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L’Homme de l’année, 1917

L’Homme de l’année, 1917
Delcourt64 pages
1 critique de lecteur

Avis de Alexandre : "Le soldat inconnu est mort à Sainte-Berthe, un boche lui a crevé le bidon"

La Chapelle Sainte-Berthe est proche de la Royère, entre Soissons et Laon, au-dessus de Filain et de la vallée de l’Ailette dans le secteur du Chemin des dames ; elle a été détruite par les Russes en 1814 et reconstruite avant d’être de nouveau sinistré durant la Grande Guerre. Notre titre est une allusion à une comptine enfantine autour de Napoléon Ier. Selon les auteurs de « L’Homme de l’année 1917″, le soldat inconnu serait décédé non loin de là : « prendre position au sommet de la côte 117 dans la petite chapelle et y tenir un poste d’observation des lignes ennemies afin de guider notre infanterie et guider nos artilleurs (…) Du 6 avril 1917 à 6 heures du matin au 21 avril, la bataille du Chemin des dames fit 350 000 morts ou blessés, français ou allemands ».

Dès les Années folles, le soldat inconnu est un personnage célèbre prétexte à plaisanteries et source d’inspiration littéraire. Ainsi paraît en 1920, une poésie de Pascal Bonetti émet l’hypothèse que le soldat inconnu est peut-être un légionnaire venu d’un pays étranger. Quant à Jean de Suberville la même année il interroge l’identité de cet inconnu également dans des vers. Paul Raynal dans une pièce « Le Tombeau sous l’Arc de Triomphe », jouée à la Comédie-Française en 1924, lui donne une personnalité élaborée. En 1932 Philibert Besson, candidat aux législatives de 1932, inscrit à son programme très farfelu l’attribution d’une pension à la veuve du soldat inconnu, cela ne l’empêche pas d’être élu député de Haute-Loire cette année-là. En 2009 Manu Larcenet et Daniel Casanave avait déjà produit une BD qui révélait l’identité du soldat inconnu, celui était un officier qui avait été assassiné par le reste de sa troupe après avoir abattu sur place un soldat qui voulait se replier.

Cet album « L’Homme de l’année 1917″ est un hymne à l’amitié entre deux hommes à savoir un officier issu des milieux coloniaux de Côte-d’Ivoire (sa famille y a des plantations) et celui qui, de peau noire, a force de bravoure est devenu officier indigène. Quelques précisions peuvent être utiles à ce sujet. Le statut d’officier à titre indigène permettait ainsi de nommer officier des sous-officiers qui n’avaient pas le niveau scolaire requis pour passer par les voies normales de l’avancement. L’historien sait qu’Abedlkader Mademba, d’origine sénégalaise, est lieutenant durant la Grande Guerre ; il devient capitaine en 1919 et il atteint le grade de commandant dans les années 1920.

« L’Homme de l’année 1917″ est hommage aux soldats noirs qui ont défendu le sol national, présents à Verdun pour reprendre les forts, au Chemin des dames en avril 1917 où ils souffrent d’un froid exceptionnel et sont massacrés en un nombre si important que des députés s’en émeuvent. Le 22 avril 1915 à Ypres ce sont les soldats canadiens et les tirailleurs sénégalais qui sont les premières victimes des gaz. En 1924, Reims voit inaugurer par le ministre des colonies Edouard Daladier le Monument aux Héros de l’Armée Noire, pour rendre hommage à leur forte implication dans la défense de la ville.

Le scénario est très habilement bâti et il nous révèle que nous pourrions avoir déjà vu sans le savoir la tête du soldat inconnu. L’illustration très réaliste propose des couleurs bien en rapport avec la dominante dramatique du récit. La documentation est très sérieuse et le lecteur attentif en apprendra beaucoup sur les actions de l’armée française tant en Afrique que dans l’hexagone. Ainsi en mettant en scène les deux personnages principaux au Maroc début 1914, c’est l’occasion de faire comprendre que l’un des surnoms des Allemands, à savoir les « chleuhs » a pour origine l’appellation d’une tribu de l’Atlas qui résista particulièrement à l’invasion française du Maroc à la fin de la Belle Époque.

Par ailleurs on nous dit que les « bouchers noirs », malgré la réputation que leur firent les Allemands, ne désignent pas les tirailleurs sénégalais mais les artilleurs qui arrosaient souvent les deux camps vue l’imprécision de leurs tirs.

Une scène dans une maison close près du Moulin-rouge à Paris lors d’une permission oblige à réserver la lecture de cet album à un lectorat ayant au moins treize-quatorze ans (la situation est d’ailleurs fort banale et pas énormément choquante).

Alexandre

Note globale :

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