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Les Celtes

Les Celtes
Belin333 pages
1 critique de lecteur

Avis de Grégoire : "Sus à la celticomanie !"

“Les celtes (...) sont un sac magique dans lequel on peut mettre ce que l’on veut et d’où peut sortir à peu près n’importe quoi” disait Tolkien. Voilà qui résume bien l’ouvrage de Jean-Louis Bruneaux. Le terme “celte” a regroupé toutes les fantaisies possibles et ne correspond à aucune unité géographique, ni même temporelle et encore moins culturelle. Il reflète plutôt le contexte politique ou idéologique du peuple qui l’emploie. L'ouvrage traite de l'utilisation de ce mot à travers l'Histoire, en essayant de comprendre ce qui a abouti à la création du mythe que nous connaissons aujourd'hui.

La première partie du livre, longue introduction, ne m'a pas trop plu : l'auteur dénonce la récupération de l'image du peuple celte, accusant même de racisme certains de leurs prétendus descendants, sans qu'on comprenne bien de qui il parle. Certes, on pense au folkore "néo-celtique" présent un peu partout en Europe de nos jours, mais l'attaque à laquelle se livre l'auteur aurait mérité une cible plus précise ou des exemples plus concrets.

Les celtes vus par les grecs et les romains

La suite est beaucoup plus intéressante : les peuples de Gaule n’ayant laissé aucun écrit, on les connaît via d’autres peuples (c’est ce qu’on appelle la proto-histoire). Les recherches sur les celtes passent d’abord par les écrits grecs et romains. L’ouvrage s’appuie sur Posidonios d’Apamée, Trogue Pompée, ou encore Tite-Live et même Jules César (ce dernier mentionne les celtes dans la première phrase de “La guerre des gaules”, sans pourtant les mentionner à nouveau dans la suite de ses écrits).

Dès le VIIIe siècle avant notre ère, on rencontre chez les auteurs grecs des évocations d'un peuple extrême-oriental source de nombreux mythes. Les hyperboréens, comme on les appelle d'abord, sont des personnages frôlant la perfection, cotoyant les héros de la mythologie grecque et parfois confondus même avec les atlantes.

Les échanges s’intensifient et les grecs découvrent  les celtes qu’ils croient d’abord répartis sur la partie sud de la Gaule, puis sur toute la partie Ouest de l’Europe (ils imaginent une frontière commune avec les Scythes, pourtant distants de plusieurs milliers de kilomètres). On parle de celtes (d’après le grec Keltike, traduit en Celticum, désignant leur territoire) ou de gaulois selon le contexte de l’époque et selon le type d’échanges. Les gaulois acquièrent notamment une réputation plus rustre à cause de la prise de Rome par Brennus en -390. Les légende se confondent avec la réalité : les auteurs (notamment Polybe) feront par exemple une confusion entre celtes (Keltoï) et galates (Galataï), ces derniers étant présents en Asie mineure sans qu’on sache trop alors si l’éthymologie commune est justifiée.

Un terme idéologique

Dans les siècles suivants et jusqu’à nos jours, la notions de “celte” continuera à varier au fur et à mesure des recherches sur la généalogie des nations occidentales. En France, le mythe celtico-gaulois permettra de récupérer une ancienneté plus grande encore que celle des germains. Paul Émile, un savant italien recruté par Charles VIII, fait même des gaulois les ancêtres des troyens, les transformant ainsi en grand peuple antique. Au XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle, une langue celte sera inventée, rameau des langues indo-européennes, ainsi qu’une littérature, et tout un imaginaire emprunté en partie à la culture gauloise. Même les nazis récupéreront le mythe à leur profit, y compris avec une archéologie détournée au service de leur idéologie.

La cité phocéenne

Le chapitre qui m’a le plus intéressé (bien qu'il ne soit pas directement lié au sujet du livre) concerne la création du comptoir de Marseille en -600 par les phocéens. L'image de ceux qu'on commence à appeler celtes devient alors plus concrète. Les colons, repoussés vers la mer par les perses, avides de nouvelles sources de minerai (ambre, étain, mais aussi or et argent), trouvent dans le golfe du Lion un endroit protégé des pirates ligures et des navires carthaginois. Avec l'accord du chef gaulois Nannos (et grâce au mariage du phocéen Protis avec la fille de celui-ci), ils fondent une cité. Proche de l’embouchure du Rhône, celle-ci devient rapidement un intense carrefour d'échanges entre grecs et gaulois.

Les différentes peuplades qui occupent le sud de la Loire doivent s'entendre pour accompagner les aventuriers-marchands grecs à travers la Gaule, à moins que ça ne soit pour acheminer eux-même les produits. Le contact des grecs influence les chefs gaulois, sans qu'on puisse toutefois parler d'acculturation : ces peuples de guerriers sont d’ailleurs habitués aux contacts extérieurs puisqu’ils pratiquent le mercenariat dans toute la méditerranée.

Conclusion

Cet ouvrage, assez ardu à lire, est bien différent de ce que je m’attendais à y trouver. Il ne s’agit pas d’une description d’un peuple, mais de la déconstruction d’un mythe. On parcourt l’Europe entière à travers 26 siècles, jonglant entre les mythologies et la réalité historique rendue floue par ce mot “celte” finalement bien vide de sens.


 

Pour connaisseurs Aucune illustration

Grégoire

Note globale :

Par - 52 avis déposés - lecteur/trice régulier/ère

52 critiques
07/04/15
Du même auteur : Nos ancêtres les gaulois, Points 2012; Les druides : Des philosophes chez les Barbares, Points 2015; Voyage en Gaule, Seuil 2011; Alésia, Gallimard 2012 ...
682 critiques
02/08/19
Des archéologues découvrent en Suisse une femme celte enterrée depuis 2200 ans dans un tronc d'arbre
https://www.geo.fr/histoire/des-archeologues-decouvrent-une-femme-celte-enterree-depuis-2200-ans-dans-un-tronc-darbre-196868
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