 3 septembre 1914, candidat de compromis entre conservateurs et réformateurs, il est perçu très positivement par les autorités civiles et religieuses françaises … pendant cinq jours. En effet le 8 septembre 1914, il lance un appel pour la paix aux catholiques du monde entier où les Alliés s’attendaient à voir condamner les violations du droit (comprendre l’entrée des Allemands en Belgique). L’écrivain politique Léon Bloy le rebaptisera "Pilate XV" en 1915, ajoute notre auteur page 67.  

Le 1er novembre de la même année, il publie l'encyclique Ad beatissimi qui se présente comme un appel à la paix, indiquant en conclusion : « Nous appelons de tous nos vœux, en faveur de la société humaine et en faveur de l'Église, la fin de cette guerre si désastreuse ». De plus, est-il bon que nous précisions nous-mêmes, il ajoute là que les causes profondes de cette guerre sont la Révolution française et le Risorgimento, en profitant pour mettre en avant ses propres problèmes de boutiquier :

« Tout en souhaitant instamment que les nations fassent la paix au plus tôt, nous désirons vivement aussi, que le Chef de l'Église cesse de se trouver dans cette condition anormale (la perte par le pape des États de l'Église) qui pour bien des raisons est funeste aussi à la tranquillité des peuples. »

Paul Christophe évoque souvent les remarques que le cardinal Baudrillard (alors recteur de l’Institut catholique de Paris) sur les attitudes du pape. Il cite des témoignages de combattants laïcs, comme celui de l’écrivain et médecin poitevin Maurice Bedel, l’écrivain paysan bourbonnais Émile Guillaumin et bien sûr d’aumôniers ou religieux infirmiers près du front. On apprend que Benoît XV  et l’Allemagne firent conjointement pression début 1915 afin que l’Autriche-Hongrie cède ses régions italophones au royaume d’Italie afin que celui-ci n’entre pas en guerre au côté des Alliés.  Benoît XV semble n’avoir pas fait grand chose pour que les Allemands et les Autrichiens demandent aux Turcs qu'ils arrêtent le massacre des Arméniens. L’auteur porte au crédit du Vatican une action humanitaire dont il ne fournit qu’une très vague dimension fourre-tout.

L’ouvrage porte constamment l’idée que les atrocités furent aussi du côté français en insistant d’ailleurs sur le rôle des troupes noires dans ce domaine. Que le pape ait évité de tomber dans le manichéisme (sic) où voulait l’enfermer les Alliés est à saluer rétrospectivement, mais la question d’une action efficace de la papauté dans cette guerre comme dans la suivante reste encore à prouver de façon manifeste. C’était pourtant le but de l’ouvrage. En tout cas, quitte à ne pas partager son opinion, on peut remercier très fortement Paul Christophe de nous avoir permis de nous éclairer sérieusement sur le sujet. À notre avis les lecteurs de toute opinion trouveront ici à faire leur miel.      

Pour connaisseurs Aucune illustration

Benjamin

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