Ecrire un avis

Le pont de la Victoire

Le pont de la Victoire
Perrin496 pages
1 critique de lecteur

Avis de Benjamin : "En quoi l’Iran a pu favoriser la victoire des Alliés durant la Seconde Guerre mondiale ?"

L’ouvrage est sous-titré L’Iran dans la Seconde Guerre mondiale. Comme l’Albanie, la Perse est officiellement neutre durant la Première Guerre mondiale et l’objet de nombreuses interventions des deux camps. Wilhem Wassmuss est chargé par le gouvernement allemand de soulever les populations arabophones du sud du pays et le capitaine Oskar von Nidermayer arrive en Perse (par la Turquie) pour aller soulever les Afghans, alors sous tutelle britannique.   

Par ailleurs vers la fin de 1915, les troupes du tsar passent par la région de Tabriz afin d’aller secourir la garnison britannique assiégée à Kut sur le cours inférieur de Tigre. Après l’éclatement des deux révolutions russes, les Turcs interviennent dans l’ouest de l’Iran et massacrent des chrétiens dont des Arméniens et le français Mgr Sontag l’archevêque latin d’Ispahan. Entre juin 1920 et septembre 1921, au bord de la Mer Caspienne, Mirza Koutchak Khan dirige une République socialiste du Gilan, légèrement soutenue un temps par les soviets.

Durant l’entre-deux-guerres, l’Iran se nourrit de germanophilie jusqu’à ce que mèche et moustache d’Hitler deviennent un phénomène de mode dans certaines classes de la société. Depuis longtemps anglophobes, une partie de ces dernières voit même dans le Führer le 12e iman revenant de sa phase d’occultation. Sauveur ultime de l'humanité dans l'eschatologie chiite, il est censé réapparaître à la fin des temps, accompagné de Jésus, afin d’établir paix et justice dans le monde. Notons la présence du Grand Mufti de Jérusalem en Iran au début de l’été 1941, ceci après l’échec du coup d’état pro-allemand en Irak et avant son arrivée en Turquie (d’où il rejoint l’Italie puis Berlin).    

Sans que la chose soit liée, la Perse redevient l’Iran (pays des Arien) en 1935. Après l’opération Barbarossa, ce n’est plus seulement l’Angleterre (faisant face tant aux armées de Rommel en Lybie et Égypte, qu’au risque de voir l’Irak et la Turquie passer dans le camp de ses adversaires) mais également l’URSS qui exigent du Shah l’expulsion des citoyens allemands de son pays. À la fin de l’été 1941, les troupes russes et britanniques entrent dans le pays. Le lendemain de l'arrestation de Reza Shah, envoyé en exil à l’île de Maurice, le 16 septembre 1941 son fils Mohammad Reza Chah Pahlavi devient empereur d’Iran. Les forces soviétiques et britanniques quittent Téhéran le 17 octobre,  mais restent dans le pays.

Le nouveau shah signe un traité d'alliance avec les Britanniques et les Soviétiques en janvier 1942, et en septembre 1943, l'Iran déclare la guerre à Berlin. La jonction entre une première armée allemande venue du Caucase et une deuxième force germanique arrivant par l’Égypte ne peut se faire. L'Allemagne nazie fait maintenant face à une URSS ravitaillée en matériel militaire par l’Iran et la Mer Caspienne ainsi qu’à une armée anglaise qui profite du pétrole iranien pour son armée. De là l’image de l’Iran comme un pont permettant la victoire des Alliés. L’on sait qu’à la Conférence de Téhéran du 28 novembre au 1er décembre 1943 se rencontrent Staline, Roosevelt et Churchill et que ces derniers décident notamment à la fois d'un second front en Europe occidentale en mai 1944 et d’autre part pour l’après-guerre d’un partage en zones d’influence en Europe sans compter le glissement d’une centaine de kilomètres vers l’ouest de la Pologne.

Après la fin de la guerre, les Anglais  retirent assez rapidement leurs troupes mais les armées soviétiques ne partent qu’en mai 1946 ; elles renoncent à soutenir deux républiques sécessionnistes au nord-ouest de l'Iran. À l’heure d’un certain rapprochement, on peut deviner les sentiments profonds des Iraniens, vis-à-vis leur grand voisin, connaissant l’action passée de l’URSS et sachant que la Russie tsariste, au début du XIXe siècle, s’est emparée de très larges territoires perses dans le Caucase, allant notamment de la Tchétchénie au Nakhchivan et de la majorité de l’actuelle Géorgie, la totalité de la république d’Azerbaïdjan.     

Relevons la venue à Téhéran d’Edvard Benes (président de la République tchécoslovaque) en décembre 1943 et celle du général de Gaulle en novembre 1944.  Notons d’une part l’intéressant tableau fait de nombreux Iraniens qui passent, de façon originale, la guerre à Berlin et d’un autre côté d’Allemands présents en Iran au-delà de l’été 1941.   

idé cadeau

Pour connaisseurs Aucune illustration

Benjamin

Note globale :

Par - 478 avis déposés - lecteur régulier

Connectez-vous pour laisser un commentaire
Vous aussi, participez en commentant vos lectures historiques facilement et gratuitement !

Livres liés

> Voir notre sélection de livres sur L'Iran .

> Suggestions de lectures sur le même thème :
> Du même auteur :
> Autres ouvrages dans la même catégorie :