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Pierre Naville : Biographie d’un révolutionnaire marxiste, 1

Pierre Naville : Biographie d’un révolutionnaire marxiste, 1
L’Harmattan369 pages
1 critique de lecteur

Avis de Adam Craponne : "1935 La France expluse le Vieux et la SFIO exclut les jeunes trotskystes"

Comme Stéphane Hessel, Jean-Christophe Averty, Nathalie Baye et Jean de Brunhoff  par exemple, Pierre Naville, fils d’un banquier suisse protestant travaillant à la Banque ottomane et d’une mère catholique, fréquente l’École alsacienne. Alain Cuenot nous dit qu’il a pour ami un fils de député socialiste (sans nous donner le nom, ce qui perd tout son intérêt) et le fils du mathématicien, député alors parisien et ministre (dans la mouvance  socialiste indépendante  composé de personnalités indépendantes de tout et surtout du socialisme) Paul Painlevé.  

Le premier tome est sous-titré De la révolution surréaliste à la révolution prolétarienne 1904-1939. Né en 1904, il a pleinement conscience du conflit qui se vit durant ses premières années, d’autant que Paris à la fin du conflit reçoit des obus de la Grosse Bertha. Dès 1920 il dit s’être débarrassé de toute foi chrétienne, à l’époque il est d’ailleurs tombé dans l’admiration de la Révolution russe. Après son  baccalauréat, il fait des études de philosophie à la Sorbonne ; séduit f’abord par les idées de Bergson, il se tourne ensuite vers Aristote et pour le domaine de la sociologie vers Auguste Comte.

Dans le domaine littéraire « P. Naville, séduit et gagné par la pensée surréaliste, délaisse P. Valéry pour admirer les écrits d’Éluard et s’essayer aux textes surréalistes » (page 47). Le second chapitre s’intitule d’ailleurs "L’expérience surréaliste", on y apprend l’intérêt du personnage pour l’Orient et l’Asie. Collaborateur à la revue L’œuf dur, il publie chez Gallimard le récit poétique  Les Reines de la main gauche. Il  épouse en 1924 l’ancienne muse d'Aragon (elle l’inspire pour le personnage de Bérénice dans Aurélien) devenue épouse de Georges Denise Lévy, née Kahn ; cette dernière est la cousine à la fois de Simone née Kahn, la première femme d'André Breton et également de Janine Kahn qui se marie en 1926 avec Raymond Queneau. Ces trois femmes sont des petites-filles d’un marchand de bestiaux de Bliesbruck, près de Sarreguemines.

Trostky entre le couple Naville à Prinkipo

Pierre Naville fait son service militaire en 1925 et 1926 alors que la Guerre du Rif connaît ses derniers soubresauts et que la SFIC (nom de ce qui deviendra le Parti communiste français) mène une campagne anticoloniale. Son engagement dans le mouvement communiste date de cette époque et il est invité par Marcel Fourrier à collaborer à la revue Clarté; fondée officiellement en mai 1919 par Henri Barbusse, Paul Vaillant-Couturier et Raymond Lefebvre, cette dernière est une revue culturelle dans laquelle on trouve des articles de Victor Serge. Ce périodique, par ailleurs passerelle entre les surréalistes et les communistes, porte progressivement une sensibilité  trotskiste, aussi la direction communiste arrête sa parution en février 1928. André Breton se considérant de plus en plus comme le pape du surréalisme et multipliant les exclusions et polémique, l’année 1929 est celle de la rupture entre les deux hommes.

Pour Pierre Naville « il est indispensable de séparer l’activité politique militante du travail de création et l’art doit être laissé à l’entière discrétion du créateur, membre d’un parti ou pas » (page 309). Des pages très intéressantes (224 à 228), pour ceux qui s’intéressent à l’histoire du syndicalisme enseignant, évoquent les liens que Pierre Naville entretient avec les instituteurs Maurice Dommanget (de l’Oise) et Louis Bouet (du Maine-et-Loire) membres de la Fédération de l’Enseignement adhérente à la CGTU qui s’expriment dans la revue L’École émancipée. Dans cette dernière Pierre Naville donne quelques textes.

On est là dans le chapitre intitulé "Au cœur du mouvement trotskiste" qui permet de connaître les nombreux séjours que fit notre personnage auprès du Vieux ; leur première rencontre date de 1927 à Moscou et la seconde de 1929 qui se fait en Turquie à Prinkipo où Trostky vit la première partie de son exil. Par ailleurs on suit le travail très sinueux des trotskistes français entre 1935 et 1940, une période qui voit se dessiner l’arrivée au pouvoir du Front populaire (on se rappelle du "Tout est possible" de Marceau Pivert) puis allant de pair avec le recul social mené par Daladier (les décrets-lois qui sont suivis par la grève générale du 30 novembre 1938) et les menaces de guerre au niveau de la France et à l’extérieur la Guerre d’Espagne et les procès de Moscou. Pierre Naville rompt avec le mouvement trotskyste officiel en juin 1939 après son exclusion de la IVe Internationale, suite à un désaccord autour de l'entrée au PSOP de Marceau Pivert.

On apprécie beaucoup les illustrations variées (dont une page de Clarté avec deux photographies en rapport avec la Guerre du Rif)  la liste des sigles prenant trois pages et l’index des noms propres ; les militants actuels de Lutte ouvrière seront déçus de voir que David Korner (alias Barta) et Pierre Naville ne se sont pas rencontrés. Par contre les sympathisants du Nouveau Parti anticapitaliste retrouveront ici des figures qu’ils apprécient tel Pierre Franck (avec 13 pages renvoyant à son nom).  

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Adam Craponne

Note globale :

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