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Les Valeureuses: Cinq Tunisiennes dans l'Histoire

Les Valeureuses: Cinq Tunisiennes dans l'Histoire
Elysad 226 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "Qui fait l'éloge de la mariée? Sa tante ou sa mère (proverbe tunisien)"

L'auteure de cet ouvrage est Sophie Bessis, née en 1947 à Tunis, sa mère Juliette Bessis est décédée à la mi-mars 2017, cette dernière était née Saada à Gabès en 1925 et vivait à Paris. Le père de Sophie Bessis se nommait Aldo ; décédé en 1969, il fut un responsable communiste et militant syndicaliste de l’UGTT aux côtés de Hassen Saadaoui. Le grand-père de Sophie était le bâtonnier Albert Bessis qui fut ministre au second gouvernement Ben Ammar en 1955-1956, puis député tunisien à l’Assemblée constituante (de 1956 à 1959) et à l’Assemblée  nationale (de 1959 à 1969).

 

Sophie Bessis vient donc de sortir Les Valeureuses : cinq Tunisiennes dans l'histoire, chez une maison d'édition de Tunis nommé Elyzad, La diffusion de cet ouvrage en France est faite par CEDIF/Pollen. L'auteure a choisi d'évoquer cinq femmes qui ont joué un rôle important dans l'histoire du pays qui allait devenir ou était déjà la Tunisie. Le choix a éliminé celles qui n'avaient pas eu une vie presque uniquement centrée sur l'espace géographique en question. Ainsi la Kahéna, pourtant morte à Kairouan, a été écartée car son épopée à la fin du VIIe siècle appartient autant à l'Algérie qu'à la Tunisie. Nous rajouterons que les livres en français qui évoquent cette question de la résistance berbère face à la poussée des Arabes sont en nombre non négligeable ; il est donc aisé de connaître la vie de la Kahéna.

 

L'auteure nous signale qu'elle aurait pu inclure dans cet ouvrage d'autres figures et en particulier celles de Radhia Haddad pour la période de la fin du protectorat (présidente de l'Union nationale des femmes tunisiennes de 1958 à 1972) et par ailleurs grand-mère de Youssef Chahed chef du gouvernement tunisien depuis l'été 2016. Il aurait pu être aussi question de Wassila Bourguiba, première dame de Tunisie de 1961 à 1986 ainsi que de Lella Kmar, propriétaire du Palais Essaâda à La Marsa, cete circassienne d'origine s’est mariée successivement avec trois Beys régnants (Sadok, son frère Ali et Naceur).

 

Les choix de Sophie Bessis permettent d'approcher l'histoire de la Tunisie à quatre périodes différentes. L'Antiquité a sa place grâce à la mythique, sinon historique, fondatrice de Carthage. Cette dernière est connue par les Tunisiens sous le nom d'Elissa et par les Européens sous le nom de Didon. C'est la fondatrice de Carthage.

 

Aïcha Sayida Manoubia a laissé son nom à un quartier de Tunis où se trouve la zaouia à son nom. Cette appellation désigne un endroit où se trouve généralement la tombe d'un saint ; le lieu devenant centre de pèlerinage, il lui est souvent adjoint une école coranique et une mosquée. Les mouvements salafistes, qui ont une lecture littérale des textes fondateurs de l'islam à savoir le Coran et la Sunna, rejettent ce culte des saints ; aussi en 2012 un incendie criminel, dont ils sont à l'origine, a ravagé cette zaouia Manoubia. Malheureusement une cinquantaine d'autres mausolées de ce type ont subi des tentatives de destruction de ce type.

 

On passe à une troisième époque, celle du XVIIe siècle, connue pour voir apparaître, dans le cadre d'une tutelle ottomane, progressivement le pouvoir des beys. Aziza Othmâna, née vers 1606 aurait pour grand-père Othmân Dey, serait de père turc et de mère indigène, aurait épousé Mûrad Bey puis Hamûda Bâcha Bey et serait la mère d'Ahmed Dey.

 

Elle reste dans les mémoires par l'importance de ses œuvres de charité, d'ailleurs l'hôpital de Tunis porte aujourd'hui son nom. Sa nécropoàle est située dans l'impasse Halqat-al-Naâl de la médina de Tunis, près de la zaouia de Sidi Ben Arous.

 

Ses biens biens fonciers étaient fort nombreux et ils furent constitués en habous (biens dont les revenus reviennent à des œuvres religieuses) à sa mort. « Ces immenses propriétés provenaient pour la plupart de razzias opérées par les armées d'Othmân Dey au début du XVIIe siècle contre les tribus rebelles aux nouveaux maîtres ottomans » (page 123). Aziza Othmâna est un personnage qui fait consesnsus aujourd'hui car peuvent s'en réclamer les féministes, les conservateurs sociaux et les religieux.

 

Les deux dernières personnalités présentées ont été actives dans l'Entre-deux-guerres. Ce sont la féministe Habiba Menchari et la chanteuse Habiba Msika. Cette dernière, d'origine juive, est née à Tunis soit en 1899 soit en 1900 dans le quartier israélite de la Hara. Sa famille est ancrée dans le groupe des Tuensa, celui des juifs qui se sont installés dans le pays entre l'Antiquité et la fin du XVe siècle. Son père, sa tante Leyla Sfez (fort connue alors) et son oncle sont musiciens ou chanteurs. Elle est scolarisée à l'école française de Bab Souika. Mariée vers seize ans à un cousin qui part se battre sur le front français durant la Première Guerre mondiale, elle divorce vers l'âge de vingt ans.

 

Le frère aîné d'Habib Bourguiba joue pour elle le rôle d'imprésario dans le domaine théâtral. N'hésitant pas à interpréter des chansons grivoises et collectionnant ouvertement les amants, elle est détestée par les religieux de tous bords. Elle fait une tournée en Algérie, une en Europe en 1923 et quatre ans plus tard dans les autres pays du Maghreb que le sien en 1927. Elle devient d'autre part vedette de cinéma en Égypte. Elle meurt victime en 1930 d'un prétendant éconduit (un juif qui s'est ruiné pour elle) ; ce dernier Eliahou Mimouni apprenant qu'elle doit épouser prochainement Raoul Merle (un Français catholique) l'asperge d'essence et la brûle vive. (Voir à son propos https://www.youtube.com/watch?v=ZrHc_c9sbfc)

Cette photographie n'est pas reproduite dans l'ouvrage

Habiba Menchari, née Habiba Ben Jelleb, est une féministe socialiste née vers 1907 dont le père meurt lors d'un pélerinage à La Mecque. Un de ses grands-pères était le sultan de Toughourt ou Touggourt (au sud de Constantine et à la hauteur de Zarzis) ; lorsque les Français le dépouillent de sa principauté au milieu du XIXe siècle il fuit en Tunisie.

 

Scolarisée à l'école française, elle obtient son brevet élémentaire au lycée Armand Fallières et obtient vers 1922 un emploi au greffe du tribunal de Tunis qu'elle occupe jusqu'à son mariage en 1925 avec un juriste qui avait fait la Première Guerre mondiale sur le sol métropolitain.

 

Son mari l'encourage à défendre ses idées féministes et la première de celles-ci est le refus du voile. Dans l'Entre-deux-guerres, Habib Bourguiba, pensant utile de s'appuyer sur les milieux religieux pour réclamer l'indépendance, fait partie de ceux qui pensent que ce dernier est un marqueur identitaire et ne songe à sa disparition qu'une fois l'indépendance retrouvée depuis quelques années. Sophie Bessis offre la reproduction de l'article très complet du journal Tunis socialiste qui rappporte la conférence tenue en janvier 1929 par Habiba Menchari autour de la question du voile. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Habiba Menchari n'intervient plus plus sur la scène publique ; dans le privé elle se montre inquiète face à une Tunisie qui ne se conçoit plus qu'arabo-musulmane. Elle décède en 1961.

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

Note globale :

Par - 591 avis déposés - lecteur régulier

220 critiques
11/05/17
L'Opéra Royal de Wallonie propose "Didon et Enée", une oeuvre d'Henry Purcell
http://www.lalibre.be/culture/scenes/opera-faut-il-detruire-carthage-59133667cd702b5fbe7d6b33
285 critiques
27/07/17
En Tunisie, un violeur ne pourra plus épouser sa victime pour éviter les poursuites
http://madame.lefigaro.fr/societe/tunisie-vote-une-loi-contre-les-violences-faites-aux-femmes-270717-133423
321 critiques
15/09/17
591 critiques
17/10/17
La Belle et la Meute, en salles mercredi 18 octobre, raconte l'histoire, inspirée de faits réels, d'une étudiante tunisienne qui se bat pour obtenir justice après avoir été violée par des policiers.
http://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/la-belle-et-la-meute-quand-le-cinema-tunisien-accompagne-les-mutations-d-un-pays_2422699.html#xtor=AL-67-[article]
443 critiques
03/01/18
Revue “Patrimoine et Créativité” : La Tunisie de l’époque romaine, chrétienne, médiévale et beylicale
https://www.webmanagercenter.com/2018/01/02/414410/revue-patrimoine-et-creativite-la-tunisie-de-lepoque-romaine-chretienne-medievale-et-beylicale/
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