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Une part d’ombre

Une part d’ombre
TDO éditions240 pages
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Avis de Octave : "C'est pas du nougat le sujet de ce roman historique avec un héros natif des environs de Montélimar !"

Ce roman historique "Une part d’ombre" d’Hervé Pijac permet d’aborder la question des désertions durant la Première Guerre mondiale. Si, à travers le cas des fusillés, on touche quelque peu à ce sujet, pourtant les déserteurs ne sont qu’une minorité parmi les peut-être mille soldats (en comptant ceux exécutés sommairement, pour lesquels on manque de sources) de cet ensemble. On est en effet passé par les armes pour mutilation, pour l’exemple (après mutinerie), refus d’obéissance, agression d’un supérieur…

Certains déserteurs retournèrent dans leur région car ils pensaient pouvoir s’y cacher, ainsi le cas d’Antoine Manat qui est abattu par un gendarme le 18 février 1918 alors qu’il a 22 ans et un mois (p. 566 de "14-18, les fusillés" de Frédéric Mathieu). Certains sont abattus au moment où ils tentent de s’évader comme le Tunisien Kamel Salah ben Mohamed au camp militaire de Zeintenlick en Grèce. Pour la Drôme, département où résidait le personnage principal de cette fiction, on a Charles Rastello fusillé pour désertion le 11 décembre 1917 ainsi que Louis Sainte-Marie exécuté pour le même motif à 32 ans le 23 mai 1916 (informations recueillies toujours dans "14-18, les fusillés" de Frédéric Mathieu).

Ce sont les départements du Sud-ouest qui fournirent les plus gros contingents d’insoumis ou de déserteurs réussissant leur objectif car ceux-ci se réfugièrent en Espagne. Une autre terre de refuge fut la Suisse mais l’idée de défense nationale, pour protéger sa famille et son village, était bien ancrée dans les départements de l’est (envahis occupés plusieurs années à partir de 1815 ainsi qu’en 1870).

En littérature on évoque rarement les désertions, toutefois dans la BD c'est le cas avec les tomes 7 et 8 de "Louis Ferchot", "Amère patrie, tome 2", "Mauvais Genre" de Chloé Cruchaudet et chez Futuropolis le premier volume de "Mattéo" de Jean-Pierre Gibrat. Ici la dramatisation se fait tout autant autour de la vie de ce déserteur Clément que sur celle de la jeune femme Ernestine, domestique chez ses parents, à qui il a fait un enfant. Peu avant d’avoir l’occasion de quitter l’armée française, il a reçu une lettre lui annonçant la future naissance de cet enfant. En effet lors d’une attaque fort meurtrière sur le front des Vosges, il décide de se faire passer pour mort en mettant sa propre plaque d’identification à un sergent. Il fuit ensuite vers la Suisse, passant la frontière à Delle. De plus on a un ouvrage de type roman historique, sur le sujet des désertions, à destination des collégiens cette fois-ci "Le déserteur du chemin des dames" de Serge Boëche.

La mère de Clément refuse de reconnaître la petite fille Clémentine qui est née comme ayant pour père ce dernier. Il est à noter qu’Ernestine aurait pu obtenir, vu la publicité non négligeable de sa relation avec Clément, un mariage posthume, mais l’auteur n’a pas exploré cette piste.

Le petit-fils de Clément se penche sur le passé de ce dernier à la mort de Clémentine. Cela va amener ce petit-fils narrateur jusqu’au Vénézuela. En effet après un bref séjour en Suisse et un plus conséquent en Espagne, l’ancien poilu était arrivé dans ce pays d’Amérique du sud où il avait fait fortune.

Un petit dossier documentaire évoque quelques cas célèbres de déserteurs dont celui du Landais Moulia (page 227) qui vécut en Espagne (voir "Vincent Moulia : victime et héros du conseil de guerre de Maizy sur le Chemin des Dames en 1917″ paru dans le Bulletin de la Société de Borda en 2010 (volume 135, no500, p. 453-474). Il cite aussi le sous-lieutenant Jaumes, un Languedocien qui disparaît dans la nuit du 2 au 3 mai 1917 après les échecs de l’offensive au Chemin des dames (les précisions sont de notre part). Là encore les informations sont succintes, mais en pire, puisqu’il ne donne pas le nom du déserteur qui joue à Fort-Chabrol chez lui à Seilhac en Corrèze blesse mortellement un gendarme avant d‘être arrêté. On n’a pas de trace de lui dans "14-18, les fusillés" de Frédéric Mathieu. Hervé Pijac cite d’autres noms, de façon assez brute (les compléments sont donc de nous). André Chamson, pour son personnage de Roux le bandit, s’inspira de celle d’Alfred Roux insoumis (repris plusieurs fois mais toujours à l’arrière). Le déserteur Joseph Gérin se cache dans le Mont Pilat plusieurs années pour finalement être arrêté début 1925 au Péage-de-Roussillon, après qu’en 1924 il est abattu d’un coup de fusil un vieux cultivateur de la commune de Pélussin pour voler l’argent de sa famille ; il est mort en 1926, peu après son jugement, sur le bateau qui l'emmenait à Cayenne.
Heureusement l’auteur de l’ouvrage "Une part d’ombre" est un peu plus disert pour nous donner de façon globale des estimations sur le nombre des déserteurs et insoumis. Si ce n’’est les quelques petites frustrations qu’il peut provoquer en citant des déserteurs sans nous en dire beaucoup sur eux, voilà un ouvrage fort intéressant car son angle d’attaque fictionnel est bâti sur le motif de la désertion.

Pour tous publics Aucune illustration

Octave

Note globale :

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