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L'attentat de Marseille en 1934: La vérité sur la mort du roi de Yougoslavie

L'attentat de Marseille en 1934: La vérité sur la mort du roi de Yougoslavie
L’Harmattan310 pages
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Avis de Octave : "Et Georges Desbons amorça la pratique de la défense de rupture"

Georges Desbons naquit le 5 novembre 1889 à Maubourguet (Hautes-Pyrénées). Il devint avocat en 1911. Quoique réformé, il s’engage au début de la Première Guerre mondiale. Il abandonne assez vite l’uniforme en étant nommé sous-préfet d’Uzès entre 1915 et 1916.

 

À la fin du conflit de la Première Guerre mondiale, le Monténégro est envahi par la Serbie. Ce royaume avait été enfin reconnu par les Ottomans en 1878 à la Conférence de Berlin. Du côté de la Serbie et de ses alliés, il fut occupé par les armées austro-hongroise de janvier 1916 à octobre 1918. Prennent la suite les troupes franco-serbes. Le territoire du royaume du Monténégro est de fait uni au royaume de Serbie. Ceci se fit malgré l’opposition de roi Nicolas Ier et d’une partie de la population qui mena une guérilla jusqu’en 1924.

 

Le souverain est réfugié en France de 1916 à sa mort en mars 1921 et maître Georges Desbons est l’avocat de la famille royale montégrienne. Dans l’Entre-deux-guerres, il produit des textes où il conteste aussi les nouvelles frontières qui ont été attribuées à la Bulgarie et la Hongrie. En fait avant le procès, il avait déjà rencontré toutes sortes d’opposants aux frontières de la Yougoslavie dont des Croates (appartenant au mouvement des oustachis) et des Macédoniens.

 

Suite à quelques interventions au procès des oustachis assassins du roi de Yougoslavie, Desbons fut sanctionné, destitué et temporairement radié du barreau. En 1941 Laval le charge d'une mission culturelle auprès de Pavelitch (ou Palvelić), le chef d'Etat du nouveau état croate dont les frontières ont été négociées avec Hitler et Mussolini. Ce pays, avec un roi italien qui refuse de se faire couronner, n’a jamais été reconnu par l’État français, aussi Georges Desbons joue là le rôle d’un quasi ambassadeur du régime de Vichy. Notre avocat est mort en 1962. Nous avons apporté personnellement certains éléments biographiques qui n’étaient pas proposés dans le contenu dans l’ouvrage L'attentat de Marseille en 1934 de Marc Gjidara.

 

 

Cet ouvrage est nourri de 310 pages et est porté par plusieurs illustrations intéressantes, dont un plan des lieux de l’attentat. Il s’appuie sur des écrits de Georges Desbons, et il est utilement sous-titré La vérité sur la mort du roi de Yougoslavie, d‘après les archives de Georges Desbons. C’est l’éclairage sur l’attentat qui est rapporté, c’est l’idée que s’en est faite à la base ce dernier qui est développée et non une vérité dans l’absolu. La défense de rupture est celle où l’on voit l’avocat de l'accusé se faire accusateur, considérant que le juge n'a pas la compétence ou que le tribunal n'a pas la légitimité, tentant de prendre l'opinion à témoin. C’est Jacques Vergès qui lui donna sa version la plus élaborée.

 

 

Marc Gjidara a l’ambition, avec ce livre, d’aider à répondre à de très nombreuses questions: « Qui était réellement le régicide et quelle était sa nationalité ? Comment le ministre Barthou est-il mort et de qui a-t-il été victime ? Qu’en est-il des victimes civiles ? Où et comment les autres membres du « commando » ont-ils été arrêtés ? Les trois Oustachas condamnés étaient ils tous sur les lieux de l’attentat et y ont-ils participé ? Comment ont-ils été jugés ? Qui ont été les avocats successifs de la défense ? Pourquoi Maître Desbons a été empêché d’aller jusqu’au bout de sa mission et de quelles menées a-t-il été l’objet ? Pourquoi a-t-il été radié de l’Ordre des avocats puis réintégré quelque temps plus tard par une loi spéciale et une fois le procès terminé ? » (page 13).

 

Avant d’arriver à ces sujets, sous la plume partisane de Georges Desbons, on a des aperçus sur l’histoire de la Croatie et de la Serbie puis des premières années du nouveau pays qui s’appellera Yougoslavie (après être né sous le nom de "royaume des Slovènes, Croates et Serbes") mais aussi sur les opérations dans les Balkans durant la Première Guerre mondiale. Sur certains sujets les affirmations de celui-ci surprennent beaucoup: « Il a été beaucoup écrit sur l’assassinat de l’archiduc héritier d’Autriche. Il a été beaucoup menti. La Russie voulait la guerre. Elle avait fixé sa date : le début d’août 1914. Un témoignage peu connu. Dès avril 1914 une grande duchesse de Russie tante du prince Alexandre, écrivait à son père le roi Nicolas de Monténégro pour l’informer que tout était prêt et qu’il devait prendre ses précautions personnelles. Le roi Nicolas alertait un de ses fils le prince Danilo, qui à toutes fins utiles mettait de très importants capitaux à l’abri en Suisse. N’oublions pas que le Monténégro devait être le premier à mobiliser » (page 36).

 

L’auteur insiste beaucoup sur le régime policier qui aurait existé en particulier autour de 1930 dans le royaume en question. On évoque le meurtre en plein parlement du député croate Stjepan Radić. Du fait de multiples tensions ethniques, le roi Alexandre Ier abolit la Constitution en janvier 1929, dissout le Parlement et met en place une dictature monarchique, opprimant tout sentiment nationaliste. Au lendemain de la proclamation de la dictature, des Croates fondèrent une organisation révolutionnaire, sous le nom d’oustacha (signifiant "insurgé"). Il ne faut pas oublier de dire que les mouvements nationalistes, à l'intérieur de la Yougoslavie, étaient en partie financés par l'Italie et la Hongrie. 

 

Tout ce que nous avons évoqué jusqu’à présent constitue la première partie. La seconde se nomme "Un déraillement judiciaire commandé par la raison d’État", elle démarre page 157. On démarre là par l’exposé des conditions dans lesquelles se prépare l’attentat. L’assassin n’est pas un Croate car il s'agit de Vladimir Gheorguieff Tchernozemski, un membre d’une organisation révolutionnaire macédonienne, quoiqu’il soit né dans un village bien à l’ouest de Sofia en Bulgarie. Il n’en était pas à son premier meurtre.

 

Un accord existait entre sa propre organisation l'Union révolutionnaire macédonienne de Macédoine (VMRO) et les oustachis pour s’allier afin de déboucher sur un éclatement de la Yougoslavie, donnant naissance à un état croate et à une Macédoine indépendante. Grièvement blessé par la police et roué de coups par la foule, il fut conduit au poste de police où il fut interrogé. Il mourut le soir même sans rien révéler. Il fut plus tard identifié grâce au tatouage qu'il portait sur le bras: une tête de mort et des tibias croisés, avec l'inscription V.M.R.O. en-dessous. Il fut enterré dans un lieu inconnu, dans un cercueil scellé, au cimetière Saint-Pierre, en présence seulement de deux inspecteurs et d'un fossoyeur.

 

La diplomatie yougoslave est inquiète des ambitions de Mussolini, aussi le souverain du royaume dont la capitale est Belgrade, se rend-il en France pour resserrer ses relations avec Paris. Le 9 octobre 1934, le roi Alexandre de Yougoslavie arrive en visite en France, et le ministre français des Affaires étrangères qui est venu l’accueillir à Marseille meurt. Si le premier est assassiné par des Oustachis croates, le second est blessé par le tir d’un policier français (mais cette dernière expertise n'est officiellement reconnue que bien des années plus tard). Un infirmier place tardivement ou mal un garrot (en-dessous de la plaie), si bien que Louis Barthou décède.

 

 

Deux Croates complices de l’assassinat, Pavelic et Kvaternik, ayant trouvé refuge en Italie, le gouvernement fasciste se refuse à les extrader, une tension entre Rome et Paris s’en suit. Toutefois, l’arrivée au Quai d’Orsay de Pierre Laval le 13 octobre 1934, qui souhaite un rapprochement avec l’Italie pour modérer les ambitions d’Hitler, met le sujet de côté. Percevic, un autre comploteur, trouve asile en Autriche. Zvonimir Pospišil, Mio Kralj et Ivan Rajk passent en jugement.

 

Diverses pressions et rumeurs semblent avoir été exercées sur maître Georges Desbons pour gêner sa défense des séparatistes croates. Ce dernier soulève un certain nombre d’anomalies dans la procédure. L’acte d’accusation est contesté (ne serait-ce que parce que Barthou a été victime d’un tir d’un policier français), l’objectivité de l’interprète est remis en cause, le qualificatif d’association de malfaiteurs à une organisation révolutionnaire nationaliste est contestable, la dissimulation de pièces de procédure…

 

Ces accusations prononcées dans les premiers jours du procès amènent à une première sanction disciplinaire puis une radiation du barreau. Celle-ci est ainsi motivée: «Me Georges Desbons n’a cessé ce jour, et de plus en plus fort, de troubler les débats et d’interrompre le cours normal de la justice par ses inconvenances et ses violences de langage tant à l’égard du ministère public que de la Cour elle-même et des autorités » (page 282). En fait était surtout gênant que Georges Desbons voulait plaider une cause militante, en inversant les rôles lors du procès. Il mettrait en accusation la dictature qui régnerait en Yougoslavie.

 

C’est le Bâtonnier Emile de Saint Auban, âgé de 76 ans, qui remplace Georges Desbons pour la défense des accusés. Les trois Oustachis sont finalement condamnés aux travaux forcés à perpétuité. Mio Kralj meurt à la prison de Fontevrault en 1941 des suites d’une maladie, Zvonimir Pospišil meurt en détention à la Maison centrale de Caen en 1941 des suites d’une opération de l’intestin et Ivan Rajk, libéré le 12 décembre 1941? est mort le 9 février 1944 sur un champ de bataille en Croatie.

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Octave

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