Grégoire de Tours.fr, quelques chiffres

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Merci à tous 🙂

[tribune libre] Roman historique : le vrai défi pour les auteurs

[Cet article est une tribune libre écrite par Nabil Benali, auteur de « L’espion d’Alger »]

Critiques et historiens ont bien souvent prévenu les auteurs et les lecteurs contre les anachronismes littéraires que peut contenir le récit, notamment dans le roman historique ou dans le roman de science-fiction. Bon nombre d’interventions de bonne facture le font en insistant sur pas mal d’aspects importants. Dans le cas de la fiction romanesque historique, souvent sont décelés des détails qui heurtent les connaisseurs ou juste le lecteur averti, tels un détail impossible de la vie quotidienne à une époque donnée, des événements dont la vraie date a été changée, des personnages historiques qui ne pouvaient exister  alors, et j’en passe. Cependant, il me semble qu’il existe un sujet de préoccupation qui reste très peu abordé s’agissant du roman historique, où il semble que l’imaginaire jouit peut-être, je dis bien peut-être, d’un peu trop de liberté.

 Des anachronismes courants

Je m’explique. Hugo, Balzac, Scribe ou Dumas père, l’un des fondateurs sinon le fondateur du roman historique moderne, tous ont fini par être « épinglés » par le double travail des critiques et des historiens. On a fini par déceler, à un chapitre ou à un autre de leur œuvre formidable, un anachronisme, une fausse date, le décès d’un roi qui eut lieu quelques mois auparavant, une forme que ne prit la guerre que bien plus tard, un art pas aussi développé alors, etc. Rien d’étonnant en soit, la frontière entre l’imaginaire pure et le vraisemblable étant si fine, que les besoins du récit arrivent souvent, et malgré l’auteur parfois, à faire plier la supposée réalité historique de l’époque abordée. Pourtant, il n’existe pas d’auteur sérieux qui n’ait préalablement pris la précaution d’un rigoureux et patient travail documentaire, peut-être pas de nature à être salué par les historiens qui, eux, ne croient qu’à la stricte méthodologie, mais qui devrait lui assurer pas mal de certitudes. Pas mal, mais jamais assez ! Car les livres d’histoire et les historiens non plus ne savent pas tout sur tout. Ils ne sauraient nous rapporter le moindre détail constituant tous les instants de la vie de tous les jours, en toute époque. Les connaissances historiques ne s’élargissent que pour ouvrir de nouveaux univers à l’inconnu, les sources se raréfient à mesure qu’on plonge dans le passé, les écoles et les opinions divergent à chaque découverte ; chaque nouveau débat d’historiens dont on attend des éclairages est pris dans le piège des enjeux épistémologiques, académiques, politiques, économiques, socioculturels… auquel aucun n’auteur ne peut complètement se soustraire. Et cela, n’est-ce pas, pour la bonne et simple raison que personne n’écrit pour lui-même !

 Critiques et historiens d’abord

Dans une réflexion qui délimite parfaitement le roman historique, l’historienne québécoise Micheline Dumont voit, dans une contribution écrite en 2011, que ce dernier constitue « une voie d’accès à la réalité historique plus aimable que l’austérité de quelques monographies scientifiques, farcies de références ». Mais, constate encore Mme Dumont, que ces romans « constituent sans doute aussi un piège qui dénature cette même réalité historique ». Sont mis en cause les renseignements inexacts, les concepts inexistants, les événements ayant eu lieu avant ou après ou géographiquement loin du récit en question. Michelle Dumont dira aussi : «il est certain que le roman historique est beaucoup plus populaire que le livre d’histoire et que son accès est plus facile. Peut-il mener à une meilleure connaissance de l’histoire? Je n’en suis pas sûre ». Mais plus important que de prévenir sur les erreurs que font, volontairement ou non les auteurs des romans historiques, Mme Dumont doute que leur travail puisse vraiment « stimuler la lecture de véritables livres d’histoire » et, conclut son intervention par une sentence sévère à l’adresse des romanciers qui semblent « manquer d’imagination » et qui puisent à leur gré dans l’histoire qui, elle, « n’est pas une appellation contrôlée ».

L’argument est ainsi fourni sur le distinguo à faire, (à jamais ?) entre un livre d’histoire et un roman historique, mais qu’en est-il d’une délimitation à faire au sein d’un roman historique en lui-même, entre la part de l’histoire et celle de la fiction, entre s’autorise-t-on à dire la raison et le cœur ? Déjà en 1832, Guillaume Froehner, dans une critique de Salammbô de Gustave Flaubert, rappelait cette dualité pour toute approche d’un texte littéraire : « la critique impartiale ne saurait être un monologue ; c’est une conversation entre l’esprit (…) et cette autre puissance qu’on appelle le cœur ». Puis, tout en se joignant aux constats d’échec de Gustave Flaubert  à livrer une restitution parfaite de l’antiquité, il relève que « le romancier a son terrain à lui ; il brille où le savant s’éclipse ; son apanage est le jeu mobile de la vie contemporaine. L’histoire des temps reculés est pour lui comme une muraille où la science ne lui permet pas de charbonner ses figures ». En effet, l’esprit est de peu de secours pour mettre en relief l’exactitude psychologique des personnages qu’un auteur se doit de maîtriser. La part du cœur avec ses codes et son autre univers s’en trouve plus grande et c’est le cœur qui intervient alors. Et l’imagination aussi, cela va sans dire.

 La psyché de l’homme du passé

Toutefois, cela ne résout pas tout, car il s’ouvre devant le romancier un long chemin pavé d’interrogations : la peur comme on la ressentait à cette époque ? Mais de quoi d’abord ? L’amour d’alors ? Mais comment ? La certitude de la mort ? Mais jusqu’où ? La conscience de son individualité ? Vraiment ?, etc., etc. En un mot, l’homme a-t-il toujours été l’homme tel qu’on le déchiffre avec nos outils d’aujourd’hui ?

La difficulté d’y répondre a trait à l’exercice en lui-même, à cette jonction difficile, voire impossible, entre l’exigence artistique et le choix du genre, celle qui consiste à vouloir toucher émotionnellement ses contemporains en parlant d’un passé qui n’est pas de leur vécu. Rien de moins évident, en effet, que de manier un passé qui, pour devenir captivant, doit comporter des expériences émotionnelles similaires à celles vécues dans le temps présent, tout en demeurant un passé inaltéré.

Il ne s’agit pas ici d’évoquer la relecture idéologique de l’histoire à laquelle se livre parfois et malgré lui le romancier — bien que ce type d’anachronisme mérite aussi l’examen car il pousse à beaucoup d’erreurs historiques—, mais plutôt de la difficulté à cerner la vie émotionnelle avec ses manifestations conscientes et inconscientes, j’indique la psyché de l’homme dans l’époque que l’on raconte. En parler ainsi, me semble-t-il, revient à dire qu’un tel niveau est tout simplement hors d’atteinte. Mais n’est-ce pas le cas pour la perfection dans l’art ? Pour la perfection tout court ? Ce qui, à mon sens, vaut malgré tout la peine de s’acharner à s’en approcher. L’intérêt n’est pas des moindres : c’est de là seulement que naissent les actes et les paroles, les appréhensions et les motivations, et que se dégagent (ou non) des personnages, toujours aussi fictifs certes, bien entendu vraisemblables, mais suffisamment crédibles pour que le roman puisse acquérir ce à quoi aspire toute œuvre artistique : la faculté de résister au temps.

 Nabil Benali
Auteur de “l’espion d’Alger”
 

[tribune libre] Fiction et ressources documentaires : écrire malgré les spécialistes de l’Histoire ?

[Cet article est une tribune libre écrite par Nabil Benali, auteur de « L’espion d’Alger », qui témoigne de l’absence d’un accord entre historiens sur un large pan de l’histoire algérienne.]

Je ne suis pas historien, mais auteur de fictions. Je ne prétends donc pas pouvoir  proposer un point de vue académique ou argumenter en faveur d’une thèse scientifique, mais juste tenter de partager mon expérience dans l’écriture du roman historique.

Désirant raconter une histoire d’espionnage qui se passe dans l’Alger de la Régence turque et des corsaires barbaresques, j’ai naturellement consacré plusieurs mois à un intense travail documentaire, le genre exigeant une connaissance parfaite de l’époque — et même du quotidien de l’époque. Un écrivain de romans historiques doit, ce n’est qu’une image bien sûr, être capable sur le champ de se fondre parmi les gens de l’époque dont il parle si une machine à remonter le temps pouvait l’y emmener. Dans le cas de la Régence d’Alger, notamment la fin du XVe et le début du XVIe siècle, je me suis bien vite retrouvé au milieu d’un maquis de production historique qu’il n’était absolument pas évident de débroussailler. Et pour cause !

Hôtel de la marine à Alger – Willian Wyld et Emile Lessore, 1833

Avec son passé tumultueux et ses légendes passées au patrimoine universel, Alger a toujours séduit — et ne cesse de le faire— écrivains, peintures et poètes, photographes et musiciens. Delacroix, Dinet, Fromentin ou Vernet ont fondé l’école d’Alger en peinture. Les débuts de la photographie ont coïncidé avec l’occupation française de l’Algérie et les « nouveaux territoires » ont vu défiler les grands photographes qui dominaient les différentes expositions universelles… Mais comme Tunis ou Tripoli, quoi que chacune se distingue à sa façon, cette cité qui s’est imposée dès le XVIe siècle dans l’Histoire de la Méditerranée n’a pourtant pas fait l’objet d’une écriture historique qui, à défaut d’être définitive, puisse aujourd’hui cimenter un consensus entre les historiens et les spécialistes. Si tel était le cas, on disposerait enfin d’une Histoire d’Alger qui permette à ce magnifique théâtre de tant d’événements majeurs de disposer de son propre décor et de ses personnages bien définis, et même de ses accessoires ainsi reconstitués dans le moindre détail. Écrire des histoires en se disant qu’on a reconstitué l’époque d’alors avec beaucoup de réussite deviendrait tellement plus simple. Mais c’est loin d’être le cas.

Rareté des ressources documentaires et polémiques mémorielles

Plusieurs problèmes se posent s’agissant précisément de la ressource documentaire. Primo, sa rareté. La quasi-totalité des ouvrages décrivant Alger et sa vie politique, militaire et sociale d’alors ont été le fait de quelques auteurs occidentaux ; des chroniqueurs, des diplomates, des espions aussi — dont beaucoup étaient chargés de mesurer les murailles de la ville et de compter l’armée et son artillerie. Une partie du fonds documentaire sur lequel l’on peut s’appuyer également consiste en les correspondances entre le régent d’Alger et ses homologues européens, Français surtout. En face, presque aucun texte en arabe ou en turc ne nous est parvenu et à ce jour, la référence centrale pour parler d’Alger au tout début de la Régence turque demeure la « Topographie et Histoire générale d’Alger » et « l’Histoire des rois d’Alger », écrits par l’abbé bénédictin espagnol Diego de Haedo, lui-même détenu jadis à Alger. Pour certains, et cela est écrit de la sorte dans l’encyclopédie participative Wikipédia, ces deux livres sont l’unique référence sur Alger au début du XVIe siècle. En tout cas, aucune source n’est aussi détaillée s’agissant de la description de la ville et des us et coutumes de ses habitants. Fouad Soufi, chercheur au Centre de recherches en anthropologie sociale et culturelle d’Oran, constate (dans une contribution disponible sur le site du Crasc) que « l’accès à l’information historique reste encore très difficile » et que « l’inexistence d’un service d’information sur l’histoire de l’Algérie, la mauvaise circulation de l’information historique, des ouvrages et des rares revues, l’absence de revue historique régulière ne facilitent pas la tâche (…)»

Autre constat non moins important : les ouvrages les plus en vue, devenus par la suite le matériau d’une production documentaire largement diffusée, sont ceux écrits par les esclaves chrétiens de retour chez eux et témoignant des affres de leur détention dans les bagnes d’Alger. Le plus célèbre de ces témoignages, encore publié à ce jour, reste celui d’Emmanuel d’Aranda. Sans doute propulsés par la charge émotionnelle qu’ils dégagent ou à cause d’une actualité faite de kidnappings des ressortissants occidentaux par les groupes djihadistes (pour certains, c’est l’Histoire qui se répète), ces récits divisent néanmoins les historiens, suivant la rive de la Méditerranée sur laquelle ils se trouvent. Robert C Davis, dans « Esclaves chrétiens, maîtres musulmans » (éditions Jacqueline Chambo – 2006), représente aujourd’hui le travail le plus sérieux jamais fait sur la question (10 ans de recherches). Il a surtout la particularité de ne pas considérer que l’esclavage des chrétiens par les corsaires barbaresques fût basé sur un critère racial, mais il le replace, malgré son ampleur et ses affres, dans le contexte des conflits géopolitiques et économiques d’alors.

« Esclaves chrétiens, maîtres musulmans », Robert C Davis

Robert C Davis n’est cependant pas une opinion majoritaire en Occident. Le fait que la piraterie en Méditerranée a cessé au jour de la prise d’Alger par l’armée française en 1830 reste, à ce jour, l’argument le plus fort chez beaucoup d’historiens occidentaux pour soutenir, dans une lecture plutôt manichéenne, que sans les razzias qui ont été derrière l’asservissement de plus de 1.00.000 de chrétiens 3 siècles durant, jamais il n’y aura eu d’expédition contre Alger, de même que le projet de pacification par l’occupation coloniale qui s’en était suivi.

Il arrive aussi que les lectures débordent du cadre euromaghrébin pour s’installer dans les polémiques mémorielles plus vastes. Une relecture de la course (ou de la piraterie) barbaresque est, par exemple, proposée par l’historien africaniste Bernard Lugan. Il considère, dans une réponse au dirigeant turc M. Erdogan lorsque ce dernier demandait à la France de s’excuser pour ses crimes coloniaux en Algérie, que la présence turque en Afrique du Nord a été « un génocide ». Il rappelle la longue liste des crimes des ottomans en Afrique du Nord, avant de donner son point de vue sur les razzias barbaresques : « Il s’agissait bien de piraterie et non de Course puisque les raïs, les capitaines, n’obéissaient pas aux règles strictes caractérisant cette dernière ». Et de dire que la recherche historique a « montré que son but n’était pas de s’attaquer, avec l’aval des autorités, à des navires ennemis en temps de guerre, mais que son seul objectif était le butin ».

Du côté algérien, on pense tout autre, bien entendu. On rappelle tout d’abord que c’était l’Église qui encourageait et utilisait les récits des captifs pour réunir davantage de dons et de soutiens à la rédemption de leurs coreligionnaires détenus à Alger. Des récits généralement écrits bien des années après leur retour à la maison et qui peuvent de facto manquer d’objectivité et de précision, voie d’honnêteté. On considère, de ce côté-là de la Mare Nostrum, que la question des esclaves chrétiens n’aura été, au vrai, que le prétexte du projet colonial, et on accuse même les homologues occidentaux de volontairement escamoter les courses menées par les chrétiens et qui faisaient à leur tour des détenus musulmans en Europe.

Dans ses recherches sur l’Algérie à l’époque ottomane, Lemnouar Merouche affirme, s’agissant de la course : « On sait que longtemps après sa disparition, elle a continué à imprégner les esprits des deux côtés de la Méditerranée, à travers le cliché sur «le nid de pirates» auquel répondait en écho le mythe de «l’âge d’or». Les belles pages de Braudel sur la course en Méditerranée ont rendu ce genre de procès complètement obsolète pour les historiens sauf à l’étudier en tant que composante des conflits de mémoire. »

Plus explicite, Benjamin Stora rappelle que « l’histoire de l’Algérie produite par les historiens au temps de l’apogée de la splendeur coloniale française visait à expliquer pourquoi ce pays devait rester de toute éternité dans le giron de la France. C’était là le facteur central de légitimation du récit historique. La présence française remontait ainsi à l’Empire romain. Une insistance était mise sur la latinité de l’Algérie, avec un rattachement mythologique ancestral entre ce territoire de l’Afrique du Nord et l’Europe du Sud ».

Difficultés pour la création littéraire

Pour ce qui m’occupe, soit l’écriture d’un roman historique, je pense qu’écrire sur un pan de l’Histoire qui recèle une grande charge mémorielle, polémique et politique est tout sauf une chose aisée lorsqu’on cherche à placer son récit au cœur du véritable contexte de l’époque, avec ses faits avérés et son vécu démontré par la preuve historique. La douloureuse mémoire du passé colonial de la France en Algérie et les divisions qu’elle entretient interfèrent à tous les niveaux de la production historique depuis deux siècles et jusqu’à ce jour. Pour un auteur, c’est un devoir de faire en sorte qu’elle n’aille pas non plus polluer l’imaginaire et ce monde libre qu’est la fiction, toute vraisemblable qu’elle se doit d’être.

La création littéraire n’a pas à s’embarrasser et encore moins à s’accommoder de ce que pensent les uns et les autres. Il est juste regrettable que le principe soit nettement plus facile à mettre en œuvre dans le roman moderne. Pas dans le roman historique où les murs et les témoins ne sont plus là, et où il ne reste pour reconstruire les premiers et convoquer les seconds que le précieux travail des historiens. Encore faut-il qu’eux aussi disent la même chose. S’entendront-ils un jour ? Je l’espère. Alger mérite bien cela. Elle qui fut la ville où Miguel de Cervantès a vécu, juste avant d’écrire Don Quichotte et inaugurer ainsi la merveilleuse aventure du roman…

Nabil Benali
Auteur de « L’espion d’Alger »
https://www.amazon.fr/Lespion-dAlger-nabil-benali/dp/1522081240/ref=tmm_pap_swatch_0?_encoding=UTF8&qid=1502658518&sr=8-1

Enseignements suivis par Suger à la fin du XIe siècle

Françoise Gasparri, dans Suger de Saint-Denis, détaille la formation suivie par  Suger en 1091/1092 à l’abbaye de St Denis. Le programme scolaire, comme l’on dirait aujourd’hui, comprend les enseignements dispensés à tous les futurs clercs dans cette période du moyen-âge qui précède de peu la renaissance du XIIe siècle.

L’objectif est de préparer les élèves à l’étude de la science des Ecritures, aboutissement du savoir, qui “élève l’âme au dessus des réalités terrestres”. Cette science repose sur quatre sens de lecture qui sont des niveaux d’interprétation des textes : littéral (ou historique), allégorique, tropologique (ou moral), anagogique.

Pour acquérir les bases nécessaires à la sciences des Ecritures, les élèves abordent dans l’ordre les disciplines suivantes :

1 – Disciplines de base :

  • lecture (l’enfant deviens psalteriatus)
  • chant (cantilena)
  • calcul
  • étude du latin (textes de Caton, Esope, Horace, Ovide, etc, ainsi que d’auteurs chrétiens)
  • prosodie (construction de vers et étude des types de versification)

2 – Arts libéraux :

trivium :

  • grammaire
  • rhétorique (qui débouche aussi sur le droit)
  • dialectique (étude d’Aristote, Cicéron, Porphyre et Boèce)

quadrivium :

  • arithmétique
  • géométrie
  • astronomie
  • musique ou science des intervalles et de rapports entre les tons

(d’après Françoise Gasparri, Suger de Saint-Denis, éditions Picard, 2015)

 

 

 

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Racines chrétiennes : le point de vue de Jacques Le Goff

Revendiquer les racines chrétiennes de l’Europe ou les nier ? Ce pseudo-débat, anachronique, revient régulièrement sur la scène médiatique. Alors que politiques et éditorialistes s’y écharpent, il serait bon de rappeler que le sujet relève avant tout du travail d’historien.

Jacques Le Goff, dans l’extrait ci-dessous, tiré de A la recherche du moyen-âge (2003), donne une clé de lecture.

Le passé est ce qu’il est, ni plus ni moins. Reconnaître l’influence de l’Eglise médiévale dans la société européenne ne veut pas dire vouloir la reconduire, encore moins la juger. Laissons aux historiens le travail de description de notre passé, et demandons à nos décideurs de réfléchir plutôt à l’avenir – il y a largement de quoi faire.

Extrait de A la recherche du Moyen-Âge, Jacques Le Goff
(clic pour zoomer) Jacques Le Goff à propos de l’idée d’inscrire dans la constitution européenne les racines chrétiennes de l’Europe

Exposition sur le Front populaire à Montreuil

Nous publions ci-dessous, en tant que tribune libre, le texte d’Adam Craponne


Exposition 1936 Nouvelles images, nouveaux regards sur le Front populaire

du 9 avril au 31 décembre 2016 au Musée de l’histoire vivante Parc Montreau à Montreuil

Il s’agit évidemment plus de nouvelles images que de nouveaux regards. Le  discours très pédagogique colle à la doxa du peuple de gauche sur l’événement. Certes certains angles d’attaque thématiques valorisent soit des préoccupations populaires (comme la dimension sportive) soit font des liens avec notre présent (puissance de l’extrême-droite et importance du nombre des réfugiés), mais on est loin de tout discours iconoclaste (le non-oubli des procès de Moscou ne pouvant passer que pour une reconnaissance d’un fait historique connu).

Il n’y a pas seulement la reprise d’une iconographie présente dans les manuels scolaires d’histoire, que cette production soit d’ailleurs rentrée immédiatement dans l’album (comme la photographie de la tribune officielle du 14 juillet 1936 avec un Blum poing levé et un Thorez faisant un signe de la main à la foule) ou ultérieurement (comme celle des couples en tandem de Pierre Jamet). Sont aussi présentes des photographies issues de fonds familiaux et d’archives de l’univers politique et syndical.

0 FPLes documents phares seront pour certains visiteurs la photographie de la manifestation du 14 juillet 1936 de soutien au Front populaire avec des femmes entièrement voilées levant le poing, les deux détournements pour le compte du PCF de la fameuse affiche du bolchévik au couteau entre les dents (cette dernière reprenant d’ailleurs une image produite durant la Grande Guerre où un tirailleur sénégalais est  censé pouvoir terroriser les boches), la petite collection de photographies d’enfants au poing levé.

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On est d’ailleurs à une période clé où le dessin de presse est encore très abondant pour illustrer un contexte alors que la photographie devient un support très conséquent. Parmi les caricatures de Raoul Cabrol (qui dessine entre autre pour L’Humanité) on relèvera d’un côté Pierre Laval et d’autre part Henri de Kérillis dans une adaptation de l’affiche publicitaire pour le thermogène réalisée par Leonetto Capiello en 1910; l’affiche de ce dernier est d’ailleurs actuellement visible dans l’exposition consacrée à Apollinaire au musée de l’Orangerie (jusqu’au 18 juillet 2016).

Du point de vue muséographique, on note la reconstitution d’une colonne Moriss servant à présenter des reproductions de premières pages de journaux d’époque, un cabine de bains, un poste de radio et un sol destiné à suggérer divers sports collectifs dans la salle montrant (grâce à des photographies de France Demay) le sport populaire organisé par la FCGT, une vitrine avec un uniforme de soldat républicain espagnol, des petits films documentaires et des ambiances sonores.

L’exposition ouvre sur le choix fait, par diverses personnalités représentatives de mouvements politiques, syndicaux ou associatifs, pour chacun d’une photographie significative de l’événement. Pour symboliser le Front populaire, le Grand Orient choisit le portrait du ministre de l’éducation nationale Jean Zay. Se sont exprimés également par exemple la CGT, la CGT/FO, la Fédération anarchiste, Yvette Roudy (au nom des féministes), le PCF, le Parti socialiste, Lutte ouvrière…

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Suivent des salles qui rappellent les origines du Front Populaire (en lien avec la montée de l’extrême-droite), la victoire électorale (pendant la campagne le PCF a pris son tournant de revendication de l’héritage républicain), le mouvement des grèves (avec une valorisation de l’importance de l’action paysanne impulsée par Renaud Jean), la question espagnole, l’exposition universelle de 1937 (avec un face à face entre le pavillon allemand et le pavillon soviétique), les procès de Moscou, l’hommage à la Commune, les congés payés et les auberges de jeunesse, les mémoires du Front populaire telles qu’elles ont été valorisées tous les dix ans (à compter de 1936), le sport populaire.

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On gagnera à s’arrêter devant chaque document pour en faire une lecture personnelle si l’on est un tant soit peu au courant des grandes lignes de cette époque. L’historien relèvera que n’apparaît pas le slogan du Front populaire, à savoir « Pain, paix, liberté ». Ce mot d’ordre avait d’ailleurs inspiré un poème à Gaston Delavière, employé à l’hôpital de Tours à cette époque.

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Un catalogue d’exposition de cinq euros reprend l’essentiel des thèmes proposés et en plus donne divers textes de personnalités élues ou non. Alain Bergounioux et Frédérick Genevée rappellent que les anniversaires du Front populaire n’ont pas été retenus au titre des commémorations officielles depuis 1986. Il est peut-être prudent de ne pas attendre 2036 pour se replonger dans l’atmosphère du Front populaire, d’autant que certaines réalités de 2016 sont malheureusement en rapport avec bien des événements désagréables vécus en 1936.

Adam Craponne

 

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Commentaire sur l’exposition « L’esprit des bêtes »

Nous publions ci-dessous, en tant que tribune libre, le travail de Benjamin


La Vendée c’est Gilles de Rais, Richelieu, Charette, Clemenceau, Benjamin Rabier et Yvan  Craipeau (secrétaire de Trotsky). Choisis ton héros…

Depuis son ouverture il y a 12 ans, le Musée de l’image d’Épinal (dans les Vosges) porte un regard propre sur ses collections. Il reste dans l’esprit qui est le sien depuis plusieurs années, il y a donc trois parties pour cette exposition de l’été 2015 intitulée « L’ESPRIT DES BÊTES ». Toutes tournent autour de Benjamin Rabier né en 1864 à La Roche-sur-Yon (pays de sa mère) et décédé à Faverolles en 1939 (région de son père).

rabier_caiman_pintadeLa première exposition informe que Benjamin Rabier a pour l’Imagerie Pellerin d’Épinal en 1897 et pour l’Imagerie Quantin à Paris autour de 1900. Benjamin Rabier est né à La Roche-sur-Yon le 30 Décembre 1864 qui s’appelait alors Napoléon-Vendée. Il reste là jusqu’à un peu plus de cinq ans. Il est dans la capitale quand les Prussiens assiègent Paris en 1870, puis il va à l’école à Paris. Il fait son service militaire puis commence à travailler en 1889 comme comptable au magasin du Bon Marché à Paris. En 1890, il devient employé de la ville de Paris et travaille comme contrôleur au marché des Halles et il a occasion d’observer des animaux domestiques. L’année suivante, il trouve un petit travail de contrôleur de la comptabilité dans un grand cirque parisien où il peut voir des animaux habituellement sauvages.

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Il crée le personnage de Tintin Lutin que vieillira un peu Hergé pour en faire Tintin. « Flambeau » est un album, destiné aux enfants, qui raconte la participation au premier conflit mondial de Flambeau, un chien de ferme. Sa parution en album date de 1916. Le jeune chien défend aux côtés des poilus, et avec l’aide d’animaux de la forêt, les valeurs de fraternité, d’honneur, d’intelligence et d’harmonie. Il trouve face à lui la soldatesque germanique sujette aux instincts les plus bestiaux. D’autre part cette idée des « animaux avec nous » pour les enfants est à rapprocher de celle de « Dieu avec nous » pour les adultes.

Durant la Première Guerre mondiale, le ministère de la Guerre lance un concours pour le logo destiné aux camions de ravitaillement en viande destinés aux poilus. À cette occasion, Benjamin Rabier dessine la première Vache qui rit. Rappelons qu’il crée en 1923 le canard Gédéon, auquel il fait vivre de nombreuses aventures.

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«Quand il fut sorti de l’œuf et qu’il se présenta devant son père, sa mère et ses frères, il reçut de sa famille un accueil mélangé de surprise et d’ahurissement. Jamais on n’avait vu caneton agrémenté d’un cou aussi long…».

RABIER Moulins Le rire au désert, pour le Journal Le Rire, n°76, 18 avril 1896 AIllustrateur dans la presse pour la famille, il est déjà réputé dans les journaux parisiens lorsqu’il crée les planches qui nous sont données à voir. « Le Rire » et « Le Pêle-Mêle » lui prennent alors régulièrement des dessins d’humour. Par ailleurs dans le domaine de la caricature il a déjà croqué par exemple Clemenceau en bouledogue et l’actrice Sarah Bernhardt en lionne. Des exemples de la production de Benjamin Rabier dans la presse pour adultes et pour les jeunes (en dehors de l’imagerie d’Épinal) sont présents.

Le Musée de l’image a fait appel, comme à l’accoutumée, à de jeunes illustrateurs pour réinterpréter avec un style graphique d’aujourd’hui, l’esprit des images illustrées de Benjamin Rabier. Rappelons qu’il ne s’agit jamais de BD avec Rabier car il n’utilise pas la bulle, un joli pavé de texte est sous l’image. On est donc dans les histoires en images.

Chloé Begeyrabier_le_sommeil_du_pecheur

 

Par ailleurs en parallèle, une galerie de portraits du photographe Charles Fréger est présentée. On nous montre des hommes qui prennent l’apparence d’animaux fantastiques en endossant divers attributs. Benjamin Rabier nous montrait l’humanité des animaux (les sentiments de ceux-ci étant magistralement lis en scène) et Charles Fréger nous représente l’animalité des humains dans divers paysages sauvages de l’Europe. Par ailleurs des publicités télévisuelles s’inspirant des créations de Benjamin Rabier sont à découvrir. Une savante et légère ambiance musicale accompagne ces expositions.

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caretos_©charles_freger

Exposition « L’ESPRIT DES BÊTES » du 29 mai au 1er novembre 2015. Musée de l’image d’Épinal.

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