Lire la ville, dire le crime, de Nicolas Gauthier : avis et résumé critique de Ernest


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Lire la ville, dire le crime

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PULIM 289 pages
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Avis de Ernest : "Ça saucissonne dans l’action et dans le déroulement du récit"

Saucissonner en argot des malfras, c’est ligoter quelqu’un. Le roman feuilleton naît selon notre auteur, au rez-de-chaussée d’une page, en 1836 avec la parution de La Veille fille d’Honoré de Balzac dans le journal La Presse d’Émile Girardin. En fait, appelé par François Bertin au Journal des débats (aux sympathies royalistes discrètes), Julien Louis Geoffroy prend en charge une nouvelle rubrique dans ce quotidien, à savoir le feuilleton, en 1800 et la tiendra jusqu’à sa mort en 1814.

Ces feuilletons peuvent relever du roman historique, comme Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas publié dans le Journal des débats du 28 août au 19 octobre 1844 (1re partie), du 31 octobre au 26 novembre 1844 (2e partie), puis finalement du 20 juin 1845 au 15 janvier 1846 (3e partie). D’autres se nourrissent de l’imaginaire criminel en milieu urbain et plus particulièrement parisien. Cela, selon nous, parce que la presse de province n’introduit que tardivement le feuilleton, les évêques le condamnant dans un premier temps. Selon ces derniers, ce type d’œuvre littéraire s'émancipe des règles morales les plus strictes, conduit vers des rêves et incite à vouloir modifier la réalité des choses (dons de la société).

Afin de permettre au récit de durer le plus longtemps possible , dans les romans feuilletons,  les «  intrigues (sont) construites sur le principe des romans à tiroirs comportant plusieurs histoires emboitées (…) ce qui permet d’allonger indéfiniment la narration, chaque personnage pouvant être source d’une nouvelle intrigue. Cette structure fournit aussi un prétexte pour jouer du suspense : l’auteur invoque la nécessité de retrouver des personnages négligés depuis quelques épisodes pour en laisser d’autres au bord du gouffre »   (page 27).

Les précurseurs, pour évoquer le milieu criminel en milieu urbainr sont le comte anglais Horace Walpole (dès  1744) et l’écrivaine britannique Ann Radcliffe (dans les années 1790).  Nicolas Gauthier présente un certain nombre d’auteurs (dont Paul de Kock) et d’œuvres qui en France, déjà sous la Restauration, exploite la même veine. Par ailleurs on sait que Vidocq fait paraître ses mémoires.

L’auteur évoque le fait que certains auteurs s’inspirent l’actualité pour écrite leur fiction, puisant leur inspiration dans une presse judiciaire composée de deux titres phares à savoir La Gazette des tribunaux et Le Droit, journal des tribunaux. Nicolas Gauthier s’intéressent précisément à des auteurs  et leurs œuvres : E. Sue avec Les Mystères de Paris, A. Dumas pour Les Mohicans de Paris, P. Féval au regard des Mystères de Londres, L.-F. Raban avec Mystères de Mystères du Palais-Royal, C. Robert  vis-à-vis des Mendiants de Paris) et E. Vidocq pour Les vrais Mystères de Paris. Il analyse en particulier les caractéristiques  des personnages qui portent cet univers criminel. En prolongement, on pourra lire, sous la plume de Dominique Kalifa, L’encre et le sang : Récits de crimes et société à la Belle Époque.

Le plan de l’ouvrage est le suivant :

Introduction

- Le personnel criminel romanesque

- Organisation de l'ouvrage

Première partie :Mystères urbains et lectures « criminelles »

Chapitre 1 : Les Mystères urbains

- L’ « invention » du roman-feuilleton

Les Mystères de Paris, lentille déformante

- Un succès médiatique

- Un sous-genre romanesque

Chapitre 2 : Un horizon bigarré pour parler du crime

- Avant 1823

- Le roman gothique

- Le mélodrame

- Robert Macaire

- La décennie 1820

- Les Mémoires des acteurs du crime

- Mémoires de policiers : le cas Vidocq

- La proximité du lointain : deux modèles incontournables

- Walter Scott : l’histoire des mœurs

- J. F. Cooper : éloignement et proximité

- Un regard scientifique sur le social : les enquêtes et la sociologie

- La monarchie de Juillet

- La presse judiciaire

- La « littérature panoramique » : fresques sociales et 
« physiologies »

- Paul de Kock

- Les fresques sociales

- Les « physiologies »

Seconde partie : Un monde gangrené par le crime

Chapitre 3 :Une inquiétante proximité : la criminalité exotique

- Le décor

- Les quartiers louches

- Le tapis-franc

- Les criminels exotiques

- La brute

- L’apparence de la brute

- Le phénomène de l’argot

- La brute en captivité

- L’usurier

- Le criminel d’exception

- Le portrait physique

- Le portrait moral

- Des disciples de Robert Macaire

- Les criminels d’exception en devenir

Chapitre 4 : La criminalité civilisée

- Le crime aristocratique

- Le ravisseur

- Le faussaire

- Le voleur

- L’aristocratie criminelle dans nos mystères urbains

- Le crime professionnel

- Les officiers de justice

- Les employés subalternes

- Les notaires

- Les hommes d’Église

- Le médecin

- Le sorcier

- Le savant fou

- Les forces de l’ordre

- Les crimes de la police

- La haute police

- La police « ordinaire »

- Le pire et le meilleur de la police

- Un héritier de Fouché et de Vidocq

Chapitre 5 : La femme et le crime

- La femme à séduire

- La jeune femme malheureuse et persécut ée

- La prostituée vertueuse

- L’épouse du bagnard

- La victime par excellence

- La femme séductrice

- Signes révélateurs

- L’aventurière

- La gouvernante criminelle

- Un poison pour les hommes

- La femme hors séduction

- La tenancière de tapis-franc

- La tenancière d’auberge rouge

Chapitre 6 : Le surhomme : hors des lois, au-dessus des lois?

- Le modèle canonique

- Le surhomme dans nos mystères urbains

- La qualification différentielle : le portrait initial

- Des « héros byroniens »

- Refuser le « héros byronien »

- Le paradoxe de l’omniscience

- La fonctionnalité différentielle : épreuve initiale et quête

- L’épreuve qualifiante : soumettre la brute

- La quête

- Destinateur, destinataire, objet

- Adjuvants

- Le commentaire explicite : juger le surhomme

- La prédésignation : le flâneur, le détective et l’écrivain

Troisième partie : Le crime de la lecture, le crime et la lecture

Chapitre 7 : Une double lecture : le lecteur dans l’œuvre

- Une scénographie annoncée

- Signaler la fiction

- Orienter la lecture

- Préfaces et textes à valeur préfacielle

- Les termes du contrat de lecture

- Une scénographie en action

- Le savoir « sérieux » des mystères urbains

- Guider le lecteur

- Aux frontières du récit

- La digression

- La note

- La double lecture

- Adresses légitimes

- Adresses suspectes

- Le pouvoir du narrateur

- Les attentes du lecteur

Chapitre 8 :Vers une lecture spécialisée : de l’œuvre au genre

- Mise à distance de la lecture naïve

- L’épouvantail de la lecture pernicieuse

- Les personnages de lecteurs

- Lire, décoder : valoriser la lecture comme déchiffrement

- La surenchère comme signal d’une autre façon de lire

- Surenchérir pour séduire

- Une lecture spécialisée

- Considérations morales, idéologie problématique

- Le crime peut payer

- La fascination pour le criminel de talent

En guise de conclusion

- Crimes répétés, fictionnalisation actualisée

- Criminalité : le modèle de l’entrepreneur

Annexe – Résumés des œuvres du corpus

Bibliographie

1-Corpus

2-Autres œuvres des mêmes auteurs

3-Autres œuvres littéraires

4-Autres œuvres

5-Ouvrages et articles consacrés au corpus

6-Ouvrages théoriques et critiques

7-Journaux consultés

Pour tous publics

Ernest

Note globale :

Par - 187 avis déposés -

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