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Suisse et Saint-Siège: de la rupture au dialogue

Suisse et Saint-Siège: de la rupture au dialogue
Alphil383 pages
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Avis de Benjamin : "Saint Nicolas de Flüe saint patron de la Suisse canonisé en 1947, cent ans après la guerre du Sonderbund"

L’ouvrage est sous-titré Une diplomatie en chantier, du Kulturkampf à la Nonciature de Berne (1873-1920). Entre la Suisse et le Saint-Siège, la rupture du dialogue fut donc encore plus longue qu’en France puisqu’elle court de 1873 à 1920. Elle couvre quatre pontificats, ceux de Pie IX, de Léon XIII, de Pie X et de Benoît XV.  

Il existe en effet une absence de relations diplomatiques entre la France de 1905 à 1921, la reprise est favorisée par cette phrase de Benoît XV aurait déclaré au cardinal Amette : « Si l'on me tend le doigt, j'ouvrirai la main. Si l'on me tend la main, j'ouvrirai les bras ». Dans d’autres pays européens, le temps d’ignorance officielle de la papauté fut assez court. Pour l’Espagne cela se fit à deux reprises entre 1838 et 1845 puis entre 1869 et 1874, avec la Belgique entre 1880 et 1884, pour le Portugal entre 1910 et 1918. Par contre Allemagne et Italie vécurent ce fait sur une période bien longue, entre 1871 et 1920 pour le premier pays et entre 1870 et 1929 pour le second.  

La nonciature de Lucerne est établie en 1586 en tant que représentation évidemment pour seulement les cantons catholiques. Cependant il y a une absence de nonce entre 1798 et 1803 (la période le République helvétique) et à partir de 1848 (suite à la guerre du Sonderbund). Un délégué extraordinaire puis un chargé d’affaires restent toutefois présents à Lucerne jusqu’en 1874.  Si Benoît XV nomme un nonce à Lucerne en 2021, il faut attendre 2023, sous le pontificat de François, pour voir une ambassade suisse auprès de Saint-Siège.

En 1859, Napoléon III dit à Pie IX : « plus le territoire sera petit, plus le souverain sera  grand ». En 1870, le pape n’a plus aucune souveraineté temporelle et après la mort de Pie IX en 1878 la papauté revendique «  une souveraineté spirituelle, voire morale, qui est universelle, devenant la véritable matrice de sa diplomatie » (page 14). Au défi du Risorgimento, la papauté devient donc un acteur accentuant dans ces deux nouvelles dimensions dans le cadre d’une mission missionnaire pleine de dynamisme et peut même servir d’arbitre dans des conflits entre deux pays.  

Le mot Kulturkampf est forgé en 1873 par député libéral Rudolf Virchow, professeur ordinaire de pathologie à la Charité de Berlin, devant le parlement de Prusse. Bismarck utilisa donc, pour qualifier une de ses orientations politiques,  un nom forgé par un de ses adversaires politiques. Seuls deux cantons sur les 26 font place à la laïcité dans leur constitution, celui de Genève et cellui de Neuchâtel. 

La proclamation de l’infaillibilité pontificale exacerba les tensions entre radicaux suisses très majoritairement germanophones et le Vatican. L’on vit d’ailleurs ces derniers apporter un soutien au curé de Starrkirch qui était opposé à cette infaillibilité. Il en résulte la création de l’Église catholique-chrétienne, favorisée par certains cantons qui lui confie d’occuper des églises existantes. Cette dernière refuse les dogmes sur l'infaillibilité et l'épiscopat universel du pape (1870),  l'immaculée conception de Marie (1854),  les décrets dogmatiques des papes dérogeant à la doctrine de l'Eglise primitive, les décisions disciplinaires du Concile de Trente. Elle compte 46 600 membres en 1877, majoritairement dans les territoires germanophones mais aussi à Genève, Neuchâtel et dans ce qui est alors le Jura bernois. L’évêque de  Bâle, doit quitter sa résidence à Soleure et la tentative de nommer un évêque à Genève se traduit par l’expulsion de ce dernier. Le gouvernement suisse pèse pour que les catholiques ne soient plus rattachés à l’évêché de Milan ou à celui de Côme.

Léon XIII, tant en France qu’en Suisse mène une politique réconciliatrice avec les États, en envoyant de discrets informateurs et en autorisant l’élection démocratique des curés. En 1884, la papauté accepte pour l’essentiel les désirs du Conseil d’État. Le droit fédéral suisse empêche la création d'un nouveau diocèse, aussi le Tessin est rattaché au diocèse de Bâle. L’évêque de Lausanne et Genève Mgr Mermillod peut mettre fin à son exil qui aura duré dix ans.

En 1889 est fondée l’Université catholique de Fribourg qui est confiée à l’Ordre dominicain. La doctrine sociale de Léon XIII suscite l’engagement de catholiques suisses dans des associations et un discours progressiste dans des revues. Ceci se fait dans le cadre d’un nouveau dynamisme pastoral.

Pie X done plus dans le dogme que dansla doctrine. Comme dans nombre de pays, en Suisse est mal reçue l’encyclique condamnant en 1907 le modernisme en particulier au sein de l’Université catholique de Fribourg qui compte d’ailleurs de nombreux Français dont le géographe Jean Brunhes où il travaille de 1896 à 1912. En 1907 il assure des cours également à Lausanne tenant la première chaire au monde où apparaît le terme "géographie humaine". Max von Sachsen est condamné comme moderniste et bien qu’il se soit rétracté il est déchu de son poste d’enseignant.

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale se fait de manière presque concomitante avec l’élection de Benoît XV. Une collaboration va naître entre la Suisse et le pape autour de tentatives pour mettre fin au conflit ou pour le traitement des blessés et prisonniers de guerre.  Certains de ces derniers, vu leur état de santé, sont internés en Suisse. Le dixième chapitre traite du rétablissement de la Nonciature à Berne en 1920. La partie suivante traite notamment des visites du nonce dans les cantons ; le climat confessionnel étant apaisé, il y a peu de protestations dans la presse helvétique sauf pour sa présence dans le canton mixte religieusement de Saint-Gall. Dans la conclusion, évoquant notamment les rapports récents entre la Papauté et la Suisse, est signalé que le premier mais pas voyage d’un pape en territoire helvétique durant l’époque contemporaine fut celui de Paul VI en 1969 précisément à Genève. Jean-Paul II et François ont suivi.     

 

Pour connaisseurs Aucune illustration

Benjamin

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