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Moldavie, repères et perspectives

Moldavie,  repères et perspectives
L’Harmattan 157 pages
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Avis de Adam Craponne : "La Moldavie d'aujourd'hui c'est quasiment la Bessarabie d'hier, toujours sans Arabes et sans musulmans"

Cet ouvrage est une suite de contributions, tenues lors d'une journée d'études le vendredi 3 juin 2016 à l'INALCO, avec sept auteurs dont Catherine Durandin qui assure la conclusion. Cette dernière, contrairement à d’autres auteurs, est pessimiste à la fois sur la question des frontières de ce pays non stabilisées (du fait du problème de la Transnistrie) et sur le développement économique possible (en raison en particulier d’une mauvaise gouvernance de la Moldavie depuis son indépendance, datant de fin août 1991).

«  (…) je serai moins assurée de l’advenue d’une inéluctable détente dans la mesure où l’environnement régional est et demeure figé, dans la mesure où le dialogue entre Poutine et Trump, Poutine et ses interlocuteurs européens, demeure raide, nourri de réprobations respectives. Pas de détente Poutine/UE, pas de négociation en Ukraine, la sécurité de cet environnement est précaire. Le seul bémol à mes inquiétudes quant à un scénario possible de crise est paradoxal : l’émigration très importante des Moldaves qui cherchent un ailleurs via l’exil dégonfle les capacités des colères locales » (pages 148-149).

Angela Demian est moldave et on lui doit chez le même éditeur La nation impossible? Construction nationale en république de Moldova et au-delà. Elle produit le premier texte "Qui sommes-nous ? De l’identité collective à la construction nationale".  Elle reprend l’idée formulée par Vasile Stati comme quoi la conscience nationale moldave repose sur le nom de la nation, la dénomination de la langue maternelle et le nom historique du pays. En gros, comme elle le dit plus loin, désigner autrement suffit à différencier des contenus largement partagés avec les Roumains d’aujourd’hui. Même en ne pouvant inclure les chiffres de la Transnistrie, les minorités non roumaines représentent un quart de la population aujourd’hui (alors que dans le même espace, elles étaient 6% de plus en 1989). Elles sont diverses et dans l’importance numérique ce sont les Ukrainiens, les Russes, les Gagouzes, les Bulgares, les Roms et les juifs (tombés de 1,5 à 0,1% en trente ans). Le caractère unificateur a trait à la religion orthodoxe qui rassemble plus de 93% de la population  et derrière aucune minorité conséquente n’émerge.  

Nicolas Triffon communique autour des langues en usage en Moldavie et conclut ainsi :

« ni le parti roumain ni le parti russe ne sauraient l’emporter, l’État moldave demeurant indépendant sans pour autant être fondé sur une nation dont le contenu fasse l’unanimité » (page 57)

Un texte d’Irina Gridan évoque les discours des leaders communistes russes et roumains au sujet de la Bessarabie, un sujet loin d’être tabou des deux côtés. Amandine Sabourin réfléchit sur l’impact des programmes de développement sur la gouvernance en Moldavie, détaillant les engagements financiers de l’Union européenne en sa faveur et le niveau de corruption dan ce pays. Le seul texte en anglais provient de Nicu Popescu et porte sur les réformes économiques entreprises. Il relève en particulier le mécontentement de la population devant la situation du pays en matière de développement et met en exergue que les deux-tiers des exportations moldaves se font vers l’Union européenne pour l’année 2016.

Emmanuel Dreyfus s’interroge au sujet de la Transnistrie, cette longue bande territoriale au-delà du Dniestr qui, n’ayant  jamais fait partie de la Bessarabie, s’est retrouvée par la volonté de Staline dans la république soviétique de Moldavie. La révision des frontières avait un double objectif : à l’est celui de mettre des populations russes et ukrainiennes dans cette république et au sud couper l’accès à la mer qu’avait la Bessarabie pour donner la région de l’embouchure du Dniestr à l’Ukraine. La finalité était d’empêcher une Moldavie viable hors de l’espace soviétique. La Transnistrie c’est un peu plus de 4 000 km2 (soit 13% de la surface de la Moldavie dans ses frontières officielles, donc Transnistrie comprise), près de 500 000 habitants (soit un sixième de celle de la Moldavie dans ses frontières officielles, donc Transnistrie comprise). On a deux cinquièmes de moldophones et un tiers de retraités vu les problèmes économiques existants. Le niveau de vie de la population est porté à bout de bras par Moscou pour qui une annexion au territoire russe représenterait un surcoût financier pour l’obtention d’un territoire ayant peu d’intérêt car, entre autre chose (du fait de Staline), coupé d’accès à la mer.

Pour tous publics Aucune illustration

Adam Craponne

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688 critiques
10/11/17
L’Europe des zones grises. Géopolis propose en novembre et décembre 2017 un nouveau cycle d’expositions dédié aux zones grises d’Europe (Transnistrie, Crimée, Donbass, Abkhazie, Ossétie du Sud et le Haut-Karabagh). Centre du Photoreportage 58a Rue Des Tanneurs Bruxelles
https://geopolis.brussels/cycle/leurope-des-zones-grises/
688 critiques
01/01/19
Ce pont Eiffel caché au regard des touristes
https://www.courrierinternational.com/article/2013/01/09/1876-ce-pont-eiffel-cache-au-regard-des-touristes
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