Ecrire un avis

Nêne

Nêne
Marivole 144 pages
1 critique de lecteur

Avis de Octave : "La petite Nêne n’est pas ici un pléonasme"

Voici un récit où les femmes ont les premiers rôles, d’un côté Madeleine l’ange de bonté et de l’autre l’intrigante Violette, couturière du village voisin. On est à la Belle Époque dans le Poitou et plus précisément dans un village qui compte de nombreux dissidents. Le roman familial Les Enfarinés de Jean-Paul Desprat s'attache à décrire ce type de croyants dans le Rouergue.

L’héroïne Nêne (en fait Madeleine de son prénom) appartient à la Petite Église, ces gens (et leur descendance) ont refusé le Concordat imposé par Napoléon Bonaparte alors qu’il n’était alors que Premier consul. Les dissidents ont pour ancêtres les contre-révolutionnaires mais harcelés par les catholiques romains qui veulent les convertir ils votent républicains et envoient leurs enfants à l’école publique. Dans cette région de fortes  tensions existent alors entre les catholiques concordataires et le bloc de tous les autres (laïcs, protestants, dissidents). Ernest Pérochon est protestant et passe son enfance dans un des rares villages où les membres de la Petite église sont encore majoritaires. Certains personnages du roman réagissent comme en fonction de leur appartenance à une communauté précise. Pérochon se fait ethnographe.   

La dramatisation tourne autour de l'amour porté à des enfants qui ne sont pas les siens par cette jeune fille. La fin montre une servante se suicidant devant des enfants qui oublient volontairement l'affection qu'ils lui ont portée. L’Histoire nous fait un clin d’œil puisque ces dernières pages sont écrites au printemps 1914 alors que l'Europe se prépare à sacrifier des millions d'hommes et ainsi se suicider (en reniant ses valeurs humanistes et sa foi dans le progrès).

Ce roman adapté a été au cinéma par Baroncelli durant les Années folles, toutefois il en a gommé ses aspects les plus dramatiques et plus récemment Emmanuel-Odet Vergnaud réalise en 2012 le film "Nêne" dans un esprit théâtral et avec une lecture très personnelle de ce récit tout en gardant la majorité des dialogues contenu dans l’ouvrage. Le réalisateur Xavier Beauvois propose fin 2017 l’adaptation des Gardiennes au cinéma, elle sort 2018 le 6 décembre et est tounée en grande partie dans le Limousin.

Ce roman reçoit le prix Goncourt en 1920. Voici quelques extraits :

« Au-dessus de la brume la lumière régnait, merveilleusement blonde. Le versoir supérieur de la brabant resplendissait et le coutre, dressé dans le soleil, semblait une épée massive, l’épée d’un cavalier nain, trapu et lent. »

« Ayant desservi la table elle s'installa devant sa machine à coudre. Lentement, elle se mit à enrouler un fil de soie sur la bobine. Et, lentement, ses pensées se dévidèrent aussi; mais, courtes et de fil rude, elles se mêlaient, se nouaient, s'accrochaient; elles ne coulaient point comme un bel écheveau lisse. »

« Il conduisait ses bêtes par gestes mesurés, sans cris. Il avait pourtant deux bovillons au dressage, mais il les avait placés au milieu de l’attelage et tout de suite enlevés en un si rude effort qu’il les tenait maintenant sans peine, éreintés et craintifs. Même au bout de la raize, les bovillons suivaient docilement les bœufs de tête ; le laboureur n’avait qu’à soulever sa charrue et à la retourner tranquillement sans craindre d’être enlevé par son attelage. »

Pour tous publics

Octave

Note globale :

Par - 352 avis déposés - lecteur régulier

Connectez-vous pour laisser un commentaire
Vous aussi, participez en commentant vos lectures historiques facilement et gratuitement !

Livres liés

> Suggestions de lectures sur le même thème :
> Du même auteur :
> Autres ouvrages dans la même catégorie :