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La Grande Guerre si loin, si proche : réflexions sur un centenaire

La Grande Guerre si loin, si proche : réflexions sur un centenaire
Seuil
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Avis de Octave : "Le problème, quand on veut prendre la voie la plus simple, est que l’ennemi l’a déjà minée"

Jean-Noël Jeanneney, fort de son expériencede président de la Mission du Bicentenaire de la Révolution, tente de s’interroger sur le pourquoi et le comment des commémorations de la Première Guerre mondiale. En un siècle, le pays a considérablement changé et au moins autour de deux points fondamentaux : il n’a plus d’armée de conscription et des femmes portent non seulement l’uniforme mais les armes, d’autre part il a perdu son empire colonial. Son ouvrage, après une introduction, est divisé en cinq chapitres.

Dans le premier, « Expliquer la folie », il montre que tout en développant les raisons multiples qui ont été la cause de la déclaration de guerre, il ne faut pas oublier ce que disait Pierre Renouvin (qui avait perdu un bras au Chemin des Dames), à savoir qu’une guerre repoussée par la diplomatie peut ne jamais survenir. Le conflit était probable, mais il ne faut pas croire qu’il était inéluctable. La précision n’est pas inutile lorsque des journalistes comme Franck Ferrand déclarent, dans l’émission du 23 septembre 2013, que tout le monde politique français sait en mars 1914 qu’on est à deux doigts d’une guerre contre l’Allemagne.

Au deuxième chapitre « Honorer la patrie », l’auteur écrit que son père (alors âgé de huit ans) donnait la main à Georges Clemenceau le 13 juillet 1919 sous l’Arc de triomphe. Cela s’explique par le fait que le grand-père de Jean-Noël Jeanneney (alors député de la Haute-Saône) était sous-secrétaire d’État à la guerre sous le ministère Clemenceau de la Première Guerre mondiale. Il nous évoque également les parentés de philosophie entre Jaurès et Clemenceau. Il rapproche certaines idées du Tigre en matière de revanche et de conception de l’armée de celles de Jaurès.

Dans « Unifier la France », il rappelle que contrairement à la Révolution française, il y a un consensus sur le sens du sacrifice des poilus, même si cela divise la question de la réhabilitation des fusillés. De plus, certains milieux catholiques nous mettent en avant que Benoît XV, par son initiative de paix blanche, aurait pu économiser des millions de morts à la fois fin 1917 et 1918, mais aussi éviter la Révolution d’octobre (qui se passe en novembre 1917) et le régime nazi. Tout cela étant bien entendu en très grande partie le fruit des agissements diaboliques d’un anticlérical notoire, Georges Clemenceau en l’occurrence, qui aurait refusé cette perspective. D’ailleurs les parlementaires catholiques ont eu sa peau à l’élection présidentielle suivante… Un Lorrain dans la tourmente d’Aloyse Stauder, présenté par Pauline Guideman, donne l’intégralité du texte en question, et la réaction à l’époque du jésuite Aloyse Stauder (prêt à excommunier le pape, dirait-on avec humour), est semblable à celle de toutes les autorités catholiques françaises qui condamnent unanimement cette initiative. Toutefois, ce n’est pas à cause des Français de toutes sensibilités que la tentative de paix blanche échoue, mais parce que l’Allemagne refuse de rendre de l’Alsace d’autres parties que celle reconquise en août 1914 par la France et que l’Autriche-Hongrie refuse de donner à l’Italie ses provinces latines.

Mettre cet échec sur le dos de Clemenceau est d’une invraisemblance totale et il n’est pas étonnant, comme le souligne Jean-Noël Jeanneney, que Franck Ferrand sur Europe 1 se fasse le porte-parole de ces idées. Il faut dire qu’à côté, ajoutera-t-on, il invite à parler de génocide vendéen, de la place d’Alésia ailleurs qu’à Alise-sainte-Reine et de destins invraisemblables (Molière n’est pas Molière étant le moindre mal, car on a aussi en particulier la duchesse d’Angoulême devenue comtesse des Ténèbres …).

L’avant-dernier chapitre de La Grande Guerre si loin, si proche : réflexions sur un centenaire pose la question d’une commémoration à la lumière de l’unité européenne d’aujourd’hui et au regard de la complexité bien française du pacifisme. L’auteur termine en s’interrogeant sur le rôle que doit avoir l’État dans l’ensemble des commémorations, qu’elles soient impulsées par lui ou le fruit d’initiatives multiples.

Octave

Note globale :

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