Ecrire un avis

Necker

Necker
Perrin 564 pages
1 critique de lecteur

Avis de Ernest : "Venu de Suisse, Necker y repart pour une histoire suisse"

Pour expliquer notre titre, il faut savoir, comme la page 418 nous l’apprend, c’est « la manière dont le marquis de Bouillé a dompté la révolte des Suisses de Châteauvieux à Nancy » qui provoque  une manifestation de Parisiens réclamant le renvoi de tous les ministres et se dirige vers l’hôtel du Contrôle général et Jacques Necker le fuit puis n’ose plus revenir à son  domicile. Ce dernier démissionne  le 4 septembre 1790 de ses fonctions de Premier ministre des finances et se décide à regagner Coppet où il possède un château situé au nord de Genève mais dans une ville dépendant alors du canton de Berne en Suisse . Il meurt là en 1804. L’ouvrage Le crépuscule de la monarchie ou les sacrifices des Gardes suisses  raconte longuement l’affaire  du régiment suisse de Châteauvieux.

Le père de Necker est d’origine poméranienne, il exerce plusieurs fonctions de précepteur de fils de la haute noblesse féminine. Il épouse une Genevoise de la notabilité locale et a deux fils Louis et Jacques. L’aîné Louis est professeur de mathématiques à l’université de Genève. Jacques, né en 1732, part à Paris en 1751, il travaille pour la banque Vernet ; Jacques Necker avait pour ami Jacob Vernet théologien de l'Académie de Genève qui était le frère d’Isaac Vernet propriétaire de cette banque. Rapidement notre personnage devient un des directeurs de la banque parisienne Vernet.

En 1764 il se marie avec une fille de pasteur orpheline devenue préceptrice chez Mme de Vermenoux. Mme Necker va tenir salon et recevoir chez elle de nombreuses personnalités du monde des lettres. En 1768 son mari devenant Résidant de Genève à Paris (l’équivalent d’ambassadeur pour une ville de Genève qui n’est qu’une alliée de la Confédération helvétique et donc indépendante de cette dernière), elle ouvre de plus sa maison à des diplomates.

La banque Vernet prête au Trésor royal, si bien qu’une relation privilégiée s’instaure entre le duc de Choiseul et Necker. Ce dernier se fait connaître de la Cour et de la bourgeoisie parisienne lors des débats sur la suppression de la Compagnie des Indes. Même si Necker perd en 1770 certaines responsabilités, il aura d’ailleurs renforcée par le couronnement par l’Académie française en 1773 de son Éloge de Colbert.

Le système des rentes viagères mis en place par le Trésor public est bien expliqué et les Genevois ont souscrit dix millions de rentes viagères (page 199). Aux pages 237 à 239 on voit que dans le Compte-rendu au roi par Necker, ce dernier n’entend pas imposer les deux ordres privilégiés mais prône la suppression de la gabelle et des traites. Maurepas torpille le projet de réformes de Necker alors que Marie-Antoinette le soutient ; Maurepas meurt en laissant en conseil à Louis XVI de ne pas utiliser Necker, Lomélie de Brienne, Lamoignon et Calonne. Ce dernier, contrôleur général des finances de1783 à1787, va reprendre nombre d’idées de Necker en les durcissant mais celui-ci est renvoyé par Louis XVI sur les conseils de Marie-Antoinette. Necker se voit interdit de répondre à Calonne sur les critiques que ce dernier a faites de sa gestion des finances publiques et est exile dans le lieu de son choix à au moins vingt lieues de Paris.

L’idée de convoquer les États-Généraux prend de l’ampleur ; Lomélie de Brienne et Marie-Antoinette recommandent à Louis XVI de rappeler Necker comme contrôleur général des finances et ministre d’État. Necker voit un danger avec le doublement des députés du Tiers et ce sont les deux époux royaux, en délicatesse avec les ordres privilégiés qui vont imposer ce surcroît de représentation du Tiers. « Au lieu de diriger les évènements, Necker va se laisser conduire par eux, et, tentant de les utiliser au mieux des intérêts de la monarchie, il va s’attirer la haine de la majorité des royalistes qui l’accuseront de pactiser avec la Révolution » (page 330). Peu après l’ouverture des États-Généraux, Louis XVI revoie Necker car le roi veut prendre des mesures de fermeté à l’égard de l’Assemblée et Necker se dirige vers les Pays-Bas autrichiens assez proches. La protestation contre ce renvoi est un des moteurs de la prise de la Bastille et Louis XVI est contraint par les Parisiens de rappeler Necker. Necker propose alors en vain de transférer les États-Généraux à Soissons ou Compiègne afin qu’ils ne soient plus sous la pression des Parisiens.« En se voulant au-dessus des partis, Necker n’est arrivé qu’à s’attirer la haine des extrémistes des deux camps et en voulant se faire le bouclier de la monarchie, il est devenu la cible préférée des ennemis du régime qui, s’ils n’osent encore s’attaquer directement au roi, essaient leurs traits sur la personne de son ministre principal » (page 403).

Dans ses ouvrages Sur l’administration de M. Necker, par lui-même (1791) ou De la Révolution française (1796), Necker tente de montrer qu'il avait raison contre tous. Pour l’anecdote on apprend que Necker parvient à faire céder l’île antillaise de Saint-Barthélemy à la Suède en échange de la nomination par Stockholm de Monsieur de Staël futur époux de la fille de Necker (page 274). Cette île est redevenue française en 1878.      

Pour connaisseurs Aucune illustration

Ernest

Note globale :

Par - 137 avis déposés -

Connectez-vous pour laisser un commentaire
Vous aussi, participez en commentant vos lectures historiques facilement et gratuitement !

Livres liés

> Suggestions de lectures sur le même thème :
> Du même auteur :
> Autres ouvrages dans la même catégorie :