Taïwan Connection, de Thierry Jean-Pierre : avis et résumé critique de Kingsale


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Taïwan Connection

Taïwan Connection
Robert Laffont286 pages
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Avis de Kingsale : "Froid dans le dos"

Thierry Jean-Pierre faisait partie de ces juges qui ont la justice chevillée au corps, contrairement à ses collègues d'Outreau, de l'affaire Alègre ou de celle des disparues de l'Yonne. Comme en plus il s'était spécialisé dans les affaires politico-financières, il a subi bien des déceptions et s'est heurté à des obstacles souvent  infranchissables.

C'est l'affaire Urba qui lui a valu sa notoriété. Urba était une société de conseils qui participait au financement du parti socialiste. Il en a été dessaisi quand il a découvert l'histoire du prêt fait à M. Bérégovoy. Quelques années après, il a démissionné de la magistrature pour se lancer dans une carrière politique comme député libéral européen. Mais il a continué à s'intéresser aux dossiers chauds avec comme nouvelle arme l'écriture. C'est ainsi qu'il publie en 1997 un livre sur l'affaire du Crédit Lyonnais qui fait sensation.

En 2002, il rencontre un témoin de l'affaire dite des frégates de Taïwan qui dure depuis douze ans et vaudra à la France une amende record de plus d'un milliard de dollars, pour rembourser les commissions versées (et les rétrocommissions)  au mépris du contrat signé. Il se lance alors dans une nouvelle enquête et ce qu'il va découvrir fait froid dans le dos. Les intérêts en cause sont tellement importants, à commencer par ceux de Thomson et de son président Alain Gomez, et à continuer par ceux des responsables politiques des deux pays, que l'affaire va se traduire par une vingtaine de morts. Le juge Jean-Pierre nous apprend ainsi qu'à Taïwan la méthode utilisée ne consiste pas à jeter à l'eau les corps préalablement lestés de ciment mais à les défenestrer. On est pétrifié de découvrir que c'est c'est cette même méthode qui sera utilisée à Paris pour deux des protagonistes du dossier qui en savaient trop, Thierry Imbot (fils du général Imbot, ancien patron du SDECE) en 2000 et Jacques Morisson en 2001. Et on est encore plus stupéfait d'apprendre que dans le premier cas, la justice a conclu à un accident en fermant les volets (p. 185-189), et dans le second à un suicide, alors que Morisson se savait menacé et l'avait dit à ses proches (p. 190-191). Il y aura d'autres faux suicides, à Taïwan et en France (Louis-Fabrice Lavielle) et un cancer foudroyant pour Jean-Claude Albessard, que Thierry Jean-Pierre pense avoir été provoqué par un élément radioactif (p. 147-148). Il a aussi des doutes sur l'accident thérapeutique dont a été victime le dirigeant de Matra, Yves de Galzain (p. 35). A chaque fois, quand lui et les nouveaux juges nommés ont voulu en savoir plus, on leur a opposé le secret défense. 

Thierry Jean-Pierre est mort en 2005, lui aussi victime d'un cancer foudroyant, à peine deux ans après avoir publié son livre, ce qui ne fait qu'accroître le retentissement de sa terrible enquête...

voir parmi les autres sources :http://www.lemonde.fr/societe/article/2005/07/07/les-reseaux-de-charles-pasqua-se-profilent-derriere-l-affaire-des-fregates-de-taiwan_670421_3224.html 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_fr%C3%A9gates_de_Ta%C3%AFwan

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/fregates-de-taiwan-questions-et-27625 (intéressante remarque sur la chute "non newtonienne" de Thierry Imbot) 

 

Note globale :

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