Ecrire un avis

Royauté sociale du Christ et laïcité

Royauté sociale du Christ et laïcité
Saint-Léger120 pages
1 critique de lecteur

Avis de Benjamin : "Qui dira le bonheur de l’humanité si tous, individus, États, se laissaient gouverner par le Christ (Pie XI)"

L’ouvrage est sous-titré "Relire Quas primas cent ans après". Quas primas est une encyclique parue le 11 décembre 1925, elle a pour conséquence d’instituer la fête du Christ-Roi en octobre (dans les années soixante, elle glisse en novembre).  Pie XI, pape de 1922 à 1939, suite à la Première Guerre mondiale et la Révolution bolchévique, entend ici la paix du Christ portée par l’idée que Jésus n'est pas seulement Roi dans un sens figuratif, mais aussi dans un sens humain effectif. Le Christ serait à la fois rédempteur et législateur.  Ce texte a été bâti dans l’idée de mener un combat contre l’athéisme, le laïcisme, le naturalisme, le relativisme et une religiosité sans consistance.

L’introduction a l’avantage d’annoncer clairement le contenu de l’ouvrage : « Dans les chapitres qui suivent, après un rapide aperçu des enseignements de l’Écriture sainte et du magistère de l’Église catholique sur la royauté du Christ, nous présentons en détail le contenu doctrinal de Quas primas, en nous attardant sur le contexte de sa genèse. Nous analyserons ensuite, d’une part, l’évolution de la conception ecclésiale de la royauté du Christ vers une perspective eschatologique à la suite du concile de Vatican II ; d’autre part, l’évolution des sociétés occidentales qui, malgré les traumatismes de la deuxième guerre mondiale, n’ont pas prêté attention aux avertissements et recommandations formulées par l’Église, notamment dans Quas primas. Enfin, nous proposerons quelques pistes de réflexion sur la pertinence contemporaine du message doctrinal de Quas primas, au regard des transformations sociétales et géopolitiques intervenues à partir des transformations sociétales et géopolitiques intervenues à partir de la deuxième moitié du XXe siècle » (page 14).

Selon les écrits de référence donnés par Philippe Pellet « la royauté du Christ n’est pas limité au Ciel, elle est universelle et s’applique au monde terrestre et à toutes les nations. C’est ce qu’enseignent l’Écriture sainte et le magistère de l’Église catholique » (page 15). Notre auteur pointe que Quas primas  est le premier document pontifical employant le mot "laïcisme", on trouve ce mot dans la phrase suivante : « La peste de notre époque, c’est le laïcisme, ainsi qu’on l’appelle, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles » (page 25). C’est le cardinal Pie, évêque de Poitiers qui a fourni à Pie XI l’essentiel de la réflexion contenu dans l’encyclique nous intéressant.  Les écrits en question du cardinal Pie date du Second Empire, ce dernier se prononça toute sa vie pour le légitimisme.

Le discours du pape a un ton décliniste tant dans le domaine sociétal que économique, éducatif (dénonciation de la prospérité de l’école laïque porteuse d’attaques contre la religion) et familial. Les causes des malheurs du monde sont l’absence de Dieu dans l’esprit des individus et de la société. « Il expose le remède : la paix du Christ doit pénétrer les cœurs de tous, des particuliers comme leurs gouvernants, et les préceptes du Christ doivent être suivis dans la vie privée comme dans la vie publique » (page 29). Un des appuis à la proclamation de la royauté universelle du Christ est trouvé dans le fait que le roi Charles VII, à la demande expresse de Jeanne d’Arc, fit le don de son royaume à Dieu le 26 février 1429.  De plus, il est ajouté que c‘est le sacre à Reims de ce dernier qui le fait passer officiellement de dauphin à roi. « Le Christ est le seul vrai roi du Sant-Royaume, qu’il confie en commende au roi de France, qui par son sacre devient lieutenant du Roi des cieux qui est roi de France » (page 36). On trouve dans la Bible des fondements politiques à la royauté du Christ en se référant à la loi, la tradition, le charisme, l’approbation du peuple, la force à endurer les souffrances.

 Philippe Pellet informe que le chrétien orthodoxe Charles Malik fut le rapporteur du texte de la Déclaration des droits de l’Homme. Ce dernier aurait souhaité une référence à Dieu ou au minimum à une certaine transcendance, le passage cité par Philippe Pellet ne porte toutefois aucune allusion spirituelle. La construction européenne se fit sous un angle laïque malgré certaines tentatives de mentionner un commun héritage de civilisation chrétienne dans certains textes. Quelque soit son opinion en la matière, sont fort intéressantes les pages consacrées  aux combats pour mettre une référence à Dieu ou ne pas mettre une mention en faveur de la laïcité dans les constitutions de la IVe et Ve République. On voit que les évêques français sont globalement en retrait dans ces initiatives, celles-ci étant portées par des associations et par Pierre Lemaire  (né en 1903 dans les Ardennes) connu notamment pour avoir fait en son temps de Pierre Téqui un acteur majeur de l’édition catholique ainsi que par le député lyonnais Jarrosson alors membre du Centre national des indépendants.

Par une déclaration commune du 13 novembre 1945, les évêques donnent leur sentiment au sujet de la laïcité. Pour eux « les formes acceptables sont : l’autonomie souveraines de l’État dans l’ordre temporel et la garantie par l’État de la liberté religieuse dans une société aux croyances diverses. En revanche l’Église condamne toute laïcité reposant sur une vision matérialiste et athée de la vie et de la société et toute prétention de l’État à ne reconnaître aucune autorité morale supérieure »  (page 72).  

Avec Vatican II, l’Église abandonne  toute fusion avec la communauté politique, l’ordre public n’a plus à se baser sur les enseignements de l’Église. Les États ne sont plus responsables de porter les valeurs chrétiennes mais doivent assurer la liberté religieuse. Les gouvernants n’ont plus pour mission d’imposer un ordre moral chrétien mais de conduire leur peuple vers la justice, la paix et le bien commun, selon le pape François.

La déchristianisation des pays occidentaux a permis l’émergence de nouvelles libertés basées sur des désirs individuels. Les États ont alors légitimé des réformes sociétales en opposition totale avec les enseignements de l’Église comme le droit d’avorter, le mariage entre personne du même sexe, la reconnaissance du suicide assisté… Ceci reflétant un relativisme éthique ambiant.

Par ailleurs, à partir du concile Vatican II, les laïcs deviennent le fer de lance de la propagation de la foi or « ils sont devenus inaudibles dans la société moderne progressiste » (page 96). Philippe Pellet affirme que les premiers empereurs chrétiens furent soumis, en matière morale et spirituelle, à l’autorité du papet et de l’Église (page 99), cela fera sursauter bien des historiens de l’Antiquité tardive. Par contre en effet un dualisme s’instaure progressivement entre temporel et spirituel.  

Notre auteur que : « non seulement l’État laïque a-t-il relégué la religion à la sphère privée – se débarrassant ainsi d’un contre-pouvoir encombrant – mais il a de plus rejeté toute transcendance, tout en s’octroyant les pleins pouvoirs pour définir la morale. Cette situation de toute-puissance de l’État est de nature à conduire aux pires excès » (page 100).Pour Philippe Pellet, les démocraties occidentales (les États officiellement laïques et les autres) sont aujourd’hui minées par « un État omnipotent et antichrétien, au demeurant incapable de maintenir l’ordre, la justice et la paix, et par ailleurs propageant la "culture de mort" qui menace l’existence même de la civilisation occidentale » (page 105).

Le dernier empereur d’Autriche, à savoir  Charles Ier est donné, avec son épouse, comme modèles de soumission à l’autorité royale du Christ. On ne peut pas dire, selon nous, qu’ils en furent divinement récompensés, bien au contraire. Philippe Pellet invite les chrétiens d’aujourd’hui à résister à la toute-puissance de l’État et il cite notamment quelques phrases du théologien catholique William Cavanaugh  ( directeur du Centre d’études du catholicisme mondial et de théologie interculturelle de l’université DePaul à Chicago ) qui fait un parallèle entre ce qui devrait être l’attitude des chrétiens refusant la dichotomie entre sphère privée et sphère publique et les actions des premiers chrétiens contre l’Empire romain. Le salut des hommes réside de nos jours dans l’action pour promouvoir la Royauté du Christ sur terre, soit une société baignant dans l’esprit du Christ. La lecture de cet ouvrage pourra non seulement consolider l’opinion de certains catholiques activistes mais fournit des développements permettant à tous (croyants et mécréants) d’approcher ce que l’Église combat dans ce qu’elle appelle le laïcisme.

Pour connaisseurs Aucune illustration

Benjamin

Note globale :

Par - 628 avis déposés - lecteur régulier

Connectez-vous pour laisser un commentaire
Vous aussi, participez en commentant vos lectures historiques facilement et gratuitement !

Livres liés

> Suggestions de lectures sur le même thème :
> Autres ouvrages dans la même catégorie :