Avis de Jean-Pierre : "La France a élevé dans le monde le principe d’une civilisation purement idéale, écartant toute idée de différence de races (Ernest Renan)"
L’ouvrage interroge sur la façon dont une notion, celle de la race, pourtant peu reconnue scientifique, a pu s’imposer largement. Outil de domination, elle est devenue a contrario un instrument de revendication dont se sont saisies des minorités. Dans son introduction, Régis Meyran avance que cette idée de race a servi à justifier le colonialisme et certaines formes de nationalisme. Pour notre auteur, à la base de race, il y a l’idée de vouloirs exclure, asservir et purifier.
L’étude présente porte essentiellement sur la période 1850 à 1950. Cependant le premier chapitre va chercher l’origine de cette pensée dans des penseurs de peuples ayant bâti un empire colonial au XVIe et XVIIe siècle. Les deuxième, troisième et quatrième chapitre « analysent les usages scientifiques, nationalistes et colonialistes des catégories raciales dans plusieurs pays européens, dans l’entre-deux-guerres ». Le cinquième chapitre étudie les spécificités du colonialisme anglais.
Le chapitre suivant se penche sur les USA où existent ségrégation raciale, eugénisme, racisme et antisémitisme. Le septième chapitre évoque l’idéologie du métissage et les questions d’eugénisme au Mexique, au Brésil et en Argentine. Le septième chapitre évoque l’idéologie du métissage et les questions d’eugénisme au Mexique, au Brésil et en Argentine. Le huitième chapitre parle de race dans les mythes identitaires ainsi que d’eugénisme au Japon et en Chine.
Le dernier chapitre évoque la question raciale au sein de pays comme le Rwanda dans la deuxième partie du XXe siècle, dans l’Afrique du sud de l’apartheid mais aussi la persistance de l’eugénisme pour les années cinquante à soixante-dix dans divers pays du monde occidental. Dans ce chapitre, on trouve exposés la pensée de Lévy-Strauss sur les rapports entre race et culture, la questions des différences innées en matière de QI, les thèses sociobiologistes ainsi que celles de l’anthropologie cognitive, le rejet de la notion de race en génétique. Enfin ce neuvième chapitre se clôt par l’apport d’informations sur les affirmations identitaires de minorités qui peuvent déboucher sur le wokisme.
L’auteur conclut que la notion de race « a toujours comporté une dimension substantialiste et vitaliste, mais aussi fixiste et darwiniste sociale, et, en dernière instance, magique » (page 196). Il poursuit par énoncer que face à la race on est « en présence d’un fonds mythique occidental existant depuis plus de quatre millénaires, et portant l’idée que la civilisation se fonde en s’appropriant, en mutilant ou en tuant ce qui est sauvage » (page 202).
Nous reprendrons diverses citations, tirées de plusieurs chapitres, qui nous semblent significatives du contenu de cet ouvrage.
« Prenons le cas, très discuté, de la limpierza de sangre, la pureté de sang: à partir de 1449, en Espagne et au Portugal, après les émeutes à Tolède visant des familles de juifs convertis faisant partie de l’élite locale, une série de statuts furent édictés par des villes et les églises, excluant des charges municipales les chrétiens, anciennement juifs ou musulmans et fraîchement convertis. Vint ensuite la création de l’inquisition espagnole par le pape Sixte IV (1478), une institution destinée à enquêter sur, et punir, les nouveaux chrétiens suspectés de ne pas être sincères dans leur foi. Puis, à partir de 1492, la conversion forcée et l’expulsion des juifs espagnols refusant le baptême. Et enfin, la reconnaissance par l’Église catholique des statuts de pureté du sang et leur extension au XVIe siècle » (pages 17-18).
« Le marquis de Boulainvilliers et l’abbé Mably décrivent ainsi la France comme le lieu de l’affrontement entre les Francs, d’origine germaine, ancêtres de la noblesse, et les Gallo-Romains, ancêtre des roturiers, justifiant les prérogatives "naturelles" de la noblesse » (page 19).
« Antichrétien et antisémite, (Alfred Rosenberg) délivrait au lecteur une interprétation spirituelle de l’évolution humaine, et établissait un rapport entre âme et race: "L’âme, c’est la race vue de l’intérieur. Et inversement, la race est la face externe de l’âme" ». (page 57)
« Le corps des médecins, obsédé par la dégénérescence de la race, mit en œuvre un eugénisme criminel visant à empêcher la reproduction des éléments supposés déficients de la population – ce fut la loi de stérilisation des malades héréditaires (atteints de handicap mental, schizophrénie, folie cyclique…) du 14 juillet 1933, avec l’appui du psychiatre Ernst Rüdin ( 400 000 victimes estimées). (…) l’opération Aktion T4, élimina par gazage 70 000 handicapés physiques et mentaux entre 1939 et 1941 » (page 61). Régis Meyran rajoute que ce dernier agissement se fit avec le soutien zélé du psychiatre Hans Asperger, mais je suis en désaccord sur ce point.
« (Le docteur Iuliu Moldovan) écrivait en 1925: "Je suis Roumain parce que je suis né Roumain, parce que j’ai la certitude que dans mes veines circule un sang différent d’autres peuples (…). Ce lien de sang, ce lien biologique de race nous rendent roumains (…) Donc la nation est une réalité biologique » (page 86). Ajoutons personnellement que ce dermatologue, sujet austro-hongrois jusqu’en 1918, fut longtemps médecin militaire sous la double-monarchie et qu’il déclara aussi: « La nation est une communauté de sang, de traditions, d'espace et de destin… L'individu est intégré à la famille et à la nation par le sang, la tradition et le destin. Nul ne peut rompre ces liens, si ce n'est en transgressant les lois naturelles » (page 86).
« (Dans l’ouvrage Études hindoustaniques, en 1919 le penseur José Vasconcelos) prenait l’exemple du mélange entre Aryens et Dravidiens en Inde, pour affirmer que seule les races métisses peuvent créer de grandes civilisations. Pour lui, le métissage était un moyen d’assurer la paix et l’unité du Mexique, et plus encore de réaliser la mission divine consistant à engendrer, dans un grand élan d’amour fécond, une nouvelle race supérieure, la "race cosmique", synthèse de toutes les races existantes (blanche, indienne, mongole » (page 143). Précisons de notre propre chef que Vasconcelos entend poser, par le métissage, une identité nationale mexicaine qui ne dépendrait pas de facteurs étrangers refusant toute acculturation influencée par des idéologies en provenance des USA. À ce propos, nous rapporterons la vision positive que François Laplantine (anthropologue spécialiste de l'Amérique latine) avance, il parle de la pensée du métissage comme un processus apparaissant « quand nous reconnaissons ce nous devons aux autres et cessons d’affirmer ne rien devoir à personne. C’est la reconnaissance des autres en nous, l'acceptation du multiple comme valeur constituante ».
Pour connaisseurs Aucune illustration