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Les contre-guérillas françaises dans les terres chaudes du Mexique (1862-1867)

Les contre-guérillas françaises dans les terres chaudes du Mexique (1862-1867)
L’Harmattan 302 pages
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Avis de Alexandre : "Napoléon III, bête comme une oie, s’en allait en guerre"

Napoléon III proclamait, après son élection comme président de la République, que l’Empire c’est la paix. On sait ce qu’il en résulta et outre-mer s’il avança, sans trop de casse, ces pions dans le sud de l’Indochine par contre fut un désastre l’expédition du Mexique pour le compte de Maximilien Ier (frère de l’empereur François-Joseph).

Comme pour la Guerre de 1870, on trouve à l’origine l’impératrice Eugénie qui, en compensation son acceptation gracieuse des maîtresses de Napoléon III, avait acquis le droit de se mêler de politique étrangère. Le conservateur catholique Mexicain José-Manuel Hidalgo y Esnaurrizar était premier secrétaire d’ambassade à Madrid et approcha ainsi dans un premier temps la mère de l’impératrice Eugénie qui l’introduit auprès de sa fille. José-Manuel Hidalgo y Esnaurrizar termina d’ailleurs sa vie en exil à Paris en 1896.

Quasiment depuis l’indépendance du Mexique, s’opposent violemment les conservateurs catholiques et les libéraux voltairiens s’affrontent et bien vite le pays connaît une succession de coups d’état. D’où l’idée chez les conservateurs catholiques que l’instauration d’une monarchie permettrait de consolider leur influence.

Une rébellion, menée par les généraux conservateurs Zuloaga et Miramón, chasse le libéral Benito Juárez du pouvoir. Les lois agraires, que ce dernier a fait voter, se traduisent par la confiscation des propriétés  du Clergé et la fin de la reconnaissance des biens collectifs appartenant aux villageois, en grande partie indigènes. Ces terres furent acquises par des spéculateurs liés au gouvernement de Juárez et des gros propriétaires terriens. Lorsque Benito Juárez décide de suspendre le paiement de la dette extérieure, il en découle une intervention étrangère de pays européen. Une réaction  américaine est alors exclue puisque la guerre de Sécession frappe les USA. En décembre 1861 et janvier 1862 des soldats espagnols, anglais, belges, austro-hongrois, égyptiens (originaires du Soudan pour le plus grand nombre)  et français débarquent.

Lorsque les troupes alliées furent envoyés combattre au nord du Mexique, elles durent faire face à une solide guérilla s’appuyant sur la complicité des populations locales. Se mit alors en place une contre-guérilla dirigée au départ par Charles Édouard Eugène de Stoecklin né en Suisse à Fribourg le 16 juin 1834 ; il était présent au Mexique en tant qu’ingénieur civil en charge de la construction de voies ferrées. Il était sorti de l'École Centrale de Paris. Charles Édouard Eugène de Stoecklin est mort au champ d'honneur à Jatilpan le 6 août 1863. Est déjà présent, dès le départ à ses côtés, un officier subalterne (et non sous-officier, comme le dit l’auteur) qui appartiendra à la contre-guérilla jusqu’à sa dissolution, à savoir Édouard Sudrie originaire de Périgueux (page 41).

Prend la suite du commandement de cette troupe, le colonel Charles-Louis Du Pin qui avait diverses campagnes en Algérie. D’ailleurs, suite à son sauvetage du colonel Morris, les soldats inventèrent une chanson dont un des couplets disaient :

«  Le capitaine Dupin

Le pistolet en main

Visait à la smala

Un bédouin qu’elle rata. » (page 69)  

Il avait participé au combat en Crimée, Italie et Chine. Suite à l’annonce de la vente des objets chinois (fruits du pillage du Palais d’été) dont il s’était emparés, il est placé en congé de l’armée.

Le 15 août 1862 il obtient d’être rappelé en activité et part pour le Mexique alors qu’il va sur ses 48 ans. En février 1863 on lui confit une mission de contre-guérilla dans les Terres chaudes (région allant du nord de Veracruz jusqu’à la frontière américano-mexicaine), il dirigera au maximum 1 000 hommes et il recrute des troupes auxiliaires indigènes dirigées par le colonel mexicain Prieto. Au total des hommes de vingt-deux nationalités différentes auront servi dans les diverses unités de la contre-guérilla.  

Photo, prise au Mexique, du capitaine Ney

Face aux exactions commises par les troupes de Charles-Louis Du Pin, à la demande de l’empereur Maximilien, le capitaine Ney (petit-fils du maréchal éponyme) prend sa relève. Gaston de Galliffet  (le massacreur de la Commune) puis le capitaine Paul Jaquin lui succèdent. C’est l’officier  Edouard Jacques Chenet qui est le dernier chef de cette contre-guérilla, alors composée pour partie de gendarmes. Le capitaine Durieu, qui avait servi également dans la contre-guérilla au Mexique, s’illustra également dans la répression lors de la Semaine sanglante.  

Parmi les autres acteurs de ce harcèlement de l’ennemi, on retiendra le capitaine Du Vallon, le Capitaine Isabey (qui prend deux canons à la guérilla républicaine), le capitaine De Kératry  (à qui on doit un ouvrage de souvenirs sur cette aventure), le lieutenant Dumont, le lieutenant De Golstein (né et mort à Bruxelles) qui a exterminé au Rancho Garcia la bande républicaine de Cavada le 20 juillet 1865 …

Dans l’introduction, Éric Taladoire évoque la mémoire laissée au Mexique par la contre-guérilla française, et reproduit en particulier une page de BD qui évoque la violence dont elle faisait preuve vis-à-vis des villageois. Dans la conclusion, il présente le regard d’historiens mexicains sur l’action de celle-ci. Entre-temps il a expliqué magistralement quelle était la situation du Mexique au moment de l’intervention française, l’évolution générale des combats et la place qu’y occupe la contre-guérilla ainsi que les méthodes qu’elle emploie.  

On notera que c’est le capitaine de génie Édouard Thiers, héros du siège de Belfort en 1870-71,  qui fut chargé de la réfection du port de Veracruz (Mexique) dans les années 1880. En effet, comme le souligne l’auteur page 272, le Mexique mettra sur le compte de Napoléon III cette mésaventure et nouera des liens étroits avec la IIIe République.  

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Alexandre

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