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Le musée du crime

Le musée du crime
Maisonneuve & La rose | Hémisphères190 pages
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Avis de François S.F. : "Fidélité à une mémoire"

Qui mieux que Jean Tulard pouvait présenter et préfacer les contributions de sa mère, Hélène Tulard, conservatrice des archives et du musée de la Préfecture de police de Paris, de 1944 à 1970, textes publiés entre 1952 et 1965 dans Vigilat, la revue trimestrielle de la Fondation Louis Lépine de la Préfecture de police ?
Jean Tulard est à l'aise dans son propos liminaire et, en bon historien, il ne donne pas dans le sentimentalisme et le nombrilisme familial : il fait un bref historique de la Préfecture de police, une présentation des personnalités qui la créèrent, la dirigèrent et la façonnèrent,en tenant compte des aléas et ruptures politiques, insistant bien sûr sur les périodes pré-révolutionnaire, révolutionnaire, impériale et post-impériale, mais ne négligeant pas pour autant la seconde partie du XIXe siècle ni non plus le XXe siècle. Il s'interroge bien sûr sur le devenir des archives et du musée, maintenant que le Palais de Justice s'apprête à quitter l'île de la Cité et tandis que la police décroche du célèbre quai des Orfèvres. Il prend soin aussi dans ce préambule de nous situer dans les différents lieux qui furent occupés à travers le temps. Pour finir, il parle de la création des archives et du musée.
Il n'oublie pas au passage de faire allusion au fameux fer à friser la barbe qui était celui de Landru et qui constituait l'une des pièces les plus curieuses du musée, visité par nombre de personnalités du cinéma, fascinées par l'univers policier et son gibier criminel. Le musée, rappelle Jean Tulard, a migré au 4, rue de la Montagne Sainte-Geneviève.
Mais tout cela, bien sûr, n'est qu'introductif, car suivent sans transition aucune les articles fourmillant de détails signés par Hélène Tulard.
On suit d'abord Pierre Eugène Labat qui, ayant célébré par un poème la geste américaine du marquis de La Fayette, fut récompensé en se voyant confier la garde des archives, mais aussi celle des objets trouvés et des pièces à conviction. De son poste, il observa tout ce qui se passait et tous les gens qui passaient à la direction de la Préfecture.
On lit ensuite un papier sur les collections historiques de la police, depuis le Moyen Âge jusqu'à la Libération de Paris, un ensemble longtemps relégué aux étages supérieurs et peu exploité, si ce n'est que l'on y trouvait des ordres d'arrestation multiples visant des personnes ou personnalités passées à la postérité.
On lira avec curiosité le texte où il est question de l'inspecteur Quidor et l'affaire mémorable du Collier de la Reine que Goethe regardait comme l'un des éléments qui alimentèrent en le préparant le soulèvement révolutionnaire de 1789, ne serait-ce que par le climat que cette affaire entretint dans le petit monde parisien.
On apprendra avec étonnement qu'un simple limonadier, très apprécié dans son quartier, fut fait officier de paix à la fin de 1791. Il s'appelait Jean-Baptiste Dossonville, et on le suivra dans la tourmente révolutionnaire qui ne l'épargnera pas et qui le rendra suspect avant qu'on ne l'innocente puis qu'on l'expédie à Cayenne, comme déporté ; on le verra s'évader en 1798, perdre à nouveau tout crédit par la faute de Fouché, puis servir les Bourbons sous la Restauration.
La carrière fulgurante et malheureuse de Boutreux, désigné préfet par le conspirateur Malet en 1812 pendant que Napoléon guerroyait en Russie envoya cette pauvre dupe de l'affaire devant un peloton d'exécution alors que sa complicité n'était même pas celle d'un factieux.
Quant au pauvre Bourienne, éphémère préfet de Louis XVIII avant les Cent Jours, il se crut le protégé du roi qui lui promit de le garder tout au long de son règne et qui, revenu à Paris après la deuxième chute de l'Aigle, n'eut rien de plus pressé que de nommer Decazes à la Préfecture et Fouché à la Police générale.
Ce sont quelques-uns des épisodes policiers retracés dans ce recueil, où sont mentionnées aussi pas mal d'affaires criminelles, connues ou pas, et qui d'une certaine manière ont marqué les annales. Hélène Tulard dit quantités de choses en quelques mots et tout est limpide et justement circonscrit à l'essentiel, plusieurs détails s'ajoutant qui éclairent le lecteur curieux de découvrir et de comprendre. En arrière-fond, le contexte est rappelé à chaque fois, ce qui fait que le lecteur n'est jamais perdu.
Cela valait la peine d'exhumer ces textes d'Hélène Tulard, et il est intéressant de les lire.

François Sarindar

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Note globale :

Par - 7 avis déposés - lecteur régulier

647 critiques
14/06/19
Aujourd'hui on peut voir le musée en question là
https://www.prefecturedepolice.interieur.gouv.fr/Nous-connaitre/Services-et-missions/Service-de-la-memoire-et-des-affaires-culturelles/Le-musee-de-la-prefecture-de-police
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