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Une juste laïcité: Ce que l’Église dit de la laïcité

Une juste laïcité: Ce que l’Église dit de la laïcité
Baleine 286 pages
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Avis de Benjamin : "L’Église catholique est passée, en matière de laïcité, d’une position de contre à tout contre"

L’ouvrage débute par une introduction. Dans celle-ci, l’auteur explique que son objectif est ici de montrer l’évolution de l’Église, qui est passée d’une franche hostilité à la loi de Séparation de 1905 à une acceptation de principe mais aussi de dire la conception qu’elle a de la laïcité, donc de parler des réserves qu’elle porte du fait de divergences fondamentales entre certains points de son propre discours et celui des lois françaises de laïcité.

 

D’autre part selon Henri Bouillon, et nous en laissons l’entière responsabilité du propos, la laïcité française serait passée en un siècle d’une laïcité de combat à une laïcité de concorde. Ceci n’est évidemment approprié, que si on parle de la relation des catholiques avec la laïcité et parce que, sur bien des points relevant des lois laïques de la Belle Époque, le combat finit faute de combattants du côté des fidèles du pape.

 

Notre auteur rappelle les étapes de la laïcisation que furent les lois Ferry et lois Gobet qui touchèrent l’enseignement. À juste titre, il évoque des laïcisations sociétales, donnant notamment comme exemple l’autorisation de divorcer, la suppression des carrés confessionnels dans les cimetières, la loi sur les pompes funèbres.

 

D’après Henri Bouillon, « la philosophie de la loi [de 1905] reposait sur quatre piliers : le libéralisme, la séparation, l’étatisme et l’universalisme. L’idée maîtresse du texte était en effet de remettre en cause la place de l’Église (séparation), dans l’idée qu’il revenait à l’État (étatisme) de garantir la liberté de l’individu (libéralisme), en l’affranchissant de ses appartenances et du poids de son héritage religieux (universalisme) » (page 12).


Pour Pie X, il doit régner « une harmonieuse concorde entre la société religieuse de la société civile, pour ne pas contraindre l’individu à écarteler sa conscience entre sa vie publique et sa vie privée et pour que l’État n’oublie pas son rôle dans le salut des âmes » (page 16). Le pape rejeta donc en bloc la loi de Séparation dont le statut d’associations cultuelles. Les lieux de culte catholique se trouvaient en conséquence sans propriétaire, aussi Aristide Briand fit voter un texte attribuant les cathédrales à l’État et les églises paroissiales aux communes, leur jouissance revenant aux prêtres et aux fidèles.

 

Pie XI et le gouvernement négocièrent en 1924 la création des associations diocésaines pour résoudre finalement cette question et avec le maintien du Concordat en Alsace-Moselle (après l’échec de Cartel d’y mettre fin), les relations entre la République française et l’Église catholique rentrèrent dans une dimension apaisée. Restait la question de l’enseignement catholique et sa place fut redéfinie par la loi Debré en 1959. L’Église catholique, officiellement depuis 1945, professa accepter la laïcité française. Dans la lecture qu’elle en fait, elle retient ce qui lui paraît juste dans celle-ci et émet de fermes réserves sur certaines conséquences de celle-ci.

 

L’essentiel du contenu est réparti en deux parties. La première se nomme "L’autonomie du politique". Les chapitres qui la composent sont "La légitime autonomie de l’État" et "Une autonomie étatique bornée par la loi naturelle". À la page 33, l’auteur nous dit que les pouvoirs publics « ne doivent s’attacher à aucun dogme religieux ou antireligieux, dans la mesure où un une telle doctrine risquerait de les distraire de leur éminente fonction sociale ou de biaiser leur appréciation du Bien commun ».

 

Si l’Église accepte la gestion du temporel par l’État, elle se garde un droit de regard en matière de moralité de l’action publique. Le gallicanisme politique est à distinguer du gallicanisme spirituel d’esprit conciliaire, le pape n’ayant pas à définir seul le dogme. Amorcé sous Philippe le Bel, le gallicanisme politique fut consolidé par le Concordat de Bologne de 1516. Les idées de cette doctrine est que l’Église catholique en France a une organisation autonome par rapport à Rome, sans visée schismatique et sans rupture avec le pape. Ainsi le clergé français joue un rôle important dans le royaume de France, sans être tributaire de toute décision papale. La catholicité du roi était affirmé notamment par le qualificatif de monarchie de droit divin.

 

Avec la Révolution, ce n’est plus Dieu qui est à l’origine du pouvoir mais la Nation. Le peuple souverain établit les lois que l’État fait appliquer. Le Concordat, signé à l’initiative de Napoléon Bonaparte n’a pas pour but, comme celui de Bologne, de répartir des pouvoirs entre deux autorités de qualité divine. Le premier consul entend encadrer la pratique religieuse dans un objectif d’ordre public pour consolider son régime. Le statut officiel des religions, leur financement et certaines formes de leur surveillance disparaissent en 1905. « L’État affirme non seulement son autonomie vis-à-vis des cultes, mais encore sa primauté » (page 58). Avec les lois de laïcité, l’État s’affranchit de toute influence religieuse qui réduirait sa souveraineté.

 

Depuis Vatican II, l’Église ne se dit plus comme une société parfaite porteuse des valeurs chrétiennes devant régir les structures sociales du pays. Elle se réclame depuis de la liberté civile de religion afin de permettre à ses fidèles de vivre selon les préceptes de la foi chrétienne. Pie XII parle déjà d’une légitime et saine laïcité de l’État et Jean-Paul II sera un pape qui y reviendra souvent. Les pouvoirs de l’Église et de l’État doivent être distincts, ce qui gomme toute interférence de l’un sur l’autre. Par contre la hiérarchie catholique refuse des mesures contraires à ses positions dogmatiques. Elle les perçoit comme une hostilité vis-à-vis de ses fidèles et demande au contraire de pouvoir enrichir, par sa vision, les décisions sociopolitiques à venir. Un refus de tenir compte de l’avis de l’Église est perçu, par celle-ci, comme une démarche non laïque mais laïciste.

 

La déclaration des évêques et des cardinaux français du 13 novembre 1945 fait date. Dans celle-ci, le laïcisme est perçu comme « une doctrine philosophique qui contient toute une conception matérialiste et athée de la vie humaine et de la société ». Ce texte poursuit en affirmant que la négation de l’influence bienfaisante de la religion amène l’État à devenir totalitaire et persécuteur. Ceci est perçu comme le refus d’une relation saine entre le spirituel et le temporel.

 

Pour ces évêques et cardinaux, la religion ne peut être cantonnée à la seule dimension privée. C’est pourquoi ils déclarent alors : « Nous ne pouvons pas nous résigner à une totale privatisation de notre foi, comme si l’expérience chrétienne devait rester enfouie dans le secret des coeurs, sans prise sur le réel du monde et de la société ». Plus récemment le pape François Ier en 2024 rejetait, comme hérétique, l’idée que les croyants puissent être amenés à dissocier leur vie privée et leur vie publique.

 

Selon Henri Bouillon « le droit français de la laïcité repose sur des principes comparables au juste équilibre que prône l’Église dans ses relations avec l’État : il s’écarte aussi bien du cléricalisme (en refusant toute ingérence du spirituel dans le temporel), du césarisme (en rejetant toute instrumentalisation des cultes par le politique) que du laïcisme (en n’adhérant ni à une hostilité anticléricale de principe ni à la privatisation intégrale de la religion » (page 81). Dans ses prise de position, l’Église ne manque pas de mettre en exergue que celles-ci ne sont pas essentiellement confessionnelles mais ont pour souci le bien de l’homme et de la société. En 1965, Paul VI avait d’ailleurs proclamé l’ Église comme "un expert en humanité".

 

L’État ne distingue le bien du mal, mais porte l’idée du juste. Or « l’Église considère que toute idée de la justice est solidaire d’une représentation du bien et du bon, dont elle ne peut être dissociée » (page 104). L’État privilégie certaines valeurs et en réfute d’autres. La reconnaissance du mariage homosexuel écartait toute qualification morale d’un mode de vie mais évoquait une justice de permettre à toute personne de choisir officiellement quelqu’un avec qui partager sa vie.

 

Or pour la hiérarchie catholique, cette mesure relève d’un choix moral. Rome voit dans la démocratisation (qu’elle respecte de nos jours dans ses principes) un danger d’aller vers une idéologie radicale, affranchissant la volonté populaire de toutes limites. Récemment le pape Léon XIV déclarait en avril 2026 que « la démocratie ne demeure saine que si elle enracinée dans la loi morale et dans une juste vision de la personne humaine ». Pour Benoît XVI, une juste laïcité de l’État s’appuie sur des références éthiques trouvant leurs sources dans la religion. D’autre part Jean-Paul II invitait à s’opposer ainsi aux lois autorisant l’euthanasie (appelé en fait "aide à mourir") et à l’avortement. Ajoutons personnellement que Pie XII refusa de soutenir publiquement Mgr von Galen, évêque de Munster et Mgr Hilfrich, évêque de Limburg, qui condamnaient l’euthanasie pratiquée par le régime nazi et que les trois discours d’opposition à l’euthanasie de ce même pape datent de 1957 et de 1958.

 

L’Église parle de loi naturelle. Selon un texte produit en 2019 par la Commission théologique internationale, la doctrine de la loi naturelle « affirme en substance ce que les personnes et les substances fondamentales d’un agir moral conforme à la nature même du sujet humain et de leur exprimer de façon normative sous forme de préceptes et commandements. Ces préceptes fondamentaux, objectifs et universels, ont vocation à fonder et à inspirer l’ensemble des déterminations morales, juridiques et politiques qui régissent la vie des hommes et des sociétés ». La loi naturelle, à vision universaliste, ne donne pas la solution à un problème mais fourbit des clés pour le résoudre. Pour l’Église, un régime politique est bon et légitime s’il se conforme à la loi naturelle et par là poursuit l’accomplissement du Bien commun.

 

La seconde partie de cet ouvrage s’intitule "L’impartialité du politique et la liberté de religion". On trouve là les chapitres suivants: "L’impartialité religieuse de l’État, légitime garantie de la liberté religieuse" et "Une impartialité étatique et une liberté religieuse devant exclure tout relativisme". Dans cette deuxième partie, le premier chapitre s’étale de la page 143 à la page 202. Henri Bouillon développe les points suivants : La laïcité, garante de la liberté religieuse, La reconnaissance catholique de la liberté religieuse, et L’impartialité religieuse de l’État, composante d’une juste laïcité. La foi chrétienne est porteuse de cette loi naturelle évoquée dans la partie précédente. L’Église « juge en particulier que la liberté religieuse ne consiste pas à accorder toute licence à l’individu et qu’elle s’exerce dans un cadre communautaire. De même, son impartialité religieuse ne doit pas conduire l’État laïc au relativisme, c’est-à-dire au traitement indifférencié de toute opinion. Aussi l’Église cherche-t-elle à éviter les excès qui peuvent, selon elle, grever le droit français de la laïcité, en montrant les bornes que les exigences de vérité et de la loi naturelle imposent à l’impartialité des pouvoirs publics et à la liberté religieuse des personnes » (page 147).

 

Ce chapitre se conclut ainsi : « tandis que l’Église renonçait à demander l’instauration d’un État catholique et ne revendiquait plus que le bénéfice de la liberté religieuse reconnue par le droit national, l’État veillait quant à lui à respecter soigneusement sa neutralité religieuse, en abandonnant toute lutte ouverte contre les Églises et en avouant l’inconséquence de toute doctrine anticléricale de l’État » (page 202).

 

Aussi étonnant soit-il, la seconde partie de ce deuxième chapitre est composée de deux points portant le même titre, à savoir "Une juste liberté religieuse excluant le relativisme". Le premier développement se décline par : Le soubassement idéologique de la liberté religieuse en droit français, La dignité de la personne humaine, fondement de sa liberté religieuse, La loi naturelle, mode d’emploi de la liberté religieuse, L’obligation de chercher la vérité.

 

Le deuxième développement est composé de : Pluralité de religions et vérité du catholicisme, Impartialité religieuse de l’État et lien spirituel de l’homme. Notre auteur écrit là que : « pour l’Église, l’un des besoins les plus fondamentaux, qui répond le plus sûrement à sa finalité suprême, est de nourrir et de fortifier sa relation avec Dieu, son créateur » (page 217). Ainsi la liberté religieuse répond au désir de recherche d’un besoin de spiritualité. L’homme des devoirs envers Dieu et vis-à-vis de la société, ceci en lien avec la la loi naturelle.

 

Pour l’Église « la liberté humaine doit toujours se déterminer au regard du lien objectif, qui lui assigne sa finalité, et de la loi naturelle, qui lui assigne le bien et le comportement à adopter pour le réaliser. Elle n’est pas abandonné e au bon vouloir individuel » (page 229). Henri Bouillon termine cette deuxième partie du deuxième chapitre en disant que pour l’Église la liberté religieuse ne doit pas amener à un relativisme qui empêche d’accéder à la vérité chrétienne. « Sous couvert d’impartialité religieuse, l’État ne peut se rallier à un relativisme indifférent à la vérité, et moins encore à un athéisme déclaré, qui nierait l’importance de la transcendance pour perfectionner l’homme et la société » (page 258).

 

Dans la conclusion de l’ouvrage, l’auteur avance que : « en rappelant les exigences fondamentales de la loi naturelle et du bien spirituel de la personne, l’Église entend ainsi encadrer l’activité politique et l’expression de la volonté populaire, non pour domestiquer l’État, brimer la démocratisation ou conserver une emprise sociale, mais pour préserver à la fois la vérité – critère indépassable de la correcte réalisation du Bien commun – et les droits des croyants, qui seraient mis dans une posture délicate si les cas où ils devaient choisir entre les lois de Dieu et celles de Marianne devaient à se multiplier » (page 280).

 

Pour l’Église, une juste laïcité, qu’elle qualifie d’ouverte ou de positive, est une laïcité marquée par une collaboration entre elle-même et l’État. Elle accepte la séparation du temporel et du spirituel car l’Église et l’État n’ont pas les mêmes objectifs. Cependant en demandant une action de concert entre ces deux derniers, elle limite le degré de séparation entre eux. Dans certains cas, selon nous, elle entend bénéficier même d’un régime spécial, c’est notamment le cas pour ce qui touche le secret de la confession ou des cotisations sociales du clergé.

 

La particularité de cet ouvrage est qu’il permet de rentrer aisément et précisément dans la logique de l’Église en matière de liberté religieuse et de laïcité. Que l’on approuve ou combatte les positions de celle-ci, il y a là une mine d’informations pour nourrir un discours sur la question.

coup de coeur !

Pour connaisseurs Aucune illustration

Benjamin

Note globale :

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