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Petite Garnison : roman de mœurs militaires

Petite Garnison : roman de mœurs militaires
Éditions des Paraiges, Éditions Le Polémarque222 pages
1 critique de lecteur

Avis de Octave : "Un roman à clef prit en allemand le nom de "Bilse-Roman"

Pour se faire une idée de l'esprit non seulement du corps des officiers présents dans le Reichsland, mais dans l’Empire allemand au tout début du XXe siècle, on dispose enfin  d'un ouvrage temporairement interdit en Allemagne à la Belle Époque. En 2003 le roman "Esra" de Maxim Biller a été interdit à la vente, en s’appuyant sur ce cas d’école. Deux personnes avaient obtenu une ordonnance provisoire, parce qu'ils ont affirmé avoir pu se reconnaître dans les personnages du livre comme nombre d’officiers un siècle plus tôt.

"Petite Garnison : roman de mœurs militaires" a été écrit de l'intérieur par le Lieutenant Fritz Oswald Bilse en garnison au 16e batailllon du train en garnison à Forbach, une unité forte d’environ 400 hommes, stationnée donc dans la partie lorraine du Reichsland. Ce dernier est né en 1878 à Kirn en Rhénanie où son père était professeur au collège catholique. Une photographie de lui pleine page est offerte dans ce livre et une très significative caricature portant l'esprit du livre, réalisée à l'époque, est au dos de l'ouvrage.

Bilse été reconnu coupable de diffamation, a été renvoyé de l'armée pour cause d'indignité, et condamné à une peine d'emprisonnement de six mois. Le compte-rendu de l’essentiel du procès des 9, 10 et 11 novembre 1903 est fourni, à l’exception des propos (peu volumineux) tenus en huit-clos.

L’ouvrage rencontre un franc succès en France, où il est traduit en 1904 par "Petite Garnison", mais se vend également bien aussi en Amérique, au Royaume-Uni, en Russie, en Belgique et au Pays-Bas. Il vient d’être réédité au début de l'année 2015 en français par les éditions Le Polémarque. La description de l’univers militaire est à peine romancée ; c’est donc celle de la garnison de Forbach. Personnellement nous donnerons deux commentaires très éclairant du contenu.

Reinhard Müller Rice disait en 1982, à propos de l'auteur, ce qu’on peut traduire ainsi :

« Au lieu d'être un membre banal du corps des officiers, il se retrouve dans le rôle d'un observateur distancié. Il trouve dans son major une compagnie paternelle ; avec lui il peut discuter des idées pour la réforme de l'armée ».

Dans un article de 1994 pour une revue d'histoire locale, Henri Wilmin écrivait :

«Bilse avait brossé un tableau croustillant sur les moeurs dépravées de la plupart de ses camarades officiers négligeant leur service, brutalisant leurs hommes, endettés, adultères, coureurs de jupons et ivrognes ».

Il s’agit d’un récit où sont mises en scène les relations complexes qu’entretiennent entre eux les officiers  mais les sous-officiers et les soldats ont également une place comme acteurs secondaires de l’intrigue. Des relations extra-conjugales qui restent dans l’univers militaire (l’épouse de l’un étant la maîtresse de l’autre) viennent d’ailleurs parfois parasitées  les rapports que tous ces hommes ont entre eux. Les recrues alsaciennes-lorraines ainsi que la population civile de Forbach sont peu présentes dans le récit et il ne faut pas chercher ici l’évocation de tensions entre officiers issus des divers états allemands (constituant l’essentiel du Reich) et des gens originaires de lieux devenus allemands après la Guerre de 1870. Contraints à des dépenses de façade et parfois pris par la passion du jeu, ces officiers subalternes accumulent les dettes, vu la maigreur de leur solde (elle ne devient conséquente qu’avec le grade de capitaine).  

Dans sa préface, Laurent Schang explique bien les deux voies parallèles pour devenir officier dans l’Allemagne wilhelmienne :  pour les nobles il y a les écoles de cadets (sorte de Saint-Cyr) et pour les roturiers sont prévus plusieurs mois de stage comme simple soldat puis sous-officier et ensuite une formation de neuf mois à l’École de guerre.

"L'Alsace dans le Reich (1871-1918)" de la série de BD "Cette histoire qui a fait l'Alsace", apportera un complément d’images à ce récit (bien que Forbach soit en Lorraine) et on lira avec intérêt toujours chez Polémarque les "Souvenirs d'Alsace-Lorraine 1870-1923" écrit par un prince allemand catholique, relativement francophone, qui fut député de la circonscription d’Haguenau et Wissembourg entre 1893 et 1903.

Pour tous publics Peu d'illustrations

Octave

Note globale :

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