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Les Creux de maison

Les Creux de maison
Geste247 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "Un roman populiste avant la lettre"

En 2020, on fêtera le centenaire de l’attribution du Prix Goncourt à Ernest Pérochon pour Nêne et nous ne manquerons pas de signaler en commentaire, des ouvrages de l’écrivain poitevin présents sur le site, les manifestations qui devraient se dérouler dans le département des Deux-Sèvres à cette occasion. Il est possible que soit projetée l’adaptation cinématographique que fit Baroncelli de ce roman.

Toutefois celui-ci ne fut pas le premier livre d’Ernest Pérochon à être édité ; notre auteur se fit aupravant modestement connaître du grand public pour un titre d’un bien plus grand intérêt historique à savoir Les Creux-de-maison . Ce roman était dédicacé à Pierre Brizon (malheureusement cette édition fait l’impasse sur cette page) ; c’est ce dernier, ancien professeur d’Ernest Pérochon  à l’École normale de Parthenay au tournant des XIXe et XXe siècles qui, devenu député socialiste de l’Allier, avait permis la parution en feuilleton du récit dont aucun éditeur ne voulait. Il qualifiait le livre de son ancien élève de "leçon sociale" et avait longtemps agi en faveur de l’amélioration des conditions de vie des métayers bourbonnais. Peu après sa découverte dans L’Humanité (qui est alors le journal de Jaurès), l’ouvrage est publié mais à compte d'auteur.

La couverture du livre proposée ici, convenait très bien pour Les Gardiennes, le problème est qu'elle est utilisée pour Les Creux -de- maison (sans d'ailleurs respecter les deux traits d'union du titre d'origine). Alors que la grande majorité des romans d’ Ernest Pérochon traitent de la période de l’Entre-deux-guerres, les trois premiers évoquent la Belle Époque (et permettent d’ailleurs de voir combien elle ne fut pas belle pour nombre de paysans). Ce sont donc Les Creux-de-maison, Nêne et Le Chemin de plaine (celui-ci, en partie autobiographique, raconte essentiellement la vie d’un instituteur du bocage bressuirais).

On est également dans le nord des Deux-Sèvres avec Les Creux-de-maison,  et on suit la lente paupérisation d’une famille où le père est ouvrier agricole. Les creux de maisons étaient des sortes de bourrines, c’étaient des habitations connues comme insalubres, du fait en particulier de leur humidité et des conséquences qu’elle avait :

«C'était une cabane bossue et lépreuse, à peine plus haute qu'un homme; on descendait à l'intérieur par deux marches de granit; il y faisait très sombre car le jour n'entrait que par une lucarne à deux petits carreaux; l'hiver, il y avait de l'eau partout».

Deux autres citations :

« Le Bocage était comme une immense forêt, une forêt aérée et verte d'abord, puis vite plus dense et bleue avec des traînées sombres qui étaient des lignes de sapins; à l'horizon, des houles grises montaient, montaient, et les dernières, toutes pâles, se perdaient dans l'azur attendri, très loin. »

« Delphine se leva, entre les voisines qui avaient été, elles aussi, de fraîches campagnardes, de belles filles souples aux hanches rondes, mais qui, à force de misère, à force de grossesse, étaient devenues très vite ces épaisses mamans noirâtres. »

Séverin Patureau épouse Delphine qui décède après six grossesses à la fin du récit. Peu avant le couple a reçu un courrier d’anciens voisins qui sont partis sur une exploitation agricole en Charente-Inférieure. Cette migration agricole, également importante en particulier dans le Lot-et-Garonne, est évoquée d’ailleurs par un autre écrivain Jean Yole, celui-ci de la Vendée départementale. Il est d’une idéologie fortement marqué par la tradition catholique et le respect de la hiérarchie sociale.  Il le fait dans Les Démarqués (publié en 1911) ; d’autre part Henri Pitaud raconte, sur le sujet, ses propres souvenirs d’enfance et de jeunesse (entre 1906 et 1915) dans Le Pain de la terre. Un ouvrage historique sur la question Les Vendéens de la Garonne avait été proposé en 1989 par Jean-Clément Martin.  Rappelons qu’en matière littéraire et matière politique, le sens de populiste n’est absolument pas le même (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Eug%C3%A8ne-Dabit_du_roman_populiste).  

Pour tous publics Aucune illustration

Adam Craponne

Note globale :

Par - 690 avis déposés - lecteur régulier

690 critiques
25/08/19
Courlay Ernest Pérochon, un nom qui résonne encore
https://www.courrierdelouest.fr/actualite/courlay-ernest-perochon-un-nom-qui-resonne-encore-24-08-2019-411055
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