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Le modèle culturel aristocratique de la Rome antique

Le modèle culturel aristocratique de la Rome antique
Academia299 pages
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Avis de Adam Craponne : "L'élite se délite"

Afin de mieux comprendre le projet européen qui oriente aujourd’hui notre vie économique, politique et sociale, il est nécessaire de se pencher sur l’histoire de l’Europe occidentale. Aussi en 2015 Guy Bajoit avait-il publié Le modèle culturel civique de la cité grecque et deux ans plus tard il donne Le modèle culturel aristocratique de la Rome antique.

Dans l’introduction de ce dernier ouvrage, l’auteur nous parle des bases de sa théorie sociologique de l’histoire. Il présente les schémas théoriques à partir desquels il a bâti son étude des modèles culturels de la République romaine depuis sa fondation et de l’Empire romain pour les deux premiers siècles après Jésus-Christ. Il s’agit de comprendre aussi pourquoi et comment on est passé d’un régime à l’autre dans une grande continuité.

La République romaine s’installe vers 509 en chassant un roi étrusque et prend fin en 27 avant Jésus-Christ, année où Octavien se voit attribuer par le Sénat le titre d’Auguste et l’imperium pour dix ans. Guy Bajoit montre que la plèbe conquiert progressivement de nouveaux droits car les praticiens ont besoin des membres de celle-ci afin de mener des guerres. Il rappelle que le bœuf est l’animal principal utilisé pour la traction, ce qui n’est pas sans inconvénient (page 35) et que la richesse se mesure à la possession de terres et montre que l’ordre équestre est le groupe ascendant. Les conquêtes militaires vont favoriser le commerce et la montée des impôts, ce qui va assurer cette poussée en puissance de ces nouvelles élites.

«  Le conflit diachronique opposait la vieille aristocratie patricienne, installée depuis le début de la République, à la nouvelle nobilitas en voie d’ascension sociale ; le conflit synchronique opposait la plèbe moyenne et pauvre, tantôt à la vieille, tantôt à la nouvelle aristocratie ». (page 49)

L’auteur considère que les conflits entre classes sociales ont relevé de trois sortes sous la République : révoltes serviles (celle de Spartacus est la plus célèbre), affrontements sociaux (avec des lois agraires et frumentaires portées par les Gracques), guerre des Alliés (qui débouchent sur un citoyenneté accordée à la plupart des Italiens).

 

Statuette de Némésis déesse adoptée par les gladiateurs et généraux romains

Guy Bajoit présente les divers organismes assurant la représentation des citoyens et les rapports qu’ils entretiennent entre eux. Pour Guy Bajoit les refus de l’aristocratie patricienne d’accepter des réformes profondes (elle revient parfois sur ce qu’elle a dû concéder) a entraîné la chute de la République. Toutes les classes sociales ont intérêt à l’élargissement de l’Empire car toutes y trouvent un avantage particulier. L’auteur montre que certaines guerres ont été conduites pour s’emparer de richesses minières connues. Par ailleurs les peuples conquis sont pressurés d’impôts et doivent fournir des contingents afin de financer les campagnes militaires. Ceci entraîne régulièrement des révoltes dans un espace peuplé par un peuple précis, si bien qu’aucune conquête n’est jamais définitive. L’armée romaine change progressivement de visage, on passe de citoyens soldats à une armée de métier prête à ouvrir à son chef la route du pouvoir.

Pour la partie consacrée à la République, il termine avec des sujets (résumables a minima dans la formule "du pain et des jeux") où il évoque dans un cas le clientélisme, l’évergétisme privé et les distributions d’avantages par l’État aux citoyens et dans l’autre cas la gestion de la socialisation et de l’intégration (avec un passage très intéressant page 118 sur l’évolution de la religiosité chez les Romains qui pointe les questions de l’âme et de sa victoire sur la mort, montrant que le christianisme trouvera là un bon terreau). Après avoir disserté sur cinq raisons de la décadence du régime républicain, l’auteur avance que la sixième est due à l’apparition de personnalités comme César, Octave et Marc Antoine

Au chapitre deux, l’auteur évoque les évolutions portées par le nouveau régime. Sous l’Empire changent de nombreux aspects de l’économie, des questions militaires, des institutions civiles, des rapports sociaux, de la morale…Guy Bajoit montre en quoi ces nouvelles données contribuent à la stabilisation du régime pour deux siècles. Dans le chapitre trois, Guy Bajoit décrit le modèle culturel aristocratique qui porte l’ensemble de l’organisation de la société. Le stoïcisme est le courant de pensée dominant, l’oisiveté est valorisée mais faire fructifier sa richesse est souhaitable, de nombreuses qualités morales sont mis en exergue, le droit est inégalitaire, la religion est contractuelle ...            

Dans une épilogue, l’auteur évoque la fin de l’Empire romain avec au départ les actions de la garde prétorienne qui assassinent deux empereurs successifs Commode et Pertinax et l’effacement du rôle du Sénat face à l’Empereur. Il considère que c’est l’arrivée en 193 de Septime Sévère (qui avait d’ailleurs en partie du sang punique) qui marque le passage à une dictature militaire de droit divin et que son successeur Caracalla met le doigt dans l’engrenage de payer les barbares afin qu’ils ne viennent pas ravager des parties de l’Empire tout en bouleversant la notion de citoyenneté romaine en l’étendant à tous les hommes libres de l’espace romain.  On signale qu’en fait Julius Nepos est le dernier empereur romain d’occident à être reconnu par Constantinople, Romulus Auguste ne l’ayant pas été. Ce dernier est d’ailleurs renversé par Odoacre avec l’appui du Sénat romain et de l’empereur d’Orient. Guy Bajoit renouvelle considérablement les idées que l’on pouvait se faire sur la société romaine, ceci en révélant l’idéologie ancrée dans l’univers mental des Romains appartenant à l'élite mais pas seulement.

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

Note globale :

Par - 634 avis déposés - lecteur régulier

409 critiques
30/12/18
Exposition sur empereur Claude. Un sage ?
À Lyon, au musée des Beaux-arts jusqu'à fin mars 2019.
https://www.la-croix.com/Culture/Expositions/A-Lyon-portrait-lempereur-Claude-sage-2018-12-30-1200992321
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