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Le pouvoir et la presse en Iran depuis la Révolution islamique 1979-2004

Le pouvoir et la presse en Iran depuis la Révolution islamique 1979-2004
L’Harmattan260 pages
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Avis de Adam Craponne : "Le premier journal iranien Kaghaz-e Akhbar paraît en 1837, année de l’attaque perse sur Herat"

Nahid Pilvar est une journaliste politique iranienne et un docteur en sciences de l'information et de la communication de l'Université Grenoble-Alpes. Elle a soutenu en 2015 une thèse intitulé La presse iranienne depuis la révolution islamique - les deux âges d'or 1978-1979 et 1997-1998. Dans l’introduction, l’auteure résume l’histoire de la presse iranienne avant la Révolution islamique iranienne. Elle la découpe en cinq périodes : celle de 1837 à 1901 où la presse est financée par l’État dans le cadre de la modernisation voulue du pays, celle de 1901-1921 où certains journaux militent pour une monarchie constitutionnelle, celle de 1921-1941 où la presse est soumise à la censure (c’est la période qui suit le renversement de la dynastie Kadjar), celle de 1941-1953  où on a une liberté de la presse assez conséquente, celle de 1953 à 1979 (après le coup d’état qui écarte du pouvoir le Premier ministre Mossadegh) avec une perte de la liberté de la presse.

Depuis la fondation de la République islamique en Iran, la presse a connu plusieurs phases : augmentation du tirage des titres en circulation pendant la post-révolution, diversité des tendances politiques, omniprésence du conflit Iran-Irak, et enfin floraison de la presse iranienne avec l'arrivée de Khâtami. Néanmoins ce vent de liberté a disparu rapidement, la presse subissant une répression sévère pour devenir un instrument idéologique et de propagande. Cet ouvrage revient sur ces différentes périodes et montre comment la presse iranienne, en dépit des tentatives de prise de contrôle étatique, essaie d'assumer son rôle dans un processus de liberté d'expression.

Lauréate iranienne de la médaille Fields, Maryam Mirzakhani (morte le 14 juillet 2017), est dévoilée (sic) par la presse iranienne, en lui faisant porter un tchador, grâce à un montage photographique. (image absente du livre)

L’auteur rappelle que le président Carter demanda au Shah qu’une liberté de la presse s’installe en Iran. Dans un premier temps, il n’y a plus de censure mais dès qu’un article s’avère trop critique, on sanctionne le rédacteur en chef du journal si bien que c’est ce dernier qui joue le rôle de censeur (page 14). Suite à cela, une grève de journalistes touche les deux principaux journaux du pays et le 15 octobre 1978 une Charte de la liberté de la presse est approuvée par le gouvernement. « Le mandat de 38 jours du Premier ministre Bakhtiar et les quelques semaines qui suivirent marquent toujours la période de la plus grande liberté de la presse depuis le coup d’État de 1953 ». Peu avant cette affirmation, l’auteure explique comment l’ayatollah Khomeiny parvenait à faire connaître ses opinions par d’autres biais que la presse.

Un chapitre est consacré à la période qui va du départ du Shah le 15 janvier 1979 au déclenchement de la Guerre entre l’Iran et l’Iraq qui se produit le 21 septembre 1981. On voit comment progressivement la libre expression se limite, les autorités considèrent que l’on ne doit pas porter tort à l’image de la Révolution. Ainsi l’ayatollah Khomeiny déclare fin août 1979 que :

« La presse est tenue d’éviter des titres qui pourraient inciter ou affaiblir le peuple et de s’adapter au chemin de la révolution, et également de se garder de publier des articles qui portent atteinte à la révolution et sèment la discorde, lesquels constituent des complots » (page 47).

Durant les premiers temps de la Révolution islamique en Iran, les partis politiques et les associations (féministes, artistiques  ou estudiantines par exemple) fleurissent et Nahid Pilvar nous présente leurs journaux. Les minorités culturelles, comme les Kurdes ou les Azerbaïdjanais (qui sont des Turcs) ou aussi leur presse. Durant le conflit avec l’Iraq, le Code de la presse est révisée dans le sens d’une restriction de la liberté. Le jeu des milices dans le domaine culturel est largement décrit et les pressions se multiplient sur les journalistes. Des journalistes passent à la télévision, forcés de s'accuser de tous les maux (y compris en rapport avec leur vie privée), parce que leurs écrits ont déplu. 

Lors des premières années de la présidence de Khâtami (chef de l’État de 1997 à 2005), on voit une nette évolution globalement du contenu de la presse (plus d’articles d’analyse et un regard critique modéré sur la société iranienne, de plus une large montée du nombre de femmes journalistes) et l’apparition de nouveaux journaux (on a un tirage de deux millions d’exemplaires pour les 850 journaux qui paraissent). Toutefois les interdictions de journaux persistent (85 entre 2000 et 2004), alors que radios et chaînes de télévision sont dans les mains des islamistes conservateurs. Il y a une profonde divergence de vue sur la question entre Ali Khamenei le Guide de la Révolution et le Président. Pour le premier « la presse ne sert qu’à la propagande et toute critique de la part de la presse est qualifiée de complot » (page 207).

La liberté d'expression s'est à nouveau trouvée de plus en plus restreinte après 2005. Ajoutons que la justice iranienne a ordonné l'interdiction du quotidien réformateur Mardom Emrouz pour avoir mentionné en Une et en gros titre le slogan "Je suis Charlie". Notons, bien que l’auteure n’aborde pas ce sujet, que le blocage d'Internet par les autorités est légal en s’appuyant sur la loi iranienne de la presse de 1986, qui réglemente l'accès à l'information.

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Adam Craponne

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