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La campagne de Tunisie: Le retour de la France au combat (1942-1943)

La campagne de Tunisie: Le retour de la France au combat (1942-1943)
Économica 182 pages
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Avis de Adam Craponne : "Le giraudisme a sans doute servi à rallier aux Alliés bon nombre d'officiers et de soldats qui jusqu'alors avaient été des attentistes patentés (André Kaspi) … et mal Barré"

Avant d’évoquer le débarquement en Afrique du nord en novembre 1942, il est bon que nous rappelions personnellement ce qui s’est passé plus d’un an plus tôt au Proche-Orient. Le gouvernement de Vichy en 1941 avait envoyé deux camions d'armes aux rebelles irakiens pro-allemands et avait donné aux Allemands diverses possibilités d’utiliser le territoire de son mandat que le Liban et la Syrie pour soutenir les opposants au gouvernement irakien pro-anglais. Les Anglais craignent que les Allemands ne continuent à envoyer des troupes qui leur permettraient de prendre Chypre, la Palestine et bloquer le canal de Suez. 

Aussi en juin 1941 Britanniques et Forces françaises libres rentrent armés dans le pays soumis à un mandat français et se heurtent aux soldats français du gouvernement de Vichy ; on a de chaque côté environ 1 000 tués. Après l’armistice du 14 juillet, les forces gaullistes recrutèrent 127 officiers avec 6 000 sous-officiers et soldats, soit 17 % de l'effectif de l'armée française présente en Syrie et au Liban. Environ 31 000 militaires restent fidèles au maréchal Pétain et sont rapatriés en métropole.  Près de la moitié d’entre eux sont réaffectés ultérieurement en Afrique du nord comme l’affirme Jacques Favreau en évaluant par ailleurs à 100 000 soldats l’armée française en Afrique du nord. L'ouvrage Guerre de Syrie, juin-juillet 1941 - Bataille de Damour de Jacques Favreau évoque ces évènements.

L’auteur nous vante le patriotisme de Weygand et Giraud, toutefois il serait bon de lever toute ambiguïté, à savoir que le premier exige des soldats de l'Armée d'Afrique qu’ils prêtent serment au maréchal Pétain et fait surveiller et même parfois juger tous les officiers qui montrent des idées gaullistes. À la demande des Allemands, Pétain met fin en novembre 1941 à ses fonctions de Délégué général en Afrique française.  Jacques Favreau est un ancien officier du 1er REP dissous pour sa participation au putsch d’Alger d’avril 1961, il est le fils de Gabriel Favreau officier giraudiste donc non gaulliste (et même quasiment un intime de Giraud pour quelques temps), officier de Légion qui  avait participé à la campagne  de Syrie en 1941 avant de se retrouver en Afrique du nord. Le livre de notre auteur prend donc parfois les allures d’un plaidoyer bien préparé d’ailleurs par le préfacier Henri de Wailly.

On est également surpris de lire page 89 que Giraud abrogea rapidement les mesures discriminatoires à l’encontre des juifs quand on sait que la totale abrogation de la législation antijuive date d’octobre 1943 avec le rétablissement du décret Crémieux. L’ouvrage Les juifs de Tunisie sous la botte allemande permet d’en apprendre plus sur cette communauté qui subit non seulement les discriminations venues du gouvernement de Vichy mais une répression due à l’occupation du protectorat de novembre 1942 à la mi-mai 1943.  

Bunker de la ligne Mareth (image absente de l'ouvrage)

                                                   

Lorsque les forces anglo-américaines débarquent entre le 8 et 12 novembre 1942 au Maroc et en Algérie entre en gros Casablanca et Bougie, se pose la question de l’attitude que prendra l’armée de Vichy. Comme on l’a vu elle s’est opposée pendant un mois au Liban et en Syrie aux Anglais et après le cessez-le-feu la grande majorité de ses membres a refusé de rallier la "dissidence gaulliste".  

D’après Jacques Favreau, Darlan et Juin dans un premier temps ne sont pas longtemps prisonniers à la villa des Oliviers d’Henri Astier de la Vigerie (page 31) du fait de l’action de troupes sous les ordres du commandant Dorange. Darlan et Juin partent au Fort l’Empereur et Jacques Favreau prête à Juin une action de convaincre Darlan le 9 novembre « qu’il est urgent de se rallier aux Américains » (page 36). Il semblerait que l’auteur dans cette phrase, comme dans d’autres, prête au général Juin un ralliement trop prématuré à l’idée de se retrouver dans le camp allié. De même, sans aucune référence, l’affirmation que le général Juin conseille au général Barré dès le 8 novembre d’ouvrir le feu en Tunisie sur les Allemands qui arriveraient par mer ou par air (page 34) est plus que suspecte. Jacques Favreau construit son récit à partir de témoignages quasiment tous publiés et les rares fois où visiblement ils ne l’ont pas été, on aimerait beaucoup savoir où il les a trouvés comme ces notes du commandant Dorange sur lequel il semble s’appuyer pour les évènements entre le 8 et 11 novembre. Les affirmations d’un témoin sont toujours à vérifier, surtout d’un militaire qui peut entre autre vouloir donner une image positive non seulement de lui mais de ses chefs.

En fait un premier cessez-le-feu ne concernait qu’Alger et la fin des hostilités entre Français et Anglo-américains n’est demandée par Darlan  que le 10. Le général Giraud  est arrivé à Alger (venant de la métropole via Gibraltar) le 9 novembre et Darlan veut éviter la prise du pouvoir à Alger par celui-ci. Le lendemain c’est l’annonce de l’invasion de la zone sud par les Allemands. Le général de division Georges Barré avait été nommé commandant supérieur des troupes de Tunisie le 7 février 1942 par le gouvernement de Vichy.  

Notre auteur montre bien que l’attentisme d’une dizaine de jours du général Barré, commandant supérieur des troupes de Tunisie, permet l’atterrissage de nombreux avions à l’aéroport d’El Aouina et explique nettement moins percutante (page 70) que l’amiral Derrien livre le port de Bizerte aux Allemands sur l’instruction de l’amiral Esteva. Ce dernier est le résident général de la France en Tunisie (qui joue un rôle de Premier ministre pour ce protectorat) et il agit  par fidélité au maréchal Pétain qui prescrit de recevoir en Tunisie les Troupes de l'Axe.

À partir de ce moment, notre auteur est vraiment dans son élément et il nous conte de façon habile comment les troupes françaises, sous les ordres du général Barré, se chargent de couvrir la frontière algérienne en retardant l'avancée de l'ennemi. Au départ elles ne comptent guère plus de 10 000 hommes. Elles attendent l’appui des Anglo-américains et des forces françaises venues du Maroc et d’Algérie.

Dans le même temps, les troupes du maréchal Rommel, battues le 2 novembre à El Alamein en Égypte  se replient, via la Libye, en direction de la Tunisie ; elles sont poursuivies par les Britanniques accompagnées par quelques soldats des Forces françaises libres (fidèles du général de  Gaulle). Avec la prise de Ghat dans le Fezzan le 23 février 1943 les forces du général Leclerc et celles de l’Armée d’Afrique se rejoignent. Le général Rommel se trouve acculé par les Alliées sur la ligne fortifiée Mareth construite (pas vraiment pour ses soldats) par les Français entre 1936 et 1940, c’est la ligne Maginot du désert qui court sur 45 km sur le continent à peu près à la hauteur de Djerba. 160 000 Alliés affrontent 76 000 hommes de l'Axe lors de la bataille de Mareth du 16 au 28 mars 1943. On relève la mort du général français Edouard Welvert le 10 avril 1943; il a sauté sur une mine au Pichon, près de Kairouan. 

Un mois plus tôt, face à la contre-offensive dans le massif de l’Ousselat au nord-ouest de Kairouan par les troupes allemandes commandées par le général von Arnim (pages 113-114), le commandement allié s’unifie. C’est le général Juin qui supervise l’ensemble des forces françaises et est l’adjoint du général britannique Anderson responsable du théâtre d’opérations.

L’ouvrage se clôt par une partie intitulée "Aspects positifs et questions posées par la campagne", Jacques Favreau y pose de très bonnes questions et y apporte des réponses parfois très personnelles. On apprécie deux pages explicatives sur les sigles, encore aurait-il été souhaitable de ne pas en oublier en route, ainsi page 112 apparaît la forme "CCB Robinet" et nous devons personnellement préciser qu’elle désigne une "compagnie de commandement du bataillon".  Les cartes sont nombreuses et on bénéficie de six photographies dont une du père de l’auteur.

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Adam Craponne

Note globale :

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