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La conquête de l’Alsace

La conquête de l’Alsace
La Nuée bleue 607 pages
1 critique de lecteur

Avis de Octave : "Aujourd'hui un Français et un cannibale c'est à peu près la même chose dans l'esprit des voisins"

Alors que tant de livres d’histoire se présentent sans la moindre carte de géographie historique, on peut remercier l’auteur et l’éditeur de nous en offrir seize et dans le lot une est consacrée spécialement au baillage de Belfort à la fin du XVIe siècle qui correspond quasiment à l’espace du Territoire de Belfort. Cet ensemble de cartes permet de prendre bien conscience des terres qui relevaient des Habsbourg jusqu'au milieu du XVIIe siècle, à savoir le Sundgau essentiellement mais pas seulement.

Pour le reste de l’Alsace, terres d’Église, villes libres et seigneuries laïques sont pléthore. Du point de vue religieux le protestantisme calviniste n’est présent qu’à Mulhouse, mais nombre de villes (comme Colmar et Strasbourg) sont luthériennes et des seigneurs laïcs, souvent encore mieux possessionnés ailleurs qu’en Alsace (comme les ducs de Wurtemberg présents à Riquewihr et Horbourg ou le comte palatin à la Petite Pierre) ont imposés la Réforme sur leurs terres. De plus on a des anabaptistes par exemple à Sainte-Marie-aux-Mines. Au milieu des pages de texte, on a souvent des pages ou des doubles-pages entièrement consacrées à l’illustration.

L’Alsace est ravagée durant la Guerre de Trente ans et cela se retrouve d’ailleurs dans la toponymie ; près de Belfort on a un lieu devenu forestier qui se nomme "Le village brûlé". Durant la Guerre de Trente ans, des garnisons françaises ont été placées, à la demande des villes ou principautés dans des lieux comme Trèves en Rhénanie et en Alsace à Mulhouse, Colmar, Saverne, Haguenau. Richelieu a financé les armées des princes protestants en conflit avec l’Empereur. Aux traités de Westphalie, la France reçoit les possessions des Habsbourg en Alsace.

On est en 1648, Louis XIV a dix ans, il est déjà roi depuis cinq ans et il va passer presque tout son règne à tenter de réunir d’autres terres d’Alsace au royaume de France et à y restreindre le plus possible les droits des protestants. Toutefois, en vertu des traités de Westphalie, le roi ne peut chasser les luthériens d’Alsace ; ses agents tentent sans trop de zèle et de succès une expulsion des mennonites, par contre les calvinistes représentés uniquement à Mulhouse ne sont pas inquiétés car jusqu’à la Révolution cette ville est alliée des cantons suisses et la France n’entend pas se fâcher avec la Confédération helvétique.

Jean-Pierre Kintz évoque d’abord dans cinq chapitres la Guerre de Trente ans et les traités qui y mettent fin d’une manière générale et en particulier pour le domaine de l’Alsace ; il retrace ensuite, en sept chapitres, l’histoire de l’Alsace de 1648 à 1698. Cette dernière date est celle du Traité de Ryswick qui fixe de nouvelles limites à l’Alsace. Si l’annexion de Strasbourg est bien confirmée (et se traduit par l’exil d’une bonne part de la population protestante de cette ville), par contre les terres sur la rive droite du Rhin comme Brisach ou Kehl sont perdues et l’Empereur considère que le nord de l’Alsace s’arrête au niveau de la Lauter alors que Louis XIV affirme que c’est la Queich qui marque la frontière. Il reste quelques seigneuries à des princes allemands en Basse-Alsace et au centre de la province et Mulhouse reste une enclave. Toutefois en un demi-siècle l’Alsace a été pour l’essentiel unifiée et intégrée au royaume en particulier par l’action des intendants.  

D’autre part le Palatinat est rendu à Philippe-Guillaume de Wittelsbach-Neubourg, si bien que l’Alsace est une partie du royaume de France assez isolée de ce même royaume. Durant la Guerre de la Ligue d’Augsbourg une fois de plus l’Alsace a été ravagée  par les troupes ennemies et a subi des réquisitions et des contributions forcées de l’armée françaises. « Aujourd'hui un Français et un cannibale c'est à peu près la même chose dans l'esprit des voisins » est une phrase du pasteur protestant Pierre Jurieu réfugié en Hollande ; elle rappelle qu’outre villes et villages du Palatinat, le comte de Mélac fit brûler la ville de Landau sur la Queich, ceci afin de  pouvoir construire la fortification dessinée par Vauban. D’ailleurs Landau, comme enclave, resta française jusqu’en 1815, date à laquelle elle fut rattachée au Palatinat bavarois.        

Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations

Octave

Note globale :

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