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La Grande Guerre des gendarmes

La Grande Guerre des gendarmes
Nouveau monde
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Avis de Octave : "Les gendarmes rient pas souvent"

Dans un article à paraître début 2014 dans le numéro spécial des Cahiers pédagogiques consacré à la Première Guerre mondiale, nous avons pu écrire qu’en lisant les BD de Tardi, les véritables ennemis du poilu apparaissaient être les gendarmes systématiquement et les officiers souvent alors que le soldat allemand était un compagnon d’infortune pour son homologue allemand.

Il est bon qu’une étude historique sur les gendarmes paraisse pour essayer de pointer les différents rôles de la gendarmerie durant la Grande Guerre et la façon dont elle les assure ainsi que la manière dont elle se sent perçue par militaires et civils. On notera toutefois que son auteur est un ancien officier de gendarmerie et que s’il fait véritablement œuvre d’historien, dans les interprétations qu’il donne, son appartenance passée à cette arme transpire quelque peu.

La gendarmerie prévôtale n’est dissoute qu’en août 1919 nous dit l’auteur et les pages 56 à 61 nous expliquent comment fonctionne cette police aux armées depuis 1875 :

« Dans chaque corps d’armée, il sera formé une prêvoté destinée à être mobilisée en même temps que les troupes du corps d’armée, placé sous les ordres d’un chef d’escadron qui aura le titre de prévôt (et) recrutée exclusivement dans la gendarmerie ».

En fait les gendarmes nous sont présentés en trois lieux : en prévôté dans la zone des armées, en brigade à l’intérieur et sur le front. La partie la plus jeune du corps des gendarmes a été appelé à (ou s’est porté volontaire pour) rejoindre des régiments ; dans ces unités ils représentent des individualités et il n’y a pas eu de constitution d’unités propres composés exclusivement de gendarmes. Cette décision de ne pas utiliser les 4 000 gendarmes envoyés sur ordre et les 500 volontaires pour être présent dans une force homogène va renforcer l’idée que le gendarme est celui qui échappe à ses devoirs de combattant. Dans les brigades le manque d’effectif est criant et ce n’est pas l’emploi de quelques hommes de loi (parfois venant des universités de droit) classés dans les services auxiliaires qui va résoudre ce problème. Au front l’autorité des officiers de gendarmerie, qui défendent le contenu des rapports de leurs subordonnées, est battue en brèche par les officiers supérieurs de l’armée de terre.

Outre des informations d’ordre général, cet ouvrage permet de glaner des faits spécifiques comme le nombre important de suicidés dans les condamnés pour rébellion ou mutinerie (ce qui laisserait entrevoir une certaine propension à éviter à des soldats d’être fusillés par d’autres, ces exécutions n’étant pas du meilleur effet pour le moral de ceux qui les ont accompli contraints et forcés), les périodes et raisons d’interdiction de la chasse à l’intérieur, le nombre d’insoumis, les raisons qui amènent à faire passer pour tissus d’informations utiles aux Allemands des tôles publicitaires peintes du bouillon Kub, l’affaire où la gendarmerie évite à la mi-septembre 1914 le dynamitage par des soldats allemands infiltrés des ponts sur la Seine autour de Rouen (ce cas est présentée dans le détail dans "Héroïnes de la Grande Guerre" de Jean-Marc Binot à partir de la page 77) …

En résumé voilà un ouvrage qui aura beaucoup de mal à changer la représentation que l’on se fait de la gendarmerie durant la Grande Guerre, représentation d’ailleurs colportée au départ en partie par certains dessins ou textes issus des journaux des tranchées. On restera toutefois attentif aux ouvertures qu’il autorise sur une vision moins manichéenne des actions de la gendarmerie et des gendarmes durant la Grande Guerre.

Octave

Note globale :

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