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Soldats sans uniforme

Soldats sans uniforme
Nouveau monde 527 pages
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Avis de Adam Craponne : "Il n’y a pas de hasard mais il y a des rencontres"

L’ouvrage est sous-titré La répression policière de l’espionnage et de la trahison, de l’affaire Dreyfus à 1945. On voit que l’arrivée au pouvoir d’Hitler  est suivie par la création en 1934 du Contrôle général de la surveillance du territoire. Étant donné qu’en 1940 les Allemands se procurent les archives du Contrôle général de la surveillance du territoire et qu’à Berlin les Russes s’en emparent près de cinq ans plus tard, on a une totalité absence de documents autour de l’espionnage soviétique, soupçonné dans ces années-là, car si ces archives font retour en France en 1994 c’est de façon incomplète. Avec la montée des périls, la CGST, qui compte 128 fonctionnaires au milieu des années trente, voit un certain nombre de ses centres subir un transfert pour se rapprocher de la frontière, ainsi celui de Dijon migre à Belfort et celui de Reims part à Nancy.

Ce serait le général Boulanger (alors ministre de la Guerre) qui aurait impulsé le vote en juin 1886 de la loi pénale sur la répression de l’espionnage, seconde pierre d’un édifice qui jusqu’alors relevait de décrets. Avec cette disposition, on inscrit toutes les personnes suspectes au carnet B ; on sait que les antimilitaristes y figureront aussi. Plus on tend vers 1914, plus la surveillance de tous les étrangers s’accentue. Avec les conclusions de l’Affaire Dreyfus, les militaires sont dessaisis au profit des policiers en matière de contre-espionnage, mais comme la mobilisation désorganise les services policiers, l’armée reprend largement les choses en mains durant la Première Guerre mondiale et elle trouve d’ailleurs un dossier au nom de Mata-Hari qui s’était rendue intéressante dès 1905.   

Pour faire une recherche en matière d’espionnage, il faut aller tant vers les archives de la police que vers les archives de l’armée. Cet ouvrage donne les premières pistes pour se lancer dans une consultation des archives. Par ailleurs, il permet de suivre toute l’évolution administrative et évoque quelques affaires. Ainsi on voit somment le Service de communications militaires (SCM) de Belfort, en la personne de son chef le capitaine Lombard s’occupe de l’affaire de Paul Gébus né en 1915 à Strasbourg (pages 131- 140). On suit d’ailleurs ce même Paul Gébus dans sa carrière d’agent double au moment de l’Occupation et la méfiance qu’il suscite des deux côtés fait que, libéré en juin 1940 par les Allemands de la prison de Châteauroux, il est arrêté par les Français à la fin de l’été 1941 comme espion allemand. Alors qu’il a donné près de trente agents des services de renseignements du Reich, il est remis  aux Allemands qui certainement le fusillent (pages 430-431). On peut voir combien la France fourmille de services de renseignements durant la période 1940-1944 et comment en particulier Laval ordonne en juin 1942 la libération d’agents de l’Abwehr (page 265) arrêtés par les services de renseignements de Vichy.

René Ohl (photo absente de l'ouvrage)

La CGST est dissoute un mois avant l’occupation de la zone sud et après que les Allemands aient contrôlé l’ensemble du territoire des fonctionnaires de la défunte CGST subissent des vengeances, individuelles ou officielles, du fait d’espions allemands qu’ils avaient arrêtés. On fait connaissance ici avec René Ohl, travailleur à l’Alsthom de Belfort dans les années mille-neuf-cent-trente ; il était évoqué ailleurs par Chochana Boukhoba, à partir du témoignage du fils naturel du premier dans HK récit. René Ohl, alors interprète à la Gestapo de Limoges, retrouve à Brive l’inspecteur Barthélémy Filippi qui l’a brutalisé durant l’été 1941 à Toulon. On note page 436 à la fois les références du témoignage du policier français à ce sujet et celle du dossier de l’Alsacien René Ohl (né en 1910 à Erstein) dans les archives allemandes.

Le secrétaire général de la police pour Vichy, à savoir Bousquet est pour beaucoup dans cette soumission de la surveillance du territoire français aux intérêts exclusivement allemand. Il s’agit maintenant pour la police de la sûreté de l’État français de traquer les agents ennemis de l’Allemagne. Les anciens  de la CGST se montrent très réticents à collaborer et aucun n’est mêlé à la répression de la Résistance d’après l’auteur (page 440).     

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

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