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Charles le Téméraire

Charles le Téméraire
Perrin543 pages
2 critiques de lecteurs

Avis de Michelet76 : "A lire !"

Georges Minois n'est pas assez connu du grand public amateur d'Histoire selon moi. Un Jean-Christian Petitfils l'est beaucoup plus pour les XVIIe et XVIIIe siècle, alors qu'il a sans doute moins de talent et surtout de rigueur scientifique.

Minois est principalement un auteur de biographies (Charlemagne, Philippe le Bel, Charles VII, ou plus récemment Richard Coeur de Lion et Blanche de Castille), mais aussi d'essais (sur la censure ou encore l'athéisme) et de réels ouvrages d'histoire (sur la Guerre de Cent Ans ou l'Histoire du Moyen-Âge, par exemple). En 2014, il a publié un ouvrage sur la bataille de Poitiers (1356), défaite française.

Sa biographie du Téméraire est bien écrite, même si ce n'est pas forcément grand public. Les citations d'auteurs sont dans le style du temps, c'est-à-dire un français difficile à lire. Je trouve cela plaisant, à titre personnel, parce que cela replace le personnage dans son contexte. Toutefois, cela casse le rythme de la lecture et oblige parfois à remettre en français plus moderne. du coup, le lecteur que je suis a eu tendance à sauter les citations (nombreuses, longues et pas toujours utiles au propos).

Mais la période est passionnante et, malgré tout, peu connue. Bien sûr les figure sde Charles VII ou Louis XI, les rois de France contemporains, ne sont pas des inconnus. J'ai toujours été intrigué par la figure de Louis XI et j'ai pu ici découvrir ses rapports ambigües avec Charles le Téméraire. le duc de Bourgogne dirige un territoire morcelé, qui s'étend de la frontière Suisse actuelle à l'Alsace, et rejoint la mer du Nord. J'ai eu l'occasion de visiter l'une des villes principales des ducs, celle de Bruges.

Charles le Téméraire hérite des relations de son père avec Charles VII. Elles sont complaisantes et diplomatiques. Charles VII préfère céder du terrain à Philippe le Bon pour pouvoir finir de battre les Anglais et mettre un terme à la guerre qui ravage le royaume depuis des décennies. le Dauphin Louis, dans son conflit avec son royal père, se réfugia en Bourgogne et entretint de bonnes relations avec Philippe le Bon (jusqu'à sa mort en 1467).

Par la suite, Louis XI tente de racheter les villes nordistes cédées par Charles VII à la Bourgogne. Il n'aura de cesse de jouer un double jeu avec Charles le Téméraire (qui ne fut pas dupe, ce qui entraîna la guerre entre les deux). L'intérêt du règne du Téméraire c'est son côté européen. Car le duc, pour contrebalancer le pouvoir de Louis XI, a cherché à s'allier avec le roi Edouard IV d'Angleterre, mais aussi l'empereur Frédéric III.

Alors, si sur le fond, c'est du Georges Minois : rigueur, érudition, bonne synthèse des connaissances récentes, etc., ça reste laborieux sur la forme. Bref, une petite déception, alors que j'ai beaucoup des biographies de Minois.

Pour connaisseurs Peu d'illustrations Plan chronologique

Michelet76

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Avis de Adam Craponne : "Charles le Téméraire est mort devant Nancy, mais pas Kerrigan, et pourtant ça a sérieusement patiné dans l’armée bourguignonne"

Charles le Téméraire est mort en 1477 en décembre par un froid glacial devant Nancy qu’il assiégeait. L’idée générale est que cet homme qui entend gouverner par la crainte qu’il suscite, est un piètre chef d’armée sur le terrain en plus de n’avoir pas le sens de la réalité du rapport de force (son armée est la meilleure parce que c’est la sienne, même si elle est composée de troupes hétéroclites, indisciplinées, très peu aguerries globalement et non motivées. Bref si Charles le Téméraire avait voulu se donner les moyens de son ambition, il aurait d’abord laisser le commandement de l’armée à ses capitaines.

Dans sa conclusion, l’auteur pense que Charles le Téméraire souffrait de paranoïa et qu’il pouvait au sens figuré avoir des tendances suicidaires, c’est-à-dire être mu par des forces qui le conduisaient à se retrouver en échec, vu les conditions où il se mettait pour résoudre un problème. Il ajoute :

« Le personnage est indéniablement antipathique. Sa violence sanguinaire révulse et ne peut être excusée par les mœurs du temps. D’une ambition démesurée, arrogant, d’un orgueil incommensurable, méprisant les bourgeois et les poursuivant de sa haine, il n’a jamais su s’attirer l’estime de ses peuples, encore moins leur affection ». (page 307)

Alors que les désirs d’autonomie des villes, si nombreuses proportionnellement et si riches sur ses propres domaines, se manifestent, Charles le Téméraire se retrouve soit en situation de tout céder parce que contraint (il risque sérieusement sa vie à Gand en 1467), soit en refus d’écoute qui se prolonge par nouvelles mesures de coercition qui le rendent encore plus impopulaire comme à Malines la même année.

Sa politique d’alliance semble brouillonne tant dans ses multiples directions que dans sa constance avec le même allié. Parce qu’il revendique un titre d’électeur au sein du Saint-Empire romain germanique, auquel il n’a pas droit, il manque son élection commme roi des Romains (ce qui aurait fait de lui un probable successeur à Frédéric III l’empereur de cette époque). Depuis 1356 Les princes-électeurs désignés par la Bulle d'or de Charles IV étaient en effet: trois clercs séculiers à savoir l'archevêque de Mayence, l’archevêque de Trèves, l'archevêque de Cologne, et quatre laïcs qui sont le roi de Bohême, le comte palatin du Rhin, le duc de Saxe et le margrave de Brandebourg. Par contre Charles le Téméraire a des terres dans l’Empire soit dès son accession au titre de duc (la Franche-Comté appelée alors le Comté de Bourgogne), soit par acquisition au cours de sa vie (comme le sud de l’Alsace).

Cet ouvrage apporte une mine d’informations sur le personnage ; il ne néglige pas la jeunesse de Charles le Téméraire puisque 160 pages sont consacrées aux années où son père Philippe-le-Bon est encore vivant. Un chapitre entier d’une quarantaine de pages tente de croiser les témoignages sur le caractère de ce duc. Un autre montre sa passion pour l’administration tant civile que militaire, même si on le voit par la suite il est un très piètre tacticien.

Enfin quatre chapitres relèvent pour l’essentiel de sa politique fâcheuse (et fâchante) d’alliance à l’extérieur et à ses rapports avec ses peuples si divers. Belges, Suisses, Bourguignons, Francs-comtois, Lorrains et Alsaciens d’aujourd’hui approcheront mieux, l’histoire de leur pays ou région, à travers la lecture de cet ouvrage. Par ailleurs Vieux-Brisach (en allemand Breisach-am- Rhein) voit en mai 1474 le jugement du bailli bourguignon Pierre de Hagenbach (originaire du Sundgau) pour crimes de guerres de ses soldats. On peut considérer que c’est le premier procès dans l'histoire pour crimes de guerres.

Il est à noter que "Anne de Geierstein ou la Fille des brumes"et "Quentin Durward" sont deux romans historiques de William Scott qui permettent d’approcher Charles le Téméraire et son entourage, l'exécution d'Hagenbach, la révolte des Liégeois…

Pour connaisseurs Peu d'illustrations Plan chronologique

Adam Craponne

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