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Vers une nouvelle guerre scolaire ?

Vers une nouvelle guerre scolaire ?
La Découverte 320 pages
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Avis de Zaynab : "Dans Blanquer, il y a banque mais aussi laquer"

L’actuel ministre est-il bien décidé à donner, pour l’Éducation nationale, un coup de pinceau avec un épais liquide destiné à adapter l’enseignement à une perspective néolibérale qui est défendue par les banques ?  Philippe Champy s’attache en treize chapitres à décrypter les véritables objectifs des diverses actions du ministre le plus populaire du second gouvernement Philippe après le départ de Nicolas Hulot.  Ceci jusqu’à l’été 2019 du moins puisque sa côte a chuté de 16 points durant cette période, passant de 62 à 46 % de bonnes opinions. Ces treize chapitres sont regroupés en trois parties respectivement intitulées : La querelle des manuels scolaires et la liberté pédagogique, Une révolution numérique à l’École ?, Les neurosciences au service du grand reformatage.

Dans l’introduction, on trouve l’essentiel du discours délivré par l’auteur :

« Pour résumer mon sentiment, l’enjeu du rapport de force qui se joue actuellement est le maintien d’un consensus pédagogique démocratique. Pour les principaux acteurs de la haute technocratie qui sont en train de prendre tous les pouvoirs à l’Éducation nationale, il ne s’agit pas (ou plus) de réformer le système vers plus d’"efficacité", dans un sens purement gestionnaire (gérer et trier les flux), à rebours de tous les discours d’enrobage méritocratique. Ceux-ci se révèlent être de purs habillages mensongers, nourris d’un storytelling qui évoque l’"individualisation des parcours" en lieu et place de leur démocratisation. C’est pourquoi on peut à bo droit qualifier cette haute technocratie d’élitaire puisqu’elle n’entend pas toucher aux structures et aux filières qui perpétuent les ségrégations scolaires et qui bénéficient aux couches sociales privilégiés » (page 19).

Notons que Philippe Champy ne se contente pas de parler de l’école d’aujourd’hui, ni de celle des Trente Glorieuses mais que ses remarques portent sur tout ce qui peut avoir un intérêt depuis Guizot. Blanquer poursuit-il les mêmes objectifs que l’homme de la formule « Enrichissez-vous ! ». Au sujet de ce monarchiste libéral, notre auteur rappelle ce que disait Pierre Rosanvallon des idées de ce ministre de Louis-Philippe : « L’instruction n’est pas un moyen de faire progresser l’égalité entre les hommes. Elle a pour but de rendre cohérente une société qui repose sur l’inégalité des facultés. Elle a pour but de prévenir le péril démocratique défini comme confusion sociale » (page 81). Notons que le rôle du journal Le Point comme relayeur, auprès d’un certain sinon assez large public, de toutes ces idées néolibérales sur l’éducation, déjà mis en exergue par Philippe Meirieu, est repointé par notre auteur.

Par ailleurs est habilement démonté l’appui sur certaines affirmations des neurosciences ; elles servent à justifier, selon nous, toutes les attaques contre l’expérience de terrain des enseignants qui pratiquent une pédagogie bien plus expérimentale que celle prônée. En effet pour ces derniers, se révèle vrai ce qui marche auprès des enfants et s’avère contreproductif ce qui les enferme dans l’échec. On comprend qu’en gros les hauts technocrates sont mécontents de la façon dont les professeurs exercent et ils sont bien décidés à leur réapprendre leur métier.   

Voici la table des matières :

Introduction. Où va l’École de la République ?
« Pédagogues » contre « républicains », la fausse querelle
Un observateur engagé
Des rapports de force éminemment politiques
Le manuel scolaire, révélateur et symptôme


I. La querelle des manuels scolaires et la liberté pédagogique
1. « Au feu les manuels ! »
Des manuels scolaires critiqués, contestés, admonestés…
La pression des lobbys en tous genres
Les « réacs » à l’offensive
L’activisme des mouvements antidiscrimination
Des patrons fort mécontents
La demande de contrôle par l’État
2. Les manuels scolaires sont-ils « hors de contrôle » ?
Quelle est la doctrine officielle ?
Un ministère qui n’aime plus la liberté pédagogique
Acte 1 : le rapport Borne (1998)
Acte 2 : le manuel à l’heure du numérique (2010)
Acte 3 : les appels d’offres comme leviers de contrôle (2012)
3. À qui et pourquoi la liberté pédagogique fait-elle peur ?
Une notion chargée d’histoire
Les débuts liberticides de la IIIe République
Un exemple de censure technocratique sous le Second Empire
La liberté pédagogique au temps de Jules Ferry :
1) la liberté de produire                                                                                                                                                                                                                 2) La liberté de choisir (collectivement)
3) La liberté d’utiliser
Pourquoi la politique « libérale-républicaine » de la IIIe République gêne-t-elle aujourd’hui?
La liberté pédagogique hérisse les pétainistes
4. Qui conçoit et produit les manuels aujourd’hui ?
Programmes, méthodes, manuels : éviter la confusion
Faire cours, est-ce concevoir un manuel ? Et inversement ?
Chaque professeur est-il un « auteur potentiel » ?
Auteur scolaire n’est pas une profession, mais c’est un vrai métier
Qui sont les éditeurs scolaires français ?
Vers une édition scolaire d’État ?
Les auteurs de manuels scolaires sont-ils de mauvais fonctionnaires ?
II. Une « révolution numérique » à l’École ?
5. Le « numérique éducatif » va-t-il remplacer l’édition scolaire ?
Les TICE sous le haut patronage de la « société de la connaissance »
Quand le support fait disparaître l’œuvre
Les granules numériques sont-ils le must des ressources pédagogiques ?
Pourquoi le e-learning devrait-il s’appeler e-teaching ?
Un cœur de métier impossible à informatiser
Le vieux rêve du processeur comme substitut du professeur
6. Que signifie le marketing alternatif du « gratuit » et du « collaboratif » ?
Les contes de fées du marketing du gratuit
L’arnaque du coût marginal proche de zéro
Le « collaboratif », alternative aux « pouvoirs établis » ?
L’intelligence collective (encadrée) est-elle une garantie de pluralisme ?
Derrière les data, du travail humain surexploité
7. Un ministère technocratique sous hypnose numérique
Le défi du « numérique éducatif » pour l’État
La « révolution numérique » va-t-elle reformater l’École ?
Fumeuse futurologie ou arme politique ?
L’enseignement primaire dans la ligne de mire
Un exemple d’hypnose marketing : les tablettes                                                                                                                                                                          8. Quel « service public » pour le numérique éducatif ?
Les rêves de contrôle des experts TICE de la rue de Grenelle
Une toile d’araignée qui prétend tout capter
Les seigneurs numériques en embuscade
III. Les neurosciences au service du « grand reformatage »
9. Vers une neuro-éducation technocratie-compatible ?
Un conseil scientifique inédit dans l’histoire française de l’École
L’euphorie « neuro » : surpromesses et prise de pouvoir
Sciences cognitives et neurosciences : pourquoi des dérives sont-elles possibles ?
Qui apprend ? Le cerveau ou les êtres humains ? Ou les deux ?
Quand le « neuro » cherche ses cobayes avec méthode
10. Quand le « neuro » veut imposer son imperium
L’effet boomerang de l’attitude impériale
« Enseigner est une science », ou comment nier l’expertise professorale
Les méthodes de lecture au CP dans le collimateur
11. Les « bonnes pratiques » sous l’emprise « neuro »
La recherche médicale appliquée, modèle pour l’École ?
« Agir pour l’école », l’expérimentateur agréé de Blanquer
Derrière les injonctions ministérielles, quels enjeux ?
Avec Singapour, Blanquer brouille ses repères mais dévoile ses cartes
12. Qui tient la barre du grand reformatage ?
L’affirmation décomplexée d’une haute technocratie élitaire antiprofs
Quand Blanquer dénonçait le pouvoir monarchique de la Ve République
Jean-Michel Blanquer à l’école des puissants
L’Institut Montaigne, expert-consultant en grand reformatage
Bercy, le vrai évaluateur de l’efficience « pédagogique »
13. Les enseignants sont-ils piégés ?
Le piège du dénigrement professionnel
Le piège de l’antipédagogisme
La neuro-éducation peut-elle relégitimer la pédagogie ?
La liberté pédagogique peut-elle être le bien commun des enseignants ?


Conclusion. Vers une nouvelle « guerre scolaire » ?


Néolibéraux, neuroscientifiques et géants du numérique : une nouvelle triple alliance pour contrôler l’École                                                                                                                                                                                                                                       Le mépris institutionnel de l’inventivité et des compétences des agents de l’Éducation nationale

Pour tous publics Aucune illustration

Zaynab

Note globale :

Par - 534 avis déposés - lectrice régulière

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