Avis de Alexandre : "La réadaptation à une vie quotidienne normale et (…) la réconciliation entre nous"
Khieu Kanharith est né le 13 septembre 1951 à Phnom Penh d’un père douanier Khieu Than et de son épouse Lor Lienghorn. C’est un témoin engagé ayant vécu des moments tragiques et prenant soin de justifier ses actions même s’il ne porte pas un discours manichéen. Il a étudié le droit et était étudiant à l’École Nationale d’Administration lorsque les khmers souges prirent le pouvoir en 1975.
Réfugié à Kampong Cham, sous le régime des Khmers rouges, il s'est réfugié à Kampong Cham et a rejoint la faction pro-vietnamienne. Dans les années 1980, il a été secrétaire puis président de l’Association des journalistes cambodgiens. Conseiller du chef de l’État en 1992, il est devenu député puis ministre de la Propagande et de l’Information dans les années qui suivirent.
Cet ouvrage est le fruit d’entretien entre l’auteur et Pierre Gillette, un journaliste français installé au Cambodge depuis 1994. Le récit démarre en tentant de nous faire approcher la situation délicate du Cambodge du milieu des années 1960 au milieu des années 1970, un pays embarqué malgré lui dans la Guerre du Vietnam. En effet une partie du territoire khmer était utilisé par le Việt Cộng pour entretenir la guérilla au Sud-Vietnam, pour acheter une bonne partie de la récolte de riz de certaines régions et servait de lieu de refuge à des combattants communistes vietnamiens. Le régime du prince Sihanouk mena des actions d’arrestations et alléga d’accusations de complot pour le compte d’une puissance étrangère. La montée nationaliste amenu aux pillages des commerces tenus au Cambodge par des Vietnamiens.
Par ailleurs les khmers rouges recrutant du fait de diverses frustrations et l’existence d’une forte corruption, Sihanouk fut déposé par Lon Nol. Ce dernier apparaissait comme la marionnettes des Américains et son armée, loin de chasser le Việt Cộng du territoire, vit se renforcer considérablement l’insurrection des khmers rouges. Khieu Kanharith se réfugie un temps dans un village très isolé, vers la frontière thaïlandaise, et se cache dans la forêt proche lorsque, seulement une fois par an, les soldats khmers souges se rendent dans ce village. Un certain flou existe sur son existence entre 1975 et 1978, cette dernière année voyant fin décembre l’entrée massive des troupes vietnamiennes au Cambodge. Elles resteront dans le pays durant dix ans.
La période qui suit voit Khieu Kanharith devenir journaliste et côtoyer les personnalités autour de Hun Sen (devenu l’homme fort du nouveau régime) et l’instauration d’une monarchie parlementaire. Outre le récit de l’évolution politique du pays, l’auteur s’attarde sur les procès des dirigeants khmers rouges (ayant lieu entre 2001 et 2023) et sur les conditions dans lesquelles, sous Napoléon III, la France s’installe au Cambodge. L’histoire de ce pays est complexe et Khieu Kanharith nous éclaire sur son passé récent.
Pour connaisseurs Quelques illustrations