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Un chemin vers la liberté sous L’Occupation

Un chemin vers la liberté sous L’Occupation
Félin562 pages
1 critique de lecteur

Avis de Benjamin : "Marseille capitale mondiale de l'intelligence allemande en perdition"

L’ouvrage est sous-titré Du comité Varian Fry au débarquement en Méditerrannée Marseille-Provence 1940-1944 et le texte des mémoires de Daniel Bénédite est présenté par J.-M. Guillon et J.-M. Guiraud dont on savoure les lumineuses notes, fruits d’une grande érudition.

Bénédite avait donné son texte en 1984 sous le titre La filière marseillaise : un chemin vers la liberté sous l'Occupation aux éditions Clancier Guénaud, avec une préface de David Rousset ancien déporté ; trotskyste jusqu’au milieu de la IVe République, il sera élu député gaulliste de l’Isère en 1968 et le restera jusqu’en 1973.

L’action de Varian Fry (1907-1967) et du Centre américain de secours (CAS) en 1940-1941 a été raconté par Varian Fry dans l’ouvrage Livrer sur demande: Quand les artistes, les dissidents et les juifs fuyaient les nazis. C'est à l’hôtel Splendide, soit en bas des escaliers de la gare Saint Charles, que Varian Fry dès l'été 1940  installe les bureaux de l’Emergency Rescue Committee. Cette organisme, financé par des fonds privés américains, émigra pus tard  situé au 56 de la rue Grignan près de l'Opéra. L'économiste juif allemand Albert Hirschman, jusqu'à ce qu'il soit obligé de fuir en décembre 1940, aide considérablement Varian Fry. En 1980 Mary Jane Gold écrit un livre Crossroads Marseilles 1940 pour relater sa collaboration à cette action.

Photographie prise par André Gomès à la villa Air-Bel en 1941. Figurent Varian Fry, André Breton et son épouse, Jacqueline Lamba, Wifredo Lam, Helena Holzer, Jacques Hérold ainsi qu'Oscar Dominguez (ce cliché n'est pas dans le livre)

Daniel Benedite est né en 1912 à Strasbourg et mort le 15 octobre 1990. Pour écrire ces souvenirs, il s'est appuyé sur des documents tirés des archives du CAS qui étaient stockés à New-York. Daniel Bénédite est employé de préfecture et militant trotskyste avant la Seconde Guerre mondiale. Après sa démobilisation, il démissionne de ses fonctions et rejoint à Marseille le Comité américain de secours, qui organise le départ pour les États-Unis ou le Royaume-Uni d'intellectuels antifascistes. Il est l’adjoint principal de Varian Fry et il ne parvient à maintenir le fonctionnement du CAS que jusqu’en juin 1942 (ce sont donc les autorités de Vichy qui le ferme). Varian Fry a été expulsé par le gouvernement de Vichy en septembre 1941 pour son aide à des "juifs et antinationaux". Environ 1 200 personnes ont pu, grâce à l’aide du CAS, quitter la zone sud pour en particulier  les États-Unis ou le Royaume-Uni.

D'après la Convention d'armistice de juin 1940, le gouvernement de Vichy doit livrer tous les ressortissants du Grand Reich (donc les Tchèques et les Polonais de sa zone d'annexion) que ce dernier lui réclame. Et d'ailleurs une bonne part de l'intérêt de l'ouvrage de Daniel Benedite est de mettre à nu la collaboration des fonctionnaires de l'administration pétainiste avec les autorités allemandes et italiennes ainsi que l'esprit de certains Marseillais embrigadés dans le PPF dirigé localement par Simon Sabiani. Il souligne par ailleurs la complicité dont il a il a pu bénéficier entre autre avec des gendarmes du Var.

Sur la commune de Marseille, dans ce qui était à l'est alors le village de La Pomme, la villa Air-Bel appartenant docteur Thumin est loué par Varian Fry et elle devient lieu de vie artistique en accueillant des personnes que l’on doit exfiltrer de France. On y organise des jeux surréalistes, des expositions en plein air, on y crée le Jeu de Marseille  qui est une adaptation du Tarot de Marseille.  On doit de nombreuses photos de ce lieu en cette période au photographe André Gomès ; on apprécie d’ailleurs la trentaine de clichés proposés dans l’ouvrage dont une bonne partie a été prise dans le Var. Est aussi fortement intéressante la partie "Indications biographiques" de 17 pages autour d’une cinquantaine de personnalités.

Grâce au Centre américain de secours, le prix Nobel de médecine de 1922 Otto Fritz Meyerhof passe, via l'Espagne, aux USA et Alma Malher franchit les Pyrénées le 13 septembre 1940 avec Franz Heinrich et Golo Mann. Dans l'ouvrage sont évoqués aussi Marcel Duchamp, Jean Arp, Jean Malaquais, Marc Chagall, Heinrich Mann, Franz Werfel, Lion Feuchtwanger, Konrad Heiden, Heinrich Mann, Marie-Jane Gold, Arthur Koestler, Egon-Erwin Kisch, Max Ernst, André Breton,  Marcel Duchamp, Lion Feuchtwanger, Hannah Arendt, Stéphane Hessel, Anna Seghers, Georg Bernhard, Berthold Jacob, Benjamin Perret, Oscar Dominguez, Victor Brauner, Wilfredo Lam, Marcel Duchamp, André Masson, Simone Weil, Walter Benjamin (qui se suicide de peur d'être expulsé d'Espagne vers la France),...

Dernière page de couverture du livre

Bénédite, engagé précocement dans des activités autres de Résistance,  part dans le Var sous le pseudonyme de Marcel Corblet, après la fermeture du CAS. Il rejoint le réseau "Tartane-Masséna", chargé de la quête de renseignements et organise une coopérative forestière en lieu de transit pour réfugiés et opposants. Il entre ensuite dans la Résistance armée combattante au sein du réseau Franc-Tireur. Il est arrêté en mai 1944 mais seulement pour faux papiers et du fait en particulier du débarquement en Normandie, il est protégé au sein de la prison des Baumettes par un Alsacien André Dreyer qui a été employé comme interprète par la Gestapo (ce dernier espère que Daniel Bénédite l’aidera à ne pas trop avoir d’ennuis à la Libération). L’arrivée en Provence en août de l’armée de de Lattre entraîne son élargissement. Le récit de cet ouvrage se clôt en novembre 1944.

Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations

Benjamin

Note globale :

Par - 307 avis déposés - lecteur régulier

634 critiques
10/06/17
Justus Rosenberg est le dernier témoin d’un réseau de résistance méconnu : le réseau Varian Fry

http://www.rfi.fr/emission/20170527-rosenberg-justus-juif-refugie-resistant-varian-fry
409 critiques
07/06/19
Rafle à Marseille en 1943 : un quartier rasé et le petit rire de Pétain
https://www.franceculture.fr/histoire/rafle-a-marseille-en-1943-les-images-de-la-verrue-de-leurope-et-le-petit-rire-de-petain
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