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Fusillé vivant

Fusillé vivant
Gallimard
1 critique de lecteur

Avis de Octave : "Le miraculé laïc des fusillés pour l’exemple"

Cet ouvrage prolonge celui de la même historienne Trith Saint-Léger du premier âge industriel à nos jours où elle évoquait le sort de Désiré Hubert qui fut exécuté le 7 septembre 1914 en compagnie de François Waterlot sans jugement sur ordre du général Boutegourd, après qu’une très forte canonnade allemande l’ait complètement déstabilisé et entraîné à errer entre les lignes. On voit que certains soldats frappés psychologiquement n’atteignirent jamais l’hôpital, les autorités de leur régiment décidant de leur sort bien en amont. Nicolas Offenstadt aussi bien que le général Bach, dans leur ouvrage respectif, avaient déjà cité un des courriers (celui du 11 août 1915) de François Waterlot où ce dernier explique bien les circonstances auxquelles il dût d’échapper à la mort dans une fusillade où sept réservistes du 327e RI avaient été déclarés déserteurs. Cette exécution eut lieu « près d’un bois situé entre Lachie et Les Essarts dans la Marne ». Il est bon de préciser qu’il s’agit des Essarts-lès-Sézanne, bourgade située à un tiers depuis le nord de la distance d’une route possible allant de Reims à Troyes. On est par ailleurs tout près du passage de la route nationale 4 qui mène de Paris à Nancy. Voici la partie du contenu explicatif la plus intéressante : « L’on nous emmena en face d’une meule, l’on nous banda les yeux et l’on plaça une section environ 39 hommes à 12 m de nous. J’étais placé à droite et nous nous étions donné la main à l’un l’autre. À la première décharge je me laissais tomber mais je n’avais rien, puis l’on fit retirer une fraction du peloton sur ceux qui bougeaient encore. Ensuite l’adjudant qui était là vint pour nous donner le coup de grâce en nous logeant une balle dans la cervelle. Il commença par la gauche et quand il eût tiré ses deux premiers coups il dit au capitaine qu’il ne pouvait pas continuer que cela lui faisait trop de peine. Le capitaine lui dit de s’assurer que nous étions bien morts et en passant il nous fit bouger en nous pressant par les épaules, ce n’était pas le moment de bouger. Quand il eût passé d’un bout à l’autre, il dit que nous étions tous morts et le capitaine emmena le peloton ». L’auteure, bien servie par l’important courrier écrit par François Waterlot à ses proches, a pris ses sources dans diverses archives et si cet ouvrage a une tonalité de roman d’aventures il n’est en rien un ouvrage de fiction. Il est à noter que l’on connaît très bien un autre cas à peine moins singulier, celui-ci est lié à la seconde grosse vague d’exécutions plus en phase avec la mutinerie soupçonnée que l’abandon de poste présumé. Il s’agit de celui du Landais Vincent Moulia mobilisé à Pau au 18e RI en 1914. Au début mai 1917 le caporal Moulia est dans les troupes qui reprennent Craonne et il est proposé pour une citation. Toutefois à la fin du même mois alors que le régiment est au repos à Villers-sur-Fère (près de Château-Thierry au sud de l’Aisne), suite à une beuverie des propos hostiles à la poursuite du combat sont prononcés. À la suite de quoi douze poilus passent le 7 juin devant le conseil de guerre qui se tient à Maizy. Cinq condamnations à mort sont prononcées dont celle de Moulia apparaît peut-être la plus arbitraire car il aurait fallu mettre au moins un caporal dans le lot des fusillés. Vincent Moulia, certainement aidé par un bombardement inopiné par l’artillerie ennemie sur le secteur de la ferme de Maiz, parvient à s’évader la veille de l’exécution. Il se cache une bonne partie du reste de la guerre dans les Landes près du village où il habitait avant le début du conflit, mais sentant un risque de dénonciation il passe en Espagne au milieu de l’année 1918 et il reste à Pampelune jusqu’en 1936 (sa femme le rejoignant). Amnistié l’année qui suit la victoire du Cartel des gauches en 1925, il ne retrouve que progressivement ses droits à pension et sa croix de guerre. Alain Decaux avait largement médiatisé son histoire sur le petit écran quelques années avant son décès en 1984 dans son village. Nicolas Offenstadt aux pages 168 à 176 des Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), revient sur certains aspects de son histoire devenus légendaires et un article récent de Bruno Decriem dans une revue d’histoire locale semble de très bonne facture. Il s’agit du texte "Vincent Moulia : victime et héros du conseil de guerre de Maizy sur le Chemin des Dames en 1917″ paru dans le Bulletin de la Société de Borda en 2010 (volume 135, no500, p. 453-474).

Octave

Note globale :

Par - 444 avis déposés - lecteur régulier

444 critiques
04/09/17
29/01/19
Je tiens à signaler qu'en hommage aux 7 fusillés des Essarts-les-Sézanne, la mairie de Mœurs a fait dans le cimetière une plaque leur rendant hommage. Mœurs est proche des lieux de l'exécution sommaire et se trouve entre Sézanne et Esternay. Je tiens à signaler également que je suis un passionné de cette affaire et, étant habitantd es Essarts-lès-Sézanne et également greeter, je fais visiter les lieux ou se sont déroulés cette tragique affaire.
444 critiques
29/01/19
Le roman "Champagne Rouge Garance" de Jean-François Maillet s’inspire de l'affaire ; il est publié aux éditions "Le Pythagore".
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