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La guerre du Rif : un conflit colonial oublié Maroc (1925-1925)

La guerre du Rif : un conflit colonial oublié Maroc (1925-1925)
Pierre de Taillac295 pages
1 critique de lecteur

Avis de Octave : "C’était le temps où Doriot et Sabiani jouaient contre leur pays, dans un autre contexte qu'en 1940-1944"

Si Doriot et Sabiani, alors activistes communistes, ne sont pas ici cités, ils apportèrent leur pierre au conflit en organisant un trafic d’armes à destination des révoltés marocains du Rif et on sait que Pétain ne manqua pas de le lui rappeler dans une des rares entrevues qu’il eût avec Doriot (voir chez Codex  Les archives de la collaboration militaire française dans la Seconde Guerre mondiale).

La guerre du Rif est à la fois la première révolte anticoloniale à être médiatisée (et au niveau de l’ensemble des pays occidentaux, avec en particulier la tête d’Abd el Krim d’un numéro du périodique américain Time en 1925) et le premier conflit où l’URSS ordonne à des militants communistes d’agir contre l’armée de leur propre pays et en faveur de rebelles qui contestent le pouvoir colonial.     

Rappelons que si le Maroc est tombé pour l’essentiel dans les mains des Français à la fin de la Belle Époque, des parties de celui-ci sont contrôlés par les Espagnols. Mettons à part le Sahara espagnol et l’Ifni  (1 500 km2) dont la situation est particulière, puisque ce sont des colonies. Regardons le protectorat du Maroc. Celui-ci comprend une zone nord (21 000 km2) au bord de la Méditerranée dont le Rif est une région avec à ses marges les villes de Ceuta et Mellila, prises aux Portugais et territoire espagnol depuis 1640, année de la fin de l’union ibérique mais aussi au sud la zone du cap Juby (33 000 km2) très peu peuplée, mais d’un grand intérêt pour l’aviation civile (voir la BD L’aviateur, 3). Si quatre cartes sont heureusement présentées, dans cet ouvrage, il manque celle où on aurait vu quelle était la présence espagnole dans l’univers marocain et saharien.   

Notons que, comme les chefs barbares qui ont battu les armées romaines, Abd el Krim a fait un long séjour dans le pays (deux ans à Malaga) qui colonise le sien et a servi dans son administration, à  savoir qu’il a été en Espagne pour des études. Au Rif, on a un bon exemple de l’inflation des généraux dans l’armée de Madrid puisque l’on compte dans ce territoire 466 généraux pour 250 000 hommes. Les hostilités démarrent au printemps 1921 et la victoire des Rifains à Adoudal est un désastre national pour les Espagnols ; c’est l’occasion pour les rebelles de s’emparer d’artillerie. Ce désastre amène la création d'une Légion étrangère espagnole, un peu sur le modèle français, mais avec un sens de l'honneur non comparable.

Abd el Krim essaie en vain de faire accepter par la France une indépendance du seul Rif (une région alors encore majoritairement berbérophone)  ; c’est alors Lyautey  qui est résident général au Maroc. Toutefois la rébellion déborde sur la zone française. Ce sont des gouvernements de centre-gauche dirigés par des radicaux ou des socialistes indépendants (qui sont indépendants de tout et surtout du socialisme) qui font face à l’insurrection. Le parti socialiste SFIO adopte une position ambigüe et les communistes lancent entre autre des appels à la désertion auprès des soldats français et un timide soutien en armes aux rebelles comme on l’a vu. Alors que Lyautey mise sur l’essoufflement de la révolte, on envoie Pétain pour mener une guerre à l’européenne et l’aviation joue un rôle important dans le renseignement et le bombardement. On apprend que quatorze pilotes américains servent comme volontaires dans l’armée française (page 203).  

Le débarquement d'Al Hoceïma est considéré comme le premier débarquement aéronaval de l'histoire, il a lieu en septembre 1925 et amène 13 000 soldats hispaniques ; pour avoir été à l’avant-garde sur la plage, le colonel Franco passe général à 33 ans.  Les forces espagnoles sont maintenant sous le commandement de Primo de Riveira qui se coordonne quelque peu avec les opérations commandées par Pétain. On sait que les Ibériques emploient des armes chimiques mais je n’ai pas trouvé mention de ce fait.

L’hécatombe touchant les officiers, du fait du grand nombre de tireurs d’élite chez les Rifains, les gradés se déguisent en soldat, mais il n’est pas certain que l’ennemi ne finisse pas par les distinguer par leur attitude. On compte 161 officiers parmi les 2 500 militaires français tués au combat (il est difficile d’évaluer ceux qui meurent des suites de leur blessure), l’auteur reste vague sur les morts espagnols et rifains mais des historiens évaluent à environ 26 000 Espagnols et à près de 30 000 Rifains morts en se battant.  On apprécie la bonne vingtaine de photographies présentées et l’index des noms cités. Le point de vue est celui d’un historien de l’armée française qui voit les opérations menées avant tout par les Européens.

Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations

Octave

Note globale :

Par - 371 avis déposés - lecteur régulier

312 critiques
09/11/18
Pétain, "grand soldat" ? Au Maroc, la polémique ravive le souvenir de la guerre du Rif

https://www.nouvelobs.com/monde/afrique/20181108.OBS5094/petain-grand-soldat-au-maroc-la-polemique-ravive-le-souvenir-de-la-guerre-du-rif.html
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