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Les Arméniens en 100 questions

Les Arméniens en 100 questions
Tallandier348 pages
1 critique de lecteur

Avis de Patricia : "Les Arméniens bien plus nombreux aujourd’hui à l’étranger qu’en république d’Arménie"

Les sujets abordés permettent une vision bien perspicace et pénétrante de la culture arménienne presque dans toutes ses dimensions. D’une demi-douzaine à une quinzaine de points sont abordés par chapitre. Ces derniers sont : Histoire, Le génocide et sa négation, Religion, État et institutions politiques, Économie, Géographie et patrimoine, Arts, culture et modes de vie, Diaspora, Géopolitique, La France et l’Arménie. On apprécie les cartes de géographie historique. Sont présents en fin d’ouvrage un glossaire, une chronologie et une bibliographie.

En matière de vocabulaire, on trouve des commentaires comme par exemple le mot thondrakien qui désigne un membre d’une secte chrétienne influencée par le manichéisme ou autour de la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA) fondée dans les années 1890, l’objectif est l'émancipation de l'Arménie ottomane, il a affirmé au départ son soutien aux Jeunes-Turcs qui avaient à l’origine pour but d’instaurer un État réformé et multiethnique mais évoluèrent vers des positions unionistes panturquistes qui amènent les dirigeants de l’époque à organiser le massacre des Arméniens. La chronologie démarre en moins 519 avant Jésus-Christ où le nom de l’Arménie apparaît, comme province de l’Empire perse de Darius, sur une stèle à Beitsoun. Elle se clôt à l’automne 2020 lorsque l’Azerbaïdjan attaque le Haut-Karabagh.

Après une introduction, où l’auteur s’interroge sur la transmission future de l’identité arménienne en rappelant le rôle de l’Église en la matière dans le passé, on démarre avec l’évocation de Noé. Le lieu de pèlerinage en rapport avec le naufrage de l’Arche de Noé a évolué dans le temps, il fut d’abord situé près du lac Van (donc dans la république arménienne actuelle) puis le lieu d’échouage fut donné au sein des monts Ararat, passés dans le territoire turc en 1920 après une domination russe d’une cinquantaine d’années.   

Si les chiffres donnés autour du génocide arménien ne manquent pas d’intérêt, d’autant qu’est précisé le nombre de personnes islamisées (page 67), par contre on peut marquer un désaccord sur l’idée que c’est ce massacre qui empêcha de construire une Arménie indépendante (conformément au contenu du Traité de Sèvres. Les deux raisons très complémentaires sont en fait qu’aucune grande puissance n’avait les moyens d’affronter la Turquie redynamisée par Muṣṭafâ Kemal Atatürk et la seconde est que tant la France que l’Angleterre craignait que la nouvelle république arménienne recréée (dans un espace plus large que celle soviétisée) ne passe pas sous le contrôle de Moscou. Quoique les situations furent peu tragiques, on rappelle que tant le shah Abbas en 1604 que la tsarine Catherine II firent déporter des Arméniens le premier à Ispahan et la seconde en Crimée.

Les Fatimides se montrèrent très tolérants vis-à-vis des Arméniens, mais l’arrivée comme vizir de l’un d’entre eux en 1073 (ancien esclave, donc converti en son enfance) va de pairs avec le passage à l’islam de certains Arméniens vivant en Égypte. On lira avec intérêt les explications autour du rôle des Arméniens dans l’entretien des lieux saints ; c’est Saladin qui en 1187 donne la première impulsion officielle en la matière (page 108).

On apprend plus loin que Louis XIV fit enlever un patriarche apostolique arménien de Constantinople ; on aurait aimé savoir lequel pour en apprendre plus autour de cette affaire. Il s’agit d’Avedick, voir à ce propos l’ouvrage  Avedick séquestré par Louis XIV au Mont Saint-Michel et la page 33 ici https://www.erudit.org/fr/revues/bshg/2002-n131-bshg03289/1042303ar.pdf. C’est deux ans avant avant que ne commence le règne du Roi-Soleil qu’est créée au Théâtre du Marais, par Corneille, le drame Polyeucte. Cette pièce trouve son inspiration dans la vie de Polyeucte de Mélitène, un riche officier romain d’origine arménienne martyrisé à Mélitène en 259. Elle est connue d’ailleurs pour son magnifique kakemphaton, à savoir « Et le désir s'accroît quand l'effet se recule » pouvant être compris comme « Et le désir s'accroît quand les fesses reculent ».

Le dernier roi de la Cilicie Léon V, de population alors largement arménienne, descendait de la famille poitevine des Lusignan, réfugié en France il y meurt en 1393. Dans l’église Saint-Pol, on trouve son gisant jusqu’en 1817. Sous la Restauration, on reconstitue les tombeaux royaux à Saint-Denis et on fait rentrer le gisant de Léon V (page 286). Un texte est consacré au résistant Missak Manouchian et un autre à Aznavour, les deux Arméniens les plus connus à avoir vécu en France. Je n’ai pas trouvé mention de l’émigration récente en France et aux USA essentiellement, depuis un quart de siècle, d’Arméniens issus de l’Arménie, de la Géorgie et du Haut-Karabagh, pourtant ceux-ci sont nombreux à ce jour et leur nombre ne pourra qu’augmenter.

idé cadeau

Pour tous publics Peu d'illustrations

Patricia

Note globale :

Par - 86 avis déposés - lectrice régulière

582 critiques
26/03/21
Le Papier d'Arménie, un secret made in Montrouge
https://www.nouvelobs.com/economie/20150706.OBS2173/le-papier-d-armenie-un-secret-made-in-montrouge.html
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